[Critique] CRAVE de Charles de Lauzirika

CRAVEFilm en compétition au PIFFF 2012, Crave est le premier long-métrage de l’Américain Charles De Lauzirika. Pourtant, on est loin d’être en présence d’un nouveau venu à Hollywood. L’homme a en effet une longue carrière de réalisateur de documentaires et making-of pour notamment Ridley Scott (Blade RunnerKingdom of Heaven…) ou David Lynch (Twin Peaks) derrière lui. Pour cette première réalisation, le cinéaste choisit d’œuvrer entre les genres, de ne pas coller d’étiquette précise à son film. Film fantastique ? Comédie romantique ? Dramatique ? Thriller ? Vigilante movie ? Un peu tout ça en fait… Crave échappe à ces cases pour naviguer entre elles, donnant à voir, et c’est ce qui semble préoccuper en premier lieu De Lauzirika, le portrait d’un homme moderne complètement perdu dans la société, dépassé par les agissements de ses semblables, se situant à la limite de sombrer dans une folie furieuse et dévastatrice.Taxi driver n’est évidemment pas loin… En tant que photographe de scènes de crime, Aiden absorbe un nombre incalculable de détails glauques, d’images repoussantes, qu’il affiche chez lui comme pour en comprendre le sens. Une réflexion qui va le plonger dans une forme de paranoïa, que ce personnage timide, maladroit et finalement assez pleutre, va devoir apprivoiser. Ajoutez à cela sa rencontre une ville de Détroit présentée sous son angle le moins sexy, et une jeune voisine pas très nette non plus, qui joue avec les sentiments d’Aiden comme avec un yo-yo et vous disposez d’un candidat idéal au pétage de plomb.

La mécanique du soufflet

 Toute la première partie du film, posant les enjeux avec pas mal de brio, est plutôt réussie. La montée progressive de la paranoïa chez Aiden donne lieu à quelques séquences amusantes dans lesquelles il se voit redresseur de torts, usant sans ménagement d’un flingue imposant pour venir en secours à une jeune fille agressée (qui le lui rendra bien) ou d’une énorme masse pour fermer le clapet d’un catholique pratiquant un peu trop fervent à son goût. Ces scènes de pure fantasme, particulièrement généreuses en gore mais aussi assez drôles, sont adroitement menées, et fonctionnent plutôt bien. Josh Lawson, qui interprète le personnage d’Aiden, a ce côté « mec comme tout le monde », permettant une empathie totale. Le soucis réside dans la succession machinale, mécanique de ces séquences, qui ne surprennent plus et deviennent redondantes à la longue (voire un peu trop conscientes de leur effet). Car une fois le constat posé, la montée en puissance que sous-entendait le début de l’intrigue retombe quelque peu, la faute justement à un manque de clarté sur le discours de De Lauzirika, qui semble ne pas trop savoir s’il doit aller au bout de ses idées, et s’emmêle les pinceaux entre les différents genres qu’il donne à voir : Aiden va-t-il finir par tous les  dézinguer oui ou non ? Quand enfin, notre héros est poussé à l’irréparable, il tombe dans un engrenage infernal qui doit le confronter à ses propres responsabilités. Hélas, la dernière partie du film abandonne toute ambition pour s’achever dans un simili Happy End assez malvenu, terminant d’enterrer toutes les bonnes intentions entrevues au début de Crave.


CRAVE
Charles de Lauzirika (USA – 2012)

Genre Thriller – Interprétation Edward Furlong, Ron Perlman, Josh Lawson, Emma Lung… – Musique Justion Caine Burnett – Durée 113 minutes. Sortie en France inconnue.

L’histoire : Photographe de scènes de crimes, Aiden est progressivement rongé par la violence qui l’entoure et sombre dans une paranoïa sans retour…

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