[Be Kind Rewind] HALLOWEEN 3 : LE SANG DU SORCIER de Tommy Lee Wallace (1982)

En 1982, à la sortie des beaux succès commerciaux (et artistiques) de La Nuit des Masques de John Carpenter et de sa suite Halloween 2 réalisée par Rick Rosenthal, Carpenter et la scénariste et productrice Debra Hill décident de balayer le personnage de Michael Myers d’un revers de la main. L’optique d’un troisième épisode à la saga Halloween apparaît comme une évidence, mais le duo envisage une autre voie : proposer un film d’horreur chaque année se situant à la période d’Halloween. Une franchise potentiellement fructueuse financièrement parlant et surtout, plus ouverte en termes d’inspiration. De là est né, en 1982, Le Sang du Sorcier, dont les rênes de la réalisation sont confiés à un proche de Carpenter : Tommy Lee Wallace, qui avait déjà failli réaliser le second opus.
Exit le tueur psychopathe invincible au masque blanc, place à à une obscure conspiration visant à massacrer les enfants à partir de masques d’Halloween sournoisement piégés. L’écriture du scénario est confiée initialement à l’Anglais Nigel Kneale, après que Joe Dante ait soufflé son nom à Carpenter. Mais l’auteur de la série Quatermass, déçu du traitement, quittera le projet et refusera de voir son nom associé au film. C’est donc Tommy Lee Wallace et Carpenter lui-même (sans être crédité) qui reprennent le script en conservant néanmoins une bonne partie du traitement d’origine.
Faisant table rase des mésaventures de Laurie Strode, le film revient aux sources d’Halloween et de la fête religieuse celtique qui l’a engendré : Samhain. Il développe par ailleurs une astucieuse et audacieuse association d’idées en mixant croyances ancestrales, sorcellerie et technologie. En cela, Halloween 3 apparaît autant comme un film fantastique, que comme un récit de science-fiction baigné de mysticisme. L’enquête menée par Tom Atkins (Fog, Creepshow) et Stacey Nelkin mène jusqu’à une petite ville dominée par une imposante usine qui conçoit des masques pour Halloween, dirigée par le mystérieux Conal Cochran (l’excellent Dan O’Herlihy, ordure magnifique de Robocop) où se trament des choses pas très catholiques… Robots hommes de main, puces destructrices, pierre de Stonehenge, croyances ancestrales et scènes gores… Le Sang du Sorcier ose le mélange des genres et s’en sort admirablement bien. Il ose par ailleurs la tonalité sombre et le discours de l’infanticide, avec mort atroce d’un gamin en plein écran, un argument scénaristique comme un autre, qu’il traite jusqu’au bout de son idée.

L’ADN Carpenter…

S’il change de sujet, Halloween 3 garde néanmoins le même braquet. Le film de Wallace, bien qu’éloigné en termes d’intrigue des deux premiers opus, possède incontestablement l’ADN de ses prédécesseurs. Dans sa mise en scène, le futur réalisateur du téléfilm Ça (1990) poursuit le travail effectué par Carpenter et Rosenthal : usage classe du format cinémascope dans toute sa largeur, mouvements fluides de steadicam, présence de Dean Cundey à la photographie, apparition soudaine des personnages dans le cadre, soutenue par les nappes de synthé chères à Michael Myers, musique de Carpenter… Sur la forme, ce Sang du Sorcier est bien le digne descendant d’Halloween 1 et 2, il en porte la signature. Une fidélité formelle qui en fait un long-métrage extrêmement élégant et très efficace, bref, une très belle réussite. Carpenterien en diable, le film ménage ses moments de suspense et renvoie souvent aux précédents faits d’armes (ainsi qu’à ceux à venir) de Carpenter : on pense notamment à Assaut, Fog, Prince des Ténèbres, Le Village des Damnés et la menace immuable des assaillants quasi invisibles et immobiles, mais aussi à la contamination extraterrestre dissimulée sous le visage des quidams du coin (The Thing, Invasion Los Angeles)…
Injustement boudé à sa sortie par le public et malmené par la critique, en grande partie pour sa « trahison » envers l’univers de Michael Myers, Halloween 3 : Le Sang du Sorcier est pourtant un grand film fantastique, superbement exécuté, l’un des tous meilleurs de son époque. Une évidence actuelle pourtant niée à l’époque, qui condamnera la franchise horrifique imaginée par Carpenter et Hill. Jusqu’au retour à l’univers de Michael Myers pour Halloween 4 en 1988…

Note : 4 sur 5.
HALLOWEEN 3 : LE SANG DU SORCIER
Tommy Lee Wallace (USA – 1982)
Genre Fantastique – Avec Tom Atkins, Stacey Nelkin, Dan O’Herlihy, Michael Currie, Ralph Strait, Jadeen Barbor, Nancy Loomis… – Musique John Carpenter et Alan Howarth – Durée 96 minutes. Distribué par Le Chat qui Fume (20 décembre 2019).

Synopsis : Il se passe des choses bien étranges à Santa Mira, petite ville d’apparence tranquille. Suite à l’assassinat de l’un de ses patients, le Dr Daniel Challis vient y enquêter, accompagné d’Ellie Grimbridge, la fille du défunt, déterminée à retrouver les coupables. La présence d’un masque de Halloween près de l’homme assassiné conduit le duo jusqu’à l’usine de jouets dirigée par l’inquiétant Conal Cochran, protégé par une garde rapprochée d’androïdes…

L’édition Blu-ray du CHAT QUI FUME

Technique

Note : 5 sur 5.

Habitué au travail de qualité, Le Chat qui fume ne déroge pas aux règles qu’il s’est fixé : une édition à la qualité technique irréprochable permettant de découvrir ce film admirable mais méconnu dans des conditions qualitatives inédites. En l’état, la copie proposée ici est tout bonnement sublime, le piqué est d’une précision diabolique et l’aspect « cinéma » de l’image claque littéralement le beignet. Avec ses noirs profonds, ses contrastes d’une précision d’orfèvre et ses couleurs resplendissantes (le orange des masques citrouilles, bon sang !), Halloween 3 prend sans risque la roue qualitative de son prédécesseur sorti simultanément chez le même éditeur. Déjà très bon, le film de Tommy Lee Wallace gagne encore un peu plus à être redécouvert. Bel exploit !
Côté son également, le rendu est excellent. Deux pistes solides en DTS-HD Master Audio 2.0 permettent une immersion totale dans l’ambiance diabolique du film. On y redécouvre les tonalités synthétiques de la musique de John Carpenter et Alan Howarth.

Interactivité

Note : 3 sur 5.

Au côté des inévitables bande-annonces des sorties de l’éditeur, deux segments reviennent sur Halloween 3. Le premier par l’habituel Eric Peretti (22′), programmateur du Lausanne Underground Film & Music Festival et du festival Hallucinations collectives de Lyon, qui évoque l’origine du projet et ses influences, et plus particulièrement l’écriture plutôt houleuse du scénario. les liens avec la saga Halloween, l’influence de Joe Dante, un temps attaché au projet, la participation du scénariste anglais Nigel Kneale et la réception du public très mitigée à la sortie.
L’éditeur propose également un making-of du film (34′), bâti sur le même modèle que celui accompagnant le second opus de la franchise également dispo chez Le Chat qui Fume, soit une série d’interventions plus ou moins pertinentes où l’on retrouve tour à tour le réalisateur Tommy Lee Wallace, le producteur exécutif Irwin Yablans, qui se désolidarise totalement du film, le directeur photo Dean Cundey, le responsable des cascades, les comédiens Tom Atkins et Stacey Nelkin… Et Carpenter brille toujours par son absence…

Article de Nicolas Mouchel

Scribouillard créateur d'Obsession B.
Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.

Contact : niko.mouchel@gmail.com

Comments

  1. J’ai toujours adoré ce film et je n’ai jamais compris qu’il soit si sous estimé.
    Le BR Le Chat lui rend en prime un hommage flamboyant, comme chaque fois et le film mérite d’être aussi bien réévalué que tu le fais ici

    Aimé par 2 personnes

  2. La série B parfaite : inventive, originale, surprenante, féroce, efficace. Bref « carpenterienne en diable » comme tu dis ! J’adore ce film, remarquable pour ses prises de risque par rapport à la saga, son script bourré d’idées, ses aspects satiriques sous-jacents, son Tom Atkins au sommet de son art, son score minimaliste et flippant, sa fin ouverte et désespérée… Ta chronique aux p’tits oignons participe grandement à réhabiliter cette bombe, à l’instar de l’excellente édition made in Le Chat (chouette décryptage de galette, au passage !).

    Aimé par 1 personne

    • C’est assez frappant de constater à quel point le film semble mettre tout le monde d’accord chez les amoureux du fantastique, alors qu’il est resté si longtemps dans l’ombre écrasante de la saga Halloween (pourtant pas fameuse en l’état)… Comme quoi, mieux vaut tard que jamais pour réhabiliter une œuvre qui le mérite. Et clairement : merci au Chat qui Fume de cette somptueuse édition (sur le plan technique) !

      Aimé par 1 personne

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