[Be Kind Rewind] LE MESSAGER DE LA MORT de Jack Lee Thompson (1988)

Projet ayant vu le jour dans la dernière ligne droite de la carrière de Charles Bronson, Le Messager de la Mort de Jack Lee Thompson marque la fin de la grande époque pour l’interprète du Justicier dans la ville… La pléthorique filmographie de Charles Bronson a été pour le moins inégale, constituée de grands films fondateurs (Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone), de grands films populaires (Les Douze Salopards de Robert Aldrich ; Un Justicier dans la ville de Michael Winner), mais également d’œuvres nettement moins intéressantes, voire de nanars de compétition (les innombrables déclinaisons du Justicier…). Sorti en 1988, Le Messager de la Mort de Jack Lee Thompson s’inscrit plutôt dans cette troisième catégorie. C’est un film de fin de carrière pour le grand Charlie, qui accumule alors depuis quelques années des séries B assez peu qualitatives, mais c’est également l’une des étapes de sa (trop) longue collaboration avec Jack Lee Thompson, honnête artisan capable de fulgurances (Cape Fear en 1962, Happy Birthday To Me en 1981), mais plus globalement à la tête d’une filmographie plus que moyennasse (Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon en 1985). Le réalisateur tournera pas moins de neuf films avec Bronson, parmi lesquels Le Bison Blanc en 1977, La Loi de Murphy en 1986 ou encore Kinjite, sujets tabous en 1989. Le Messager de la Mort est l’avant-dernière collaboration entre les deux hommes et vient démontrer l’essoufflement évident de deux carrières autant que d’une formule usée jusqu’à la corde. Choix conscient ou non, Bronson s’éloigne ici quelque peu des ses personnages vengeurs qui ont fait sa célébrité pour enfiler la défroque d’un journaliste enquêtant sur une tuerie assez sordide. Moins dur à cuire que dans ses rôles les plus emblématiques, il montre néanmoins ses limites en termes de jeu d’acteur au sein d’une partition qui devrait le voir développer une sensibilité un peu plus accrue. Las… Chassez le naturel et il revient au galop ! Charlie s’y retrouve à botter des culs malgré tout !

Trop vieux pour ces conneries

Le Messager de la Mort est un film assez étonnant et déroutant au premier abord. Il est surtout marqué au fer rouge par une introduction absolument glaçante et, osons le dire, superbement exécutée. Elle présente deux tueurs anonymes débarquant au sein d’une ferme isolée pour y abattre femmes et enfants d’une famille mormone. En une scène de quelques minutes, Jack Lee Thompson nous cueille, usant d’une approche saisissante et pertinente, en ne dévoilant jamais le visage des assassins, juste leurs silhouettes et la crainte qu’elles inspirent à leurs victimes. Une séquence quasi muette ultra forte, conciliant à la fois violence graphique et suggestion, avec laquelle le réalisateur du Justicier braque les dealers marque clairement des points. D’autant qu’elle succède à un générique mystérieux rythmé par des choeurs évoquant l’ouverture de La Malédiction de Richard Donner, qui vient façonner une ambiance quasi surnaturelle. Une entrée en matière magnifiquement réalisée et annonciatrice d’un chouette programme pour la suite. Promesse non tenue malheureusement, car Le Messager de la Mort ne capitalisera jamais sur cette scène uppercut. Bien au contraire… Le film ne cessera ensuite de se déliter jusqu’à sombrer dans le ridicule le plus total, basé sur un scénario réussissant l’exploit d’être confus et dans le même temps d’une inanité crasse. La communauté mormone qui abrite une partie du film n’est pour ainsi dire pas exploitée et la sombre machination qui se trame en arrière-plan se révèle totalement tirée par les cheveux. Ajouté à cela une mise en scène statique et non inspirée, typique des téléfilms des années 90, le carnage est certain. Même l’indispensable poursuite entre une voiture et deux camions-citernes, pour efficace et irréaliste qu’elle soit, ne suscite qu’un vague baillement… Quant à Bronson, l’icône a pris du plomb dans l’aile… Il accuse clairement le poids des années (67 ans), ses scènes de bagarre, loin d’évoquer les derniers soubresauts d’un vieille carcasse usée physiquement, n’inspirent que la pitié, en dépit d’une prestance inégalable. A ses côtés, l’interprétation générale n’élève pas le niveau au-delà du pauvre téléfilm sans le sou (et sans l’inspiration) siglé Cannon qui font de ce Messager de la mort un très grand moment d’embarras, d’autant plus triste pour une légende comme Charlie…

Note : 1.5 sur 5.
LE MESSAGER DE LA MORT (Messenger of Death)
Jack Lee Thompson (USA – 1988)
Genre Thriller/Action- Avec Charles Bronson, Trish Van Devere, Laurence Luckinbill, Daniel Benzali, Marilyn Hassett, Charles Dierkop, Jeff Corey, John Ireland… – Musique Robert O. Ragland – Durée 91 minutes. Distribué par Sidonis Calysta (17 février 2020).

Synopsis : Journaliste spécialisé dans les affaires les plus délicates, Garret Smith s’intéresse à un carnage perpétré dans une communauté mormone d’Arizona. Les victimes : les femmes et enfants d’une seule et même grande famille. Si les premières constatations de la police indiquent que les meurtres ont été commis sous prétexte de religion, Smith n’y croit guère. Au péril de sa vie, il découvre peu à peu que la vérité est ailleurs.

L’édition Blu-ray de SIDONIS CALYSTA

Technique

Note : 3 sur 5.

Sans être complètement dingue, l’image du Blu-ray de Sidonis Calysta est très recommandable. Piqué, contrastes, définition, colorimétrie, tout est au diapason sans pour autant pousser le support dans ses retranchements. L’ambition du film, tant sur le fond que sur la forme, révèle une photographie assez terne et anecdotique, surtout marquée par de beaux plans de paysages trouvant ici une belle restitution visuelle.
Même topo côté son, les deux versions anglaise et française en DTS-HD 2.0 bénéficient d’une clarté indéniable et d’un dynamisme timide mais bien présent qui en font deux pistes très recommandables. Côté doublage, on nage en plein dans les 90’s, avec des voix françaises plutôt datées mais qui peuvent avoir leur charme.

Interactivité

Note : 2.5 sur 5.

Dans un court module, le critique et historien du cinéma Patrick Brion livre une brève présentation du film, défendant l’œuvre avec une conviction qui laisse assez dubitatif vu le résultat final. Il faudra s’en contenter néanmoins… Car le documentaire qui complète l’interactivité, intitulé “Vigilantes, les origines – Une histoire américaine”, désarçonne quelque peu. D’un rapport très éloigné avec le sujet du Messager de la Mort, il s’agit d’une plongée dans l’histoire du vigilantisme américain, illustrée par une succession de scènes de reconstitution de mises à mort à ne pas mettre devant tous les yeux.

Article de Nicolas Mouchel

Scribouillard créateur d'Obsession B.
Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.

Contact : niko.mouchel@gmail.com

Comments

  1. Tu confirmes le souvenir plutôt négatif que je garde de ce tristoune et apathique « Messager ». Déjà que j’hésitais à le réévaluer… Pourtant, en se démarquant de la saga des « Justiciers », « Messenger of Death » aurait pu devenir un bon p’tit western moderne ou un bon p’tit film noir rural… Dommage !

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