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[Be Kind Rewind] SHERLOCK HOLMES ATTAQUE L’ORIENT-EXPRESS d’Herbert Ross (1976)

Sherlock Holmes face à lui-même sur le divan de Sigmund Freud... C'est en substance le programme de ce SHERLOCK HOLMES ATTAQUE L'ORIENT-EXPRESS, audacieuse transposition de l'univers du célèbre détective à la sauce psychanalyse concoctée par Herbert Ross et Nicholas Meyer. Avec une poursuite finale dantesque !

Nicholas Meyer, scénariste et cinéaste reconnu pour le célébré (et pourtant assez confidentiel) C’était demain en 1979, ainsi que pour sa participation à la saga cinématographique Star Trek derrière la caméra (La Colère de Khan en 1982 et Terre Inconnue en 1991), est également l’auteur de romans consacrés au personnage de Sherlock Holmes, parmi lesquels The Canary Trainer et The Seven-per-cent solution. C’est ce dernier ouvrage qu’il adapte lui-même pour le grand écran en 1976. Un pari audacieux puisque Meyer y développe une approche particulière du mythe du célèbre détective qu’il aborde sous l’angle de la psychanalyse.
Dans Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express (titre français complètement trompeur et ô combien opportuniste), le flegme typiquement britannique de Holmes paraît bien loin, puisqu’il apparaît comme un névrosé agressif totalement dépendant à la cocaïne. Une addiction qui accompagne le personnage tel qu’on le connaît, mais qui n’avait jamais été traitée aussi frontalement. Son fidèle ami le docteur Watson n’a plus d’autre choix que de conduire le détective sans son consentement à Vienne pour soumettre son cas à Sigmund Freud. Partant de ce postulat, Meyer et le réalisateur Herbert Ross (qui réalisera quelques années plus tard Footloose avec Kevin Bacon) explorent la psyché du personnage, le plaçant face à des angoisses personnelles remontant à l’enfance. S’appuyant malgré tout sur une inévitable enquête liée au kidnapping d’une jeune femme, le film de Ross marque néanmoins ses distances, privilégiant l’aspect psychologique de son intrigue à la trame policière, très anecdotique, ce qui pourra décontenancer l’amateur et habitué des mécaniques policières de Conan Doyle.

Inclassable

Ainsi, ce Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express ambitionne dans une première partie très étirée de dévoiler les turpitudes de son personnage principal, à la fois obsédé par sa nemesis Moriarty autant que par son état de manque, en proie à des visions extrêmement dérangeantes, des hallucinations parfois horrifiques (la créature dans l’armoire). C’est une longue séance d’introspection que Herbert Ross donne à voir, dans un style très télévisuel et assez figé. Le tout porté par un casting de haute volée, dominé par un Robert Duvall/Watson plutôt effacé mais charismatique, Alan Arkin surprenant en Sigmund Freud, Laurence Olivier de passage en Moriarty, Vanessa Redgrave en séduisante rousse kidnappée… et même notre Régine nationale ! Mais c’est évidemment Sherlock qui retient l’attention, prenant vie grâce à la prestation habitée et théâtrale de Nicol Williamson (Excalibur de John Boorman), il livre un Holmes inhabituellement outrancier, à quelques encablures du parodique sans jamais y tomber. Un peu trop guindé pour son propre bien dans une première partie pas inintéressante mais trop bavarde, Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express surprend par son dernier acte, aboutissement du film autant que de son intrigue policière, conventionnelle au possible, dans une très longue scène voyant Holmes, Watson et Freud se lancer à la poursuite du bad guy, dans une course effrénée entre deux trains lancés à grande vitesse (venant légitimer le titre français !). Une scène dynamique, haletante et brillamment réalisée, que rien de ce qui a précédé ne pouvait laisser entrevoir. Un final en apothéose venant clore cette aventure et ponctuer habilement le volet psychanalytique (pas toujours très subtil et nuancé) d’une intrigue qui prend plaisir à opposer les deux approches et points de vue différents de Holmes et Freud. Sous ses dehors de drame policier mâtiné d’action, Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express se révèle au final un film surprenant, à l’atmosphère et au ton très particuliers (l’étrange scène de la partie de tennis en milieu de métrage), marquant dans sa capacité à demeurer inclassable d’un bout à l’autre. Ce qui n’est pas une mince qualité.

Note : 3.5 sur 5.
SHERLOCK HOLMES ATTAQUE L’ORIENT-EXPRESS
Herbert Ross (USA/Royaume Uni – 1976)
Genre Policier – Avec Alan Arkin, Robert Duvall, Nicol Williamson, Vanessa Redgrave, Laurence Olivier… – Musique John Addison – Durée 113 minutes. Distribué par BQHL (6 février 2020).
Synopsis : Inquiet de la dépendance à la cocaïne dont souffre son ami, le docteur Watson emmène Sherlock Holmes à Vienne où il doit rencontrer le docteur Freud qui va tenter de le soigner, et en même temps, essayer de résoudre un mystérieux kidnapping…

L’édition Blu-ray de BQHL

Technique

Note : 3 sur 5.

Baignant dans une lumière voilée typique des productions de l’époque, Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express a le charme des films d’enquête britannique des années 70. Il bénéficie ici d’une très belle édition haute définition, dotée d’une image à la définition solide et au grain appréciable. Pas de souci majeur sur la gestion des couleurs, dont la palette ocre est ici très correctement restituée. Pas plus de problème non plus dans les scènes nocturnes, aux noirs et aux contrastes bien gérés.
Belle version originale, en 2.0, particulièrement claire et à la répartition bien marquée. Les dialogues sont précis et bien mis en avant, le dynamisme de l’ensemble est à noter, surtout dans la dernière partie du film, où l’activité des moteurs et des cheminées des deux trains résonnent du feu de Dieu ! La version française, un peu en dessous en terme de dynamisme, a pour lui un doublage d’époque très sympathique.

Interactivité

Note : 2.5 sur 5.

Dans une interview d’une vingtaine de minutes qui lui est consacrée, le romancier, scénariste et réalisateur Nicholas Meyer se livre sur sa passion pour Sherlock Holmes. Il évoque l’origine de son roman The Seven-per-cent solution, et donne son avis sur le film d’Herbert Ross, avec beaucoup de franchise. Il revient également sur le casting et la difficulté d’adapter son propre roman, révélant, chose rare, son souhait que le scénario s’en écarte, au contraire du réalisateur voulant y coller de près, notamment concernant la fidélité aux dialogues, tout en énonçant sa motivation à s’éloigner des stéréotypes et voir les personnages sous un angle nouveau. Selon Meyer, cette adaptation n’est pas un film de Sherlock Holmes mais un film SUR Sherlock Holmes. Nuance.

(2 commentaires)

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