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[Be Kind Rewind] JE SUIS VIVANT ! d’Aldo Lado (1971)

Première réalisation et premier coup de maître pour pour le cinéaste italien Aldo Lado en 1971 avec JE SUIS VIVANT !, giallo mortifère aux audaces visuelles et narratives remarquables. A découvrir sans attendre chez Le Chat qui Fume...

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Je suis vivant ! premier film du réalisateur italien Aldo Lado en 1971 est une petite pépite que l’éditeur Le Chat qui Fume a eu la bonne idée de ressortir dans l’Hexagone au format Blu-ray. Ce n’est pas forcément l’oeuvre la plus connue du cinéaste, qui s’est notamment fait remarquer pour Qui l’a vue mourir (1972) ou La Bête tue de sang-froid (1975). Pourtant, ce galop d’essai mérite toute l’attention tant il s’impose comme un thriller de tout premier plan et d’une modernité sans appel. S’il est rangé dans la case du giallo, Je suis vivant ! n’en épouse néanmoins pas totalement les codes. Baigné dans une atmosphère d’étrangeté, le film surprend par son audace et ses prises de risques qui se révèlent toutes payantes au final. On y suit Gregory Moore (Jean Sorel), un journaliste américain présenté pour mort dès l’introduction du film où son corps est retrouvé dans un jardin public. Un cadavre qui, pourtant, dispose de toute sa conscience et s’inquiète en voix intérieurs que personne ne s’en aperçoive. C’est le premier niveau du film, avec toutes les interrogations qu’il engendre : le personnage va-t-il parvenir à communiquer avec son entourage afin d’éviter une autopsie qui, pour le coup, pourrait lui être fatal… Un argument auquel se superpose un second niveau d’intrigue, lorsque les derniers jours vécus par le protagoniste nous sont exposés sous forme de flashbacks. Une narration fragmentée, parallèle, permettant de découvrir qu’il travaillait sur des cas de disparitions de jeunes femmes, dont sa petite amie (Barabara Bach) qui s’est volatilisée sans laisser de trace. Cette double temporalité rythmant le film est déjà une belle gageure qu’Aldo Lado et ses deux coscénaristes Ernesto Gastaldi et Rüdiger von Spiess mettent en place avec une belle efficacité, grâce à un montage minutieux, sans jamais perdre le spectateur et en se permettant quelques raccords visuels plutôt bien vus.

Ambiance mortifère

Cette construction scénaristique audacieuse laisse déjà apparaître une certaine assurance pour un réalisateur sûr de son fait concernant la matière cinématographique. Le film distille par ailleurs une tension et une ambiance angoissante, presque mortifère. Ce qui semble logique pour un film qui parle de la mort et qui est exposé par le prisme d’un cadavre… Aldo Lado confère aux rues de Prague (des scènes en fait tournées à Zagreb en Croatie pour faire illusion…) un aspect inquiétant, donnant lieu à des scènes parfois très réalistes, parfois presque oniriques, à la rencontre de personnages étranges. Sur un plan visuel, les cadrages, autant que les mouvements de caméra, participent à la véritable gourmandise que constitue la découverte du film. La gestion des sources lumineuses et le travail sur les éclairages apportent également une coloration forte, en témoignent les nombreux jeux d’ombres et de lumière, comme autant de cachettes pour les personnages, notamment dans la séquence finale, qui s’achève sur un invraisemblable tableau orgiaque, contrastant fortement avec l’ultime scène à la froideur cadavérique. La partition musicale de l’incontournable Ennio Morricone, reconnaissable en quelques notes, renforce la liste des qualités du film, et apparaît comme une cerise sur le giallo.
Par son inspiration, ses défis de narration et ses audaces de mise en scène, sa charge acerbe contre la bourgeoise, Je suis vivant ! mérite plus qu’un léger regard, il offre une porte d’entrée idéale dans la filmographie d’Aldo Lado, pas le plus célébré des réalisateurs italiens, mais clairement pas le moins intéressant non plus.

Note : 4 sur 5.
JE SUIS VIVANT !
Aldo Lado (Italie/Allemagne/Yougoslavie – 1971)
Genre Thriller/Giallo – Avec Jean Sorel, Ingrid Thulin, Mario Adorf, Barbara Bach, Fabijan Sovagovic… – Musique Ennio Morricone – Durée 92 minutes. Distribué par Le Chat qui Fume (21 avril 2020).
Synopsis : Le corps apparemment sans vie d’un homme est découvert dans un jardin public de Prague. Transporté à l’hôpital, où il est identifié, il entend son décès confirmé par un médecin. Le corps est celui de Gregory Moore, un journaliste américain qui enquêtait sur des jeunes femmes disparues dans de mystérieuses circonstances. Incapable de parler ni de bouger, Moore est conduit dans une chambre froide. Laissé seul dans l’obscurité, le journaliste essaie alors de se remémorer les événements s’étant déroulés durant les jours précédents, afin de comprendre comment il a pu en arriver à cette situation inextricable.…

L’édition Blu-ray du CHAT QUI FUME

Technique

Note : 4.5 sur 5.

L’image de cette version haute définition est superbe sur absolument tous les plans. La copie est d’une propreté éblouissante, mettant particulièrement en valeur la luminosité très travaillée du film et ses contrastes tout en nuances. Les couleurs ne sont pas en reste et reprennent toute leur vigueur. Une image dont le piqué est d’une précision remarquable.
Côté son, là aussi rien à dire, le travail de restauration livre un résultat très propre. Les deux versions sont en Master Audio DTS 2.0 et ne déméritent pas dans leur dynamisme et leur clarté.

Interactivité

Note : 4.5 sur 5.

Comme souvent, Le Chat qui Fume soigne son édition en y ajoutant une flopée de suppléments globalement tous passionnants et donnant la parole aux concepteurs du film. C’est le cas en premier lieu du réalisateur Aldo Lado, qui évoque dans un (très) long entretien de plus d’1h30, Tchèque et mat, sa carrière cinématographique, avant de s’appesantir plus précisément sur Je suis vivant !, livrant ses souvenirs de tournage. Un module conséquent et incontournable qui rejoint sur certains sujets le commentaire audio du réalisateur accompagné du journaliste et auteur de documentaires Frederico Caddeo, présent également sur le disque.
L’un des points forts du film, son montage, est mis en avant dans un second entretien avec le monteur du film Mario Morra, qui explique son art dans Monter les poupées de verre (23′), sans oublier d’évoquer ses débuts dans le métier.
Un troisième module donne la parole au producteur allemand Dieter Geissler, Italien une fois, Italien toujours (29′), tandis qu’un second producteur du film, Enzo Doria, s’exprime quant à lui dans Le producteur sans argent (19′), avec des interventions d’Aldo Lado et du comédien Jean Sorel. Enfin, cette section déjà bien riche, est complétée par le témoignage de Edda Dell’Orso qui n’est rien moins que la voix féminine des nombreuses compositions musicales d’Ennio Morricone pour le cinéma. Dans Le besoin de chanter (21′), elle évoque sa passion et son métier, ainsi que sa collaboration avec El Maestro. Une fois encore, un supplément riche et passionnant.

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