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[Be Kind Rewind] SPIRITS OF THE AIR, GREMLINS OF THE CLOUD d’Alex Proyas (1989)

Une fois de plus, Le Chat qui Fume édite en haute définition un film rare, invisible en France, au titre sibyllin : SPIRITS OF THE AIR, GREMLINS OF THE CLOUDS, premier long-métrage à la beauté visuelle terrassante réalisé par un certain Alex Proyas (DARK CITY)...

Quoi qu’il advienne, Alex Proyas restera le cinéaste de deux piliers du film « comic book » : The Crow (1994) et Dark City (1998), deux œuvres ayant marqué l’histoire du cinéma pour leur atmosphère et leur vision « dark » devenus cultes avec le temps. Par ricochet, ces deux films ont dans le même élan élevé Alex Proyas au rang des cinéastes prometteurs et adulés. Un emballement justifié eu égard à la beauté plastique de ces diamants noirs, autant qu’à l’influence qu’ils exerceront ensuite sur plusieurs décennies de cinéma de genre. Pourtant, même si les deux films ont marqué leur époque et démontré tout le talent du réalisateur, la suite de la carrière de Proyas ne s’élèvera jamais réellement à ce niveau de qualité avec les très sympathiques mais plutôt vains I, Robot (2004), Prédictions (2009) ou le tant décrié Gods of Egypt (2016) qui a, pour le moment, sonné le glas de sa carrière cinématographique, par trop engoncée dans les impératifs des studios. C’est donc plutôt vers les origines du cinéma de Proyas que l’on se tourne aujourd’hui, avec la sortie en support haute définition de Spirits of the Air, Gremlins of the Cloud, premier long-métrage du cinéaste datant de 1989, et jusqu’à présent invisible en France. Et s’il fallait chercher à se convaincre que les deux œuvres phares de sa filmographie américaine n’étaient pas un mirage, cette entrée en matière vient le confirmer avec un aplomb certain.
Dans cette première réalisation que Proyas tourna à 26 ans après une longue expérience dans le clip musical, on n’évolue pas dans la noirceur d’un The Crow ou d’un Dark City. Bien au contraire. C’est sous un soleil de plomb et dans un paysage désertique balayé par le vent que le réalisateur pose son décor, pour ce qui s’annonce comme un film à forte sensibilité post-apocalyptique. On y découvre Felix Crabtree et sa sœur Betty, qui vivent en autarcie dans le désert australien. Lui est cloué à son fauteuil roulant et s’accroche à son obsession de pouvoir un jour voler. Elle apparaît enfermée dans un personnage de femme bigote et hystérique. Leur quotidien est bouleversé par l’arrivée d’un étranger ayant trois poursuivants à ses trousses. Un pitch minimaliste pour une œuvre que l’on devine tournée à l’économie, et verrouillée sur ses trois protagonistes, le contexte « post-apo » ne servant finalement que de toile de fond au récit. Spirits of the Air, Gremlins of the Cloud décrit un univers solaire et déshumanisé, au sein duquel la foi et le mysticisme tiennent une place prépondérante, que ce soit pour Felix et sa conviction profonde de réaliser un engin volant, ou Betty qui dissimule ses frustrations derrière des maquillages outranciers et des symboles religieux envahissants.

Choisis ton camp camarade !

Œuvre de jeunesse au budget très limité (500 000 dollars australiens), Spirits of the Air, Gremlins of the Clouds n’en est pas moins d’une beauté visuelle inouïe et vient déjà poser les bases de la sensibilité esthétique de son auteur. En parallèle de ses images iconiques tout droit sorties d’un western, le film brille d’une direction artistique somptueuse (on peut imaginer que Richard Stanley saura s’en inspirer pour son non moins somptueux Souffle du Démon en 1992). Alex Proyas et son directeur de la photographie David Knaus subliment les décors et paysages, appuient sur les contrastes et les couleurs, amplifiant l’ocre du désert rocailleux et le bleu azur du ciel. Dans un souci d’évoquer les rêves de ses personnages, Proyas filme la verticalité à l’aide d’un ratio 4/3 resserré accentuant la hauteur d’un cadre toujours composé avec beaucoup de soin, donnant souvent plus de place au ciel qu’à la terre et continuellement bardé de lignes érigées vers les cieux. Cette plongée onirique ne raconte rien de plus qu’une histoire toute simple, laissant volontairement de côté toute explication quant aux motivations des personnages, à ce titre, on ne saura jamais rien des individus poursuivant l’insaisissable Smith… Les trois personnages aussi typés soient-ils, sont le cœur du film et sa raison d’être. En cela, Spirits of the Air, Gremlins of the Clouds est assurément une œuvre qui pourra diviser : on pourra s’agacer des afféteries visuelles du film et du jeu outré des comédiens, le réduire à un long clip ne racontant pas grand chose, mais également saluer la grande poésie du film, se laisser porter par son rythme contemplatif et sa superbe tenue visuelle puissamment évocatrice. Il ne faudrait surtout pas oublier de relever la composition musicale signée Peter Miller, qui propose une partition lancinante et omniprésente totalement en accord avec les images, qui souligne et amplifie leur résonnance, ainsi que le jeu souvent appuyé des comédiens -démentiels Melissa Davis (Le Drive-in de l’enfer) et Michael Lake (Einstein Junior) interprétant la sœur et le frère- dont l’implication frôle la performance habitée.
La confidentialité du film en France jusqu’à aujourd’hui était une anomalie que l’exhumation par Le Chat qui Fume plus de trente ans après (qui plus est, dans sa version intégrale) permet enfin de corriger, permettant à chacun de se faire un avis sur cette première œuvre suscitant une curiosité proportionnelle au talent de son concepteur…

Note : 4 sur 5.
SPIRITS OF THE AIR, GREMLINS OF THE CLOUDS
Alex Proyas (Australie – 1989)
Genre Drame post-apocalyptique – Avec Michael Lake, Rhys Davis, Norman Boyd… – Musique Peter Miller – Durée 96 minutes. Distribué par Le Chat qui Fume (20 novembre 2020).

Synopsis : Felix Crabtree et sa sœur Betty vivent en autarcie dans le désert australien. Leur solitude est rompue un beau jour par l’arrivée d’un étranger au passé trouble, Smith. Celui-ci cherche à rallier le nord du pays, alors que trois hommes semblent à ses trousses. Parce que des falaises infranchissables attendent Smith dans son futur périple, Felix promet de l’aider s’il parvient à parachever un vieux rêve : la construction d’une machine volante…

L’édition Blu-ray du CHAT QUI FUME

Technique

Note : 4.5 sur 5.

Pour cette première édition française, Le Chat qui Fume propose de découvrir le film dans des conditions idéales, avec une copie issue d’un travail de restauration effectué à partir du négatif original. Le résultat est tout bonnement sublime, l’image bénéficie de contrastes très marqués et de couleurs éclatantes, le bleu azur du ciel et l’ocre du désert rocailleux explosent littéralement aux yeux, les choix esthétiques du film sont brillamment mis en valeur, avec un grain et une texture d’image organique à souhait. Une claque visuelle !
Niveau sonore, seule la piste originale anglaise est proposée en DTS 2.0 et elle fait plaisir à entendre, participant largement à mettre en évidence la sublime partition de Peter Miller. Un sans-faute technique !

Interactivité

Note : 2 sur 5.

Si tout bonus est plutôt bon à prendre, on regrettera l’absence d’Alex Proyas sur cette édition, on aurait tant aimé entendre le réalisateur expliquer ses choix… Néanmoins, on se satisfera de l’interview des principaux comédiens, à commencer par l’actrice Rhys Davis (Betty) qui évoque son parcours et sa participation au film dans un court module (8′), l’ensemble reste cependant assez anecdotique. Plus intéressante est l’interview de l’acteur Michael Lake (Felix) qui, durant une quarantaine de minutes, s’épanche davantage sur sa foisonnante carrière et sur son expérience sur le film, un témoignage bourré d’anecdotes.

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