Auréolé d’un Grand Prix au Festival d’Avoriaz en 1978, arraché de haute lutte face à des mastodontes de la trempe de La Dernière Vague de Peter Weir ou Eraserhead de David Lynch, Le Cercle infernal n’a pour ainsi dire pas eu vraiment de chance. Bien que couronné en Haute-Savoie, le film de Richard Loncraine s’est trainé durant de longues années une réputation d’œuvre médiocre, sans grand intérêt, pâle démarcation des films surnaturels à succès alors en vogue. Un destin compliqué qui en a fait un long-métrage maudit, devenu invisible au fil du temps, ou alors dans des conditions (VHS) épouvantables. La redécouverte du film aujourd’hui, près de 45 ans après, permet tout d’abord de largement le réévaluer et puis de s’interroger sur ce qui a poussé à enfermer ce petit bijou dans les limbes cinématographiques. Adapté du roman Julia de Peter Straub, Le Cercle infernal est un cas d’école de film incompris, sorti au mauvais moment. Alors que des œuvres majeures comme Rosemary’s Baby (1968), L’Exorciste (1973) ou encore La Malédiction (1976) ont placé le surnaturel satanique sur le devant de la scène cinématographique horrifique, Le Cercle infernal semble à première vue surfer sur la vague. D’ailleurs, la présence dans le rôle principal de Mia Farrow, inoubliable Rosemary Woodhouse dans le chef d’œuvre de Polanski, ne fait qu’entretenir cette filiation qui a, visiblement, joué à l’encontre du film de Richard Loncraine. Il y est cette fois question de Julia, une mère déchirée par la mort de sa fille, meurtrie par le sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu la sauver et pire, d’avoir précipité son décès. Sortie d’un mariage qui a volé en éclat suite à la tragédie, elle tente de se reconstruire et s’installe dans une demeure victorienne, dont elle sent peu à peu une présence, qui pourrait bien être celle du fantôme de sa fille. Les thématiques du deuil et de la culpabilité sont bien évidemment au cœur d’un film dont la principale caractéristique est de proposer une lente plongée dans l’esprit de son personnage principal. Car Le Cercle infernal est avant tout le récit d’un deuil impossible, du chagrin maousse costaud d’une mère qui jamais ne trouvera d’échappatoire à sa tristesse. De la tétanisante scène d’ouverture à la conclusion pas moins choquante, le film de Richard Loncraine ne fait que déployer une spirale infernale, une forme de boucle, dans un rythme lancinant, vers un destin funeste et inéluctable, celui de son héroïne. Mia Farrow y est absolument bouleversante, marquée par une solitude autant graphique (les surcadrages qui isolent le personnage) que mentale.

Le Cercle infernal est incontestablement une œuvre fantastique, pour ne pas dire d’épouvante, quant à son sujet et la manière dont Richard Loncraine le traite. Mais cette approche est fondamentalement imbriquée dans le drame qui se joue à l’écran, et il ressort du film une sensation de tristesse et de profonde mélancolie. Cette ambiance mortifère autour de la perte d’un enfant et les apparitions fantomatiques (mais est-ce réellement une histoire de spectre ou d’un esprit dérangé ?) ne font que renforcer l’évidence : Le Cercle infernal est surtout un descendant de Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, cauchemar mariant déjà horreur et tristesse au sujet de la perte d’un enfant, sorti quatre ans plus tôt. Le film fascine également dans sa volonté (?) de ne jamais trancher sur l’existence ou non du fantôme, malgré des éléments qui semblent attester sa présence, d’autres semblent contrebalancer cet état de fait, à commencer par la conclusion. Mais qu’importe, avec son ambiance ouatée et son rythme langoureux, sa musique sublime signée Colin Towns, Le Cercle infernal demeure un sommet d’épouvante atmosphérique quasi-gothique, autant qu’un drame poignant. Un film dont les imperfections valent moins que la grande puissance d’évocation qu’il déploie, et dont les images associées à son rythme si particulier persistent dans le cortex cérébral longtemps après le visionnage. Appelé des vœux de spectateurs désirant le redécouvrir dans de bonnes conditions techniques, la ressortie chez Le Chat qui fume est une bénédiction.

Note : 4 sur 5.

LE CERCLE INFERNAL (Full Circle). De Richard Loncraine (Royaume Uni/Canada – 1977).
Genre : Fantastique/drame. Scénario : Harry Bromley Davenport et Dave Humphries d’après le livre de Peter Straub. Directeur de la photographie : Peter Hannan. Interprétation : Mia Farrow, Keir Dullea, Tom Conti, Jill Bennett, Robin Gammell, Cathleen Nesbitt, Anna Wing, Edward Hardwicke… Musique : Colin Towns. Durée : 97 minutes. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui Fume (30 juin 2023).

LE BLU-RAY DU CHAT QUI FUME. Les souvenirs des vieilles VHS moisies sont du passé. Et on ne pleurera pas dessus. Le Cercle infernal version Le Chat qui Fume est une renaissance pour le film. Proposé en Blu-ray et UHD, le film de Richard Loncraine s’assure une seconde vie, dans laquelle il prend enfin toute sa puissance et sa capacité d’évocation. De fait, l’image restaurée est tout bonnement magnifique, totalement propre et forte de contrastes, de couleurs et d’un grain qui rendent justice au travail du directeur de la photographie Peter Hannan, qui a validé avec le réalisateur cette restauration. Même topo pour la bande-son, avec deux pistes en DTS-HD Master Audio 2.0 qui sont tout à fait claires et dynamiques, sans perturbations ni parasites.
Côté bonus, cette édition donne la parole au réalisateur Richard Loncraine (27′). Le cinéaste est extrêmement honnête dans son regard sur un film dont il n’est pas satisfait, lui reconnaissant des défauts. Particulièrement franc du collier et honnête, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense sur différents sujets (Keir Dullea n’est pas un très bon acteur ; Woody Allen en prend pour son grade). Puis, deux segments tendent le micro tour à tour à la comédienne Samantha Ward, qui joue la petite fille dans le film (10′), mais n’a guère de souvenirs précis du tournage, et au comédien Tom Conti (11′). Plus intéressant, le récit de Simon Fitzjohn, fan absolu du Cercle infernal qui relate la croisade qui l’a mené à la recherche des copies du film pour permettre sa restauration (23′). Enfin, Vincent Capes évoque le film à travers une analyse pertinente qui permet de mieux l’appréhender sur ses sujets et thématiques (20′).

Laisser un commentaire