

Le tristement célèbre dictateur Augusto Pinochet est un vampire de deux-cent-cinquante ans prêt à mourir, mais son entourage ne vois pas cela comme ça. Entre ses enfants voulant à tout prix l’héritage, une religieuse voulant voir mourir le mal ou encore une épouse cherchant à être elle aussi immortelle… On peut se questionner sur qui est véritablement un vampire dans toute cette histoire. Vous l’aurez compris à la lecture de ce synopsis, mais Le Comte est peut-être la meilleure description du vampirisme humain que vous verrez cette année. Le métrage présenté à la Mostra de Venise 2023 accentue cela avec des aspects fortement intemporels avec notamment les décors où, si on oublie les passages en ville, Larraín démontre le fait que le mal existe depuis la nuit des temps et existera jusqu’à sa fin ; avec aussi le fait que Pinochet a vécu deux-cent-cinquante ans et que le bien ne semble pas avoir pointé le bout de son nez depuis qu’il respire. Aussi, même si Pablo Larraín n’humanise absolument pas Pinochet, il montre que ses enfants, pourtant pas auteurs de crimes, sont tout aussi inhumains que lui.

Grande comédie rocambolesque
C’est à travers des personnages ironiques, hypocrites et sarcastiques que Larraín crée le rire ; ces personnages qui sont fiers du mal qu’ils font mais dont la sincérité est assez déconcertante (lorsque l’un des enfants parle de ses sept comptes fiscaux dans un autre pays sans gêne). C’est une très grande comédie rocambolesque, d’un humour noir frappant mais où, léger regret, Larraín sera finalement plus metteur en scène d’une satire un brin osée que d’une diatribe profondément noire et sardonique. Mais ce qu’il nous offre reste déjà profondément intéressant cinématographiquement. Les visuels aussi sont assez magistraux, dans un noir et blanc exemplaire avec un goût pour les scènes de meurtres qui ne sont jamais grandiloquentes mais filmées avec simplicité, comme pour nous montrer ce travail habituel, sans aucune saveur, le sang étant par exemple banalisé pour en faire de jolis plans. C’est aussi la façon de filmer les personnages, notamment dans les discussions entre Carmencita et un autre personnage quelconque avec un banal contrechamp, ce qui donne un certain style. Au-delà de quelques scènes très intéressantes par leur photographie, on relève notamment un plan plutôt marquant dans lequel on voit Pinochet de profil, se comparer à des bustes, l’air mélancolique, ce qui peut évoquer l’envie d’entrer dans l’histoire ; comme beaucoup de messages du film dont je parlais plus tôt. Bien entendu, les scènes tiennent principalement grâce au talent des acteurs tels que le grandiose Jaime Vadell, l’étonnante Gloria Münchmeyer ou encore l’incroyable Paula Luchsinger. Vous l’aurez donc compris, Le Comte est une satire exquise jamais exceptionnelle et encore moins transcendante mais une pépite, voire un coup de cœur, tout simplement.
LE COMTE (El Conde). De Pablo Larraín (Chili – 2023).
Genre : Satire, Fantastique. Scénario : Pablo Larraín, Guillermo Calderón. Directeur de la photographie : Edward Lachman. Interprétation : Jaime Vadell, Gloria Münchmeyer, Alfredo Castro, Paula Luchsinger… Durée : 112 minutes. Disponible sur Netflix.

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