Christos Nikou est un cinéaste grec qui, après avoir co-réalisé en 2008 le court-métrage documentaire Metaxourgeio, a commencé sa carrière de réalisateur de fiction en 2012 avec km, court-métrage de dix minutes plutôt acclamé à l’époque dans les festivals. C’est en 2020 que son premier long-métrage, Apples, fait sa première mondiale à la Mostra de Venise avant de sortir un an et demi plus tard chez nous. Le synopsis est le suivant : une partie de la population d’Athènes est frappée par une amnésie soudaine. Un homme se retrouve inscrit à un programme de rétablissement conçu pour l’aider à construire une nouvelle vie. Son traitement : effectuer les tâches quotidiennes prescrites par ses médecins sur cassette, et capturer ces nouveaux souvenirs avec un appareil photo Polaroid. Apples, dès l’introduction, offre quelque chose d’aussi naturaliste que simpliste, avec un format en 4:3 magnifique grâce à des plans fixes et parfois emplis d’une légère absurdité. En ce sens, le métrage s’inspire limpidement du grand Yorgos Lanthimos (Nikou a d’ailleurs été assistant réalisateur sur l’excellent Canine) mais de façon beaucoup moins sombre et plus tendre. Au-delà de la froideur de la photographie, c’est aussi le décalage comique et absurde qui relie les deux œuvres, Apples, grâce à son concept, propose des situations surréalistes telles que les requêtes que doit remplir Aris, notamment lorsqu’il doit se rendre au chevet d’un agonisant aussi souvent qu’il le peut, puis aller à son enterrement lors de sa mort. Cela peut paraître sombre écrit comme ça, mais Nikou fait preuve d’une tendresse unique contrairement à son modèle, les situations étant d’un décalage doux et non sombre. C’est aussi l’empathie visible que Nikou a pour ses personnages qui le différencie de Lanthimos, ces derniers ayant qualités et défauts mais surtout une bonne écriture qui leur donne corps dans l’univers parfois irréaliste du métrage. En rôle principal, Aris Servetalis est excellent grâce à une impassibilité rare, ce qui fait que le peu d’émotions qu’il fait passer n’en sont que plus intéressantes (le moment où il rit extrêmement subtilement). Le tout forme un métrage passionnant, simple mais où les thématiques sont abordées naturellement, comme l’amnésie ou les objectifs de vie que l’on doit remplir pour rentrer dans la société, aussi absurdes soient-ils. Un film simple mais parfois inattendu qui ne cherche jamais à juste enchainer les séquences mais bien à les réfléchir (la séquence du chien où l’on pourrait croire que Aris va se souvenir de toute sa vie alors que seul le nom de l’animal lui revient). Avec la sortie début novembre du nouveau long-métrage de Nikou sur Apple TV + dénommée Fingernails, le cinéaste apparaît, de nouveau, comme un nouveau Lanthimos car, au-delà de leur nationalité commune, Nikou s’en va lui aussi dans les pays anglophones avec son nouveau film. En attendant, Apples est une grande promesse, que l’on espère confirmée avec Fingernails

Note : 4 sur 5.

APPLES (Μήλα). De Christos Nikou (Grèce – 2020).
Genre : Comédie absurde, Drame. Scénario : Christos Nikou, Stavros Raptis. Directeur de la photographie : Bartosz Swiniarski. Interprétation : Aris Servetalis, Sofia Georgovassili, Anna Kalaitzidou, Argyris Bakirtzis… Musique : Alexander Voulgaris. Durée : 91 minutes. Disponible en VOD.

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