Robert Eggers est un cinéaste américain ayant, en à peine trois films, réussit à se frayer une place de choix dans le cinéma de genre indépendant américain de ces dix dernières années, notamment travers ses thématiques très liées au folklore et au mysticisme. Sa carrière de cinéaste de longs-métrages a démarré avec The Witch en 2015, avant de se poursuivre quatre ans plus tard avec le particulier mais grandiose The Lighthouse, puis The Northman, histoire de vengeance avec un budget colossal qui permit à Eggers d’offrir un métrage titanesque, de ses décors à son récit.

Aujourd’hui, c’est le premier – The Witch, donc – que nous aborderons, le film ayant été rediffusé à l’occasion du Festival des Sortilèges, évènement féministe et inclusif se déroulant au Majestic Bastille à Paris. Le film était à cette occasion précédé du court-métrage Liebres de Laura Carvajal, qui a su instaurer une petite ambiance avant The Witch, avec une photographie notamment très chiadée et un récit plutôt intéressant, même si un peu classique dans son genre. Mais de quoi nous parle The Witch de Robert Eggers ? 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation en menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

Une atmosphère unique et des plans terrifiants

The Witch est un métrage qui comporte une esthétique fabuleuse, avec des plans d’une précision détonante, plaçant les personnages dans des cadres époustouflants et abordant les scènes d’épouvante avec un tel goût de l’ambiance, que le long-métrage de Robert Eggers se hisse parmi les plus grands de son époque. Les séquences de terreur glacent le sang du spectateur à chaque instant, que ce soit les apparitions de la sorcière du titre ou une scène avec un corbeau. Et, même lorsque l’histoire suit son cours sans moments « chocs » à proprement parler, l’atmosphère qu’instaure le cinéaste suffit pour nous maintenir yeux grands ouverts face à l’écran. L’une des grandes forces de The Witch étant aussi sa durée d’à peine 92 minutes, assez courte pour ce type de films atmosphériques, mais qui suffit tout de même pour installer très rapidement l’élément déclencheur de la malédiction, ainsi que pour présenter ses personnages et les péchés capitaux qui règnent en chacun d’eux : l’envie, la gourmandise, la paresse, l’avarice, la luxure mais aussi et surtout la colère et l’orgueil. Ces mêmes péchés qui les feront tous tôt ou tard au cours du métrage courir à leur perte. Autre force, la bande-son, admirablement dirigée par Mark Korven, qui contribue à l’aura de l’ensemble, avec ses côtés très mystiques et angoissants, préparant chaque séquence avec brio. Mais c’est le casting qui nous emporte, allant de la révélation de l’époque Anya Taylor-Joy, toute en retenue, à Kate Dickie et Ralph Ineson, fous et grandioses dans leurs rôles, à l’interprétation pas assez remarquée d’Harvey Scrimshaw, qui n’aura, depuis, pas eu de rôle à sa hauteur.

En conclusion, The Witch est une pure œuvre viscérale et unique, qui plus est assez importante « historiquement » (mettre des guillemets tout de même, le film n’ayant même pas dix ans), ayant réussit à relancer le genre particulièrement seventies qu’est la folk horror, étant donné que nous avons depuis eu le chef-d’œuvre Midsommar, Enys Men ou encore You Won’t Be Alone. Une pépite à absolument (re)voir en préparation du prochain film d’Eggers, un remake du Nosferatu de F. W. Murnau, dont la bande-annonce est récemment apparue sur le web.

Note : 4.5 sur 5.

THE WITCH. De Robet Eggers (USA – 2015).
Genre : Horreur, Drame. Scénario : Rober Eggers. Photographie : Jarin Blaschke. Interprétation : Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie, Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson… Musique : Mark Korven. Durée : 92 minutes. Film disponible en VOD, DVD & Blu-ray.

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