Cette année, nous avons eu la chance de nous rendre au BIFFF (Brussel International Fantastic Film Festival) pour une pincée – et non pas une poignée ! – de séances qui ont toutefois su nous contenter. Pour diverses raisons, seul un long-métrage sera abordé mais non des moindres : Rabbit Trap de Bryn Chainey. Dans ce film – premier silent screening de l’histoire du festival – nous suivons Daphne et Darcy Davenport, mythiques musiciens d’avant-garde qui ont enflammé la scène expérimentale électronique du début des années 70, et sont aujourd’hui dans une période un peu creuse. Ils troquent donc Londres contre un cottage au Pays de Galles, espérant ainsi relancer leur créativité. Lors d’un repérage dans les collines, Darcy enregistre sur le terrain un son qu’il n’a jamais entendu auparavant, que Daphne écoute attentivement et qu’elle commence à bricoler. Ce faisant, elle semble perturber et réveiller quelque chose de mystique dans la campagne : un enfant…

Folk Horror chez les Gallois

L’ambiance forestière naturellement anxiogène du métrage est au-dessus de tout, il y a de mauvais pressentiments qui se faufilent, épaulés par un silence doré autour des protagonistes, à peine quelquefois rompu par leurs musiques underground aux sonorités toujours plus naturelles. C’est un premier long-métrage bluffant, à voir dans son entièreté et auquel penser pendant qu’on le regarde ne ferait que le desservir. Une fable nébuleuse, aux grands accents de Folk Horror qui nous entraîne petit à petit dans un drame de couple, de famille, présentant en filigrane les traumatismes de ses personnages sans en faire l’intrigue principale ou un fusil de Tchekov bien trop vu.

Tout sert le récit, qui se monte petit à petit, un puzzle s’imbriquant mais dont la finalité construite n’est toujours pas nette ; c’est ce qui aide à son charme bizarre de slow-burner gallois. C’est dans un rythme trop apaisé et – bien entendu – insidieux que s’étend le grandiose d’un métrage toutefois humble. Et les musiques grisent le spectateur, allant au-delà de la simple parcelle de synopsis inexploitée. Rabbit Trap convainc aussi grâce à ses comédiens, tels que Dev Patel (à peine sorti du tournage de Monkey Man, et cela fait plus que se voir physiquement) ou Rosy McEwen. Mais ils sont supplantés par la superbe Jade Croot, qui se débat entre retenue spectrale et fureur émotionnelles. Impossible de ne pas voir dans cet enfant sans genre ni intentions – donc purement cryptique et mythologique – un Barry Keogan entre Mise à mort du cerf sacré et Saltburn. Il n’y a là, si ce n’est un très grand film, ni même une première claque annuelle, au moins ce qui est pour l’heure une œuvre au-dessus de la petite mêlée de ce début 2025 et une proposition honorable de Folk Horror.

Note : 4 sur 5.

RABBIT TRAP. De Bryn Chainey (Royaume-Uni, USA – 2025).
Genre : Folk Horror, Drame. Scénario : Bryn Chainey. Photographie : Andreas Johannessen. Interprétation : Dev Patel, Jade Crook, Rosy McEwen… Musique : Lucrecia Dalt. Durée : 88 minutes.
Film découvert lors du BIFFF 2025, sans distributeur français pour le moment.

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