Venant de la comédie et du stand-up, l’Anglais Spencer Brown s’est mis au défi d’écrire et réaliser un techno thriller de SF sur une intelligence artificielle humanoïde menant la vie dure à ses propriétaires. Ça s’appelle T.I.M., c’est méritant mais pas vraiment convaincant. L’angoisse générale et les questionnements liés aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle ont depuis longtemps alimenté les récits à l’écran. De Blade Runner à M3gan, en passant par Terminator, I Robot, Her, Ex Machina et même le remake récent de Jeu d’enfant, on ne compte plus les films se faisant les témoins des craintes liées aux nouvelles technologies. Des inquiétudes qui ressurgissent ces dernières années avec le développement à vitesse grand V des IA, notamment dans le cadre domestique. T.I.M. du réalisateur anglais Spencer Brown ne fait qu’ajouter une pierre à ce programme d’angoisse et de pessimisme.

T.I.M., c’est l’irruption dans le quotidien d’un jeune couple britannique d’un androïde supra-intelligent, destiné les assister dans toutes leurs tâches quotidiennes, voire plus si affinité. Une sorte d’Alexa grandeur nature, toute en boulons et en fibres, une copie quasi parfaite d’un être humain, capable d’effectuer les tâches ménagères aussi bien que de mémoriser vos mots de passe et passer des commandes sur internet. Bref, une foutue intrusion artificielle comme cette plaie d’Elon Musk n’oserait même pas en rêver… Évidemment, à trop donner de pouvoir à un être artificiel, celui-ci va finir par vous bouffer… Tel est le message assez peu original délivré par le film. Pour son premier long-métrage, le comédien, humoriste et scénariste Spencer Brown ne choisit pas la facilité, même s’il surfe sur un sujet très tendance. Il s’associe pour cela au scénario avec sa compagne, la romancière Sarah Govett, pour conter cette histoire qui n’a de futuriste que le nom.

L’humanoïde constipé

En matière d’IA malveillante, on connaît le refrain, et T.I.M. ne brille certainement pas par son originalité. C’est même sa principale limite. On a vu mille fois ce genre de récit, et le film de Spencer Brown n’apporte aucune réelle nouveauté. Pas de surprise à se mettre sous la dent, l’ensemble des péripéties de la rébellion humanoïde se voient venir à des kilomètres. Mais pire, le spectateur a continuellement un quart d’heure d’avance sur les personnages, et ça, c’est quand même fâcheux. Si Paul (Mark Rowley) a tout de suite de vrais soupçons sur les motivations de l’androïde, sa compagne Abi est perpétuellement à la traîne sur les évolutions du scénario et les motivations de son domestique synthétique. Un problème d’autant plus regrettable que la jeune femme est au centre des « désirs » de T.I.M. qui commence à lui vouer un amour sans borne, quitte à éradiquer quiconque se mettra sur son passage. Un enjeu globalement limité et assez casse-gueule que le réalisateur ne parvient pas à transcender. Les fausses pistes scénaristiques (la tromperie du mari) ne sont pas suffisamment convaincantes pour déboucher sur un véritable suspense.

Tout n’est cependant pas noir, puisque Spencer Brown s’applique réellement à mettre en image avec soin son script, tout en cadrages étudiés, exploitant assez droitement son format Scope, tout en nuances et paradoxes entre la froideur de la lumière et des décors, et l’environnement campagnard britannique. Entre le récit d’anticipation pessimiste, le thriller domestique et le pur film d’horreur, T.I.M. prend un peu trop de temps à poser ses bases, même s’il faut reconnaître que l’implication de Georgina Campbell et Eamon Farren (et sa drôle de trogne sacrément inquiétante) est impeccable. Il faut en fait attendre la dernière partie pour que le film décolle enfin et lâche les chevaux, basculant alors réellement vers ce qu’on attend depuis le début : que l’assistant artificiel pète les plombs, qu’il commence à agir de manière létale et entraîne le film vers l’horreur. Mais là encore, tout cela reste encore très sage, presque aseptisé, pour totalement convaincre. T.I.M. s’avère au final un petit thriller de SF pas désagréable mais qui, à l’image de son humanoïde central, récite ses leçons tout en manquant singulièrement de personnalité.

Note : 3 sur 5.

T.I.M. De Spencer Brown (Royaume-Uni – 2023).
Genre : Thriller, science-fiction. Scénario : Spencer Brown et Sarah Govett. Photographie : Dave Miller. Interprétation : Georgina Campbell, Eamon Farren, Mark Rowley… Musique : Walter Mair. Durée : 101 minutes.
Distribué par L’Atelier d’images (6 mai 2025).

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