Grâce à l’éditeur Badlands, le cinéma coréen le moins exposé arrive jusqu’à nous. C’est une chance. Deux titres ont été distribués fin juillet 2025 : STEEL FLOWER de Park Seok-Yeong (2015) et SECOND LIFE de Park Young-Ju (2018). Deux petits films indépendants qui évoquent avec acuité le mal-être adolescent au sein de la société coréenne.
Dans SECOND LIFE, la réalisatrice Park Young-Ju, dont c’est ici le premier long-métrage, traite du cas de Sun-hee, une jeune fille qui peine à trouver sa place au sein d’un quotidien et d’une société qui ne la calcule pas. Que ce soit au lycée où elle se sent obligée « d’acheter » ses camarades de classe et de mentir pour obtenir un peu d’attention, ou chez elle, invisible aux yeux de parents trop occupés chacun de leur côté par leurs occupations professionnelles. De ce postulat, Park Young-Ju livre une chronique adolescente naturaliste et douce-amère, qui fluctue constamment entre légèreté et gravité. Suivant au plus près son personnage principal, brillamment interprété par Jeong Da-eun, SECOND LIFE expose les choix drastiques, aux conséquences parfois terribles, d’une jeune fille livrée à elle-même, victime d’une société qui anonymise et broie. Les mensonges qu’elle délivre à ses camarades dans le but d’exister à leurs yeux l’entraînent dans un engrenage qui finit par avoir des conséquences terribles, la conduisant à s’enfuir et à littéralement changer de vie. Intégrant un établissement pour enfants sous une fausse identité, elle commence à se faire une place, toucher du doigt une forme de reconnaissance, d’intérêt et d’amour par les nouveaux protagonistes qui l’entourent. Sans trop en dévoiler, on peut souligner que les espoirs sont fait pour être déçus, la réalité revenant violemment, comme un boomerang, dans une scène finale assez bouleversante, bien que tout en retenue.

D’une durée resserrée d’1h10 à peine, le film, malgré son tempo assez lent, va à l’essentiel. La force des images de la réalisatrice évoque bien plus que de longs discours, tant les regards, les silences, les non-dits sont évocateurs. SECOND LIFE peut également être vu comme un film de fantôme. Sun-hee erre d’un environnement à l’autre, en quête d’une identité qui se refuse à elle, et la très belle scène où la jeune fille, face à une vaste étendue d’eau, obstruée par des paysages évoquant un avenir bloqué, tente de se suicider par noyade, prend dès lors une signification toute autre, marquant une forme de passsage et de résurrection vers un avenir meilleur.
Mélancolique au possible, SECOND LIFE est une oeuvre forte et sensible, extrêmement pudique et esthétiquement soignée, qui fait les bons choix pour assurer la pleine implication du spectateur.
A noter que dans son édition blu-ray, Badlands propose un bonus qui donne la parole à Bastian Meiresonne (22’), ce dernier évoque le cinéma sud coréen et surtout, la place des femmes à la réalisation, depuis les débuts jusqu’à aujourd’hui. Il signe par ailleurs un petit livret d’une dizaine de pages d’analyse du film et des ses thèmes, absolument passionnant et riche, inséré dans le boitier.

SECOND LIFE (선희와 슬기). De Park Young-Ju (Corée du Sud – 2018).
Genre : drame social. Scénario : Park Young-Ju. Photographie : Gyeong-Hyeon Hwang. Interprétation : Jung Da-eun, Park Soo-yeon, Jeon Guk-hyang, Jung Soo-yeon… Musique : Yea-Kyung Chung. Durée : 70 minutes.
Blu-ray distribué par Badlands (30 juillet 2025).

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