En parallèle de la sortie en vidéo de SECOND LIFE de Park Young-Ju, l’éditeur Badlands propose de découvrir STEEL FLOWER de Park Seok-Yeong, un autre film indépendant coréen, drame social témoignant du mal-être de la jeunesse coréenne et de ses problèmes d’intégration dans une société fermée sur elle-même. Le réalisateur éclaire ici sur la difficulté de se loger, d’exercer un emploi et dénonce l’exploitation professionnelle et les rapports de domination. On y suit une adolescente, Ha-dam, totalement démunie, qui débarque à Busan avec sa valise. Sa recherche de logement et d’emploi se heurte à des portes résolument fermées, et à une incapacité générale de ses interlocuteurs à accepter sa condition de sans-abri. La jeune femme fait face à l’opprobe, à l’individualisme et même à la violence physique d’individus qui refusent d’intégrer les plus modestes.
C’est un constat difficile que pose Park Seok-Yeong dans ce film, deuxième titre d’une trilogie qu’il a débuté avec WILD FLOWER (2014) et achevé avec ASH FLOWER (2017). Il continue ici d’explorer la marginalité et les personnages en dehors des clous. Pas très éloignée de la jeune Sun-hee qui errait à la recherche d’une identité dans SECOND LIFE, Ha-dam affiche pour sa part un caractère fort et une volonté de battante, dénichant un local insalubre pour y passer ses nuits, tapant à toutes les portes et acceptant les tâches les plus ingrates pour gagner de l’argent et tenter de s’insérer pour survivre. Il faut être bien accroché pour recevoir le film de Park Seok-Yeong. Dans son propos tout d’abord, la misère dans laquelle se débat le personnage principal est âpre, et rien n’est épargné au spectateur. Le film est sur une crète, en équilibre permanent pour ne pas tomber dans le misérabilisme. Tâche pas toujours rendue évidente par l’écriture de certains personnages qui n’échappent pas à une forme de caricature. Certaines scènes sont particulièrement éprouvantes, l’agression de la femme alcoolique qui expulse Ham-dam du restaurant, longue séquence au cours de laquelle les deux personnages n’en finissent pas de s’écharper devant des clients médusés mais immobiles, est à ce titre une sorte d’apogée.

Une errance sociale filmée de manière brute
Ce récit d’une errance sociale au sein de la ville de Busan, le cinéaste la filme de manière brute, avec une caméra à l’épaule, en perpétuel mouvement, au plus proche des personnages, dans un style naturaliste que viennent contrebalancer quelques plans fixes marquant l’isolement de la principale protagoniste. A ce titre, le film fonctionne beaucoup sur la boucle et la répétition des scènes, des trajets. On y suit la jeune femme jusqu’à une salle de répétition de danse de claquettes, qu’elle investit progressivement, cette quête d’intégration sociale se couplant à une fascination pour l’art de la danse, comme un échappatoire au quotidien, même si cet aspect n’est pas réellement développé.
Drame social à la fois intense et parfois poétique, qui décrit une farouche volonté de reconquérir une dignité qu’on refuse à un personnage tentant de survivre à sa précarité, formidablement incarné par Jeong Ha-dam (THE AGE OF SHADOWS, MADEMOISELLE), déjà présente dans le précédent opus du réalisateur, STELL FLOWER n’est pas un film agréable, à proprement parler, voire carrément inconfortable, mais il demeure un concentré d’énergie, une oeuvre viscérale qui tape souvent juste.

A l’image de SECOND LIFE, l’éditeur Badlands propose un Blu-ray de très belle qualité technique. Il y ajoute dans les suppléments une intervention extrêmement ludique et passionnante de Bastian Meiresonne (43’), qui recontextualise le film dans la carrière de son auteur et y évoque les thèmes qui le parcourt. Là encore, l’édition comporte un livret d’analyse du film et des ses thèmes.

STEEL FLOWER (스틸 플라워). De Park Seok-Yeong (Corée du Sud – 2015).
Genre : drame social. Scénario : Park Seok-Yeong. Photographie : Oh Tae-seung et Park Hyeong-ik. Interprétation : Jeong Ha-Dam, Kim Tae-Hee, Park Myeong-Hoon, Choi Moon-Sook, An Yu… Musique : Kim Dong-gi. Durée : 84 minutes.
Distribué en vidéo par Badlands (30 juillet 2025).

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