
Dans un passé récent (janvier 2023), la romancière Violaine de Charnage publiait Screaming Boys dans la Collection KARNAGE chez Zone 52 Éditions. Depuis, le livre a été réédité en auto-édition chez Venin d’encre sous le titre Slasher Island. De fait, les deux titres tapent dans le mille d’un récit à la serpe où il est question d’une poignée de mâles en fusion entourés de quelques tentatrices, qui participent à une émission de télé-réalité sur une île retirée de tout. Un maniaque (costumé en requin ! Parce que pourquoi pas…) commence à trucider tout ce petit monde, sur fond de sexe décomplexé à outrance.
Ce thriller gore et sexuel, réservé à un public très averti, au style très cinématographique, se lit d’une traite, enchaîne les tropes de cet univers de slasher affirmé et brandis en étendard. Dans un style aussi direct et affuté qu’une lame, Violaine de Charnage envoie valdinguer les conventions et signe un slasher qui aurait mis de côté toutes les limites et les barrières de la bienséance. L’autrice ne se refuse à aucun trait attendu du genre, qu’elle connaît de toute évidence sur le bout des doigts. La grande force de Slasher Island, outre sa déférence au genre auquel il se rattache, c’est de pousser les potards à 100 et de prendre de la hauteur. La romancière juxtapose les meurtres et les scènes de sexe, les poussent dans leurs derniers retranchements, dans une orgie d’hémoglobine, de sperme et autres sécrétions corporelles. Les descriptions sont à la fois ultra-précises et peu ragoutantes, mais Violaine de Charnage y déploie un style totalement maîtrisé, qui n’exclut pas une forme de ludisme et d’humour (très) noir. Le tout accompagné d’une playslist musicale histoire d’accompagner l’ensemble, chaque chapitre étant introduit par un morceau signifiant, de Nirvana à Bananarama, en passant par Offspring, Madonna, AC/DC ou les Backstreet Boys.
De fait, particulièrement repu à l’issue de la lecture de Slasher Island, on ne peut que souhaiter ardemment découvrir une autre histoire imaginée par l’autrice…
Au pays des grenouilles, les Français sont des mets de choix…
Et c’est là que déboule Croak Creek Maniacs, roman plus récent (publié en juillet 2025), mais pas moins furieux et gore. Violaine de Charnage ne s’est sûrement pas assagie entre les deux, sortant régulièrement romans, recueils de nouvelles, et autres matières rédactionnelles aptes à épancher sa soif d’horreur et d’hémoglobine.
Avec ce nouvel opus, l’autrice quitte les plate-bandes du slasher pour poser son inspiration du côté du survival à tendance horror folk. On se situe désormais du côté des influences de 2 000 MANIACS d’Herschell Gordon Lewis (1964), mâtiné de l’innébranlable MASSACRE A LA TRONCONNEUSE de Tobe Hooper (1974), avec une pointe de THE WICKER MAN de Robin Hardy (1973) et une pincée de films d’agression animale. Et évidemment, on y est bien ! Puisque l’histoire suit un groupe de touristes français en goguettes au fin fond du sud des Etats-Unis, qui prennent à leurs côtés un jeune autostoppeur à la recherche de ses parents disparus dans d’étranges conditions vingt ans plus tôt. Tout ce petit monde se retrouve dans la bourgade de Croak Creeks, accueillis de fort belle manière par une population qui voue un culte aux grenouilles et aux crapauds. Sauf que cette adoration va beaucoup trop loin, et les autochtones sont quand même un peu fêlés sur les bords…
Si l’érotisme a été mis de côté, l’hémoglobine et les scènes chocs sont toujours bien présentes. Bâtie sur plusieurs époques, la narration de Violaine de Charnage marche en échos et allers-retours, afin de dévoiler une intrigue où l’épouvante a évidemment la part belle. Le choix des batraciens, aussi dégueux soient-ils, répond évidemment à une volonté de dézinguer « ces français bouffeurs de grenouilles ». Car Croak Creek Maniacs assure une bonne dose d’humour et de décalage dans l’horreur des scènes qu’il dépeint, avec notamment cette population aveuglée par ses sordides traditions, jusqu’aux enfants complètement obnubilés par le sang.
Ca se lit une fois encore tout seul, car, et c’est donc une constante chez l’autrice, on nage en pleine série B horrifique. On sent là encore l’influence de tout un pan cinématographique des années 70-80 dans la plume de l’écrivaine, et le plaisir de lecture n’a d’égal que la satisfaction originelle évidente de Violaine de Charnage d’imaginer et de coucher sur le papier les atrocités de son histoire. Evidemment, on pourra trouver à tout cela un côté très classique, mais c’est aussi pour cela qu’on déguste une série B bien sanglante et pas prise de tête, pour un plaisir immédiat ! En ce sens, Croak Creek Maniacs est un bonbon (très acidulé) qui déverse tout son suc (gastrique et sanglant) dans nos esprits d’amateurs de prose horrifique. Un must à découvrir absolument, qui pourrait bien changer notre perception des grenouilles…

SLASHER ISLAND (Screaming Boys). De Violaine de Charnage (France – 2023).
Genre : Slasher, sexe, gore. 180 pages.
Edité par Venin d’encre (20 juin 2024), disponible sur le site de Violaine de Charnage.

CROACK CREEK MANIACS. De Violaine de Charnage (France – 2025).
Genre : Survival, horreur, gore. 200 pages.
Edité par Venin d’encre (juillet 2025), disponible sur le site de Violaine de Charnage.

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