Violence et sexualité débridée, avec une bonne dose de déviance, c’est le cocktail piquant du film ASSAUT ! JACK L’ÉVENTREUR réalisé par Yasuharu Hasebe en 1976. Représentant vaillant des romans pornos (Pinku Eiga) que la société Nikkatsu a produit à la pelle dans les années 70, le film est une étonnante odyssée criminelle érotique, dont le sujet crapoteux n’a pourtant pas grand chose à voir avec la forme d’une proposition au rabais, et qui a le bon goût de ressembler à un vrai film de cinéma.

La mention de Jack l’Eventreur dans le titre est purement gratuite. Trompeuse, elle ne reflète en rien ce que nous raconte et nous expose le film. Il y est question d’un couple composé d’un pâtissier, Ken et d’une serveuse Yuri, qui, alors qu’ils quittent leur restaurant, prennent en stop une jeune femme qui devient inexplicablement hystérique et s’automutile sous leurs yeux. Pris de panique, il l’ejectent violemment du véhicule, ce qui provoque sa mort. Après s’être débarrassés du corps, ils rentrent chez eux et prennent conscience que cet acte sordide les a sérieusement excités… Pour Ken et Yuri, l’extase sexuelle ne passera dorénavant que par le meurtre.

Le Giallo en ligne de mire

Avec son scope et ses couleurs éclatantes, ses cadres finement composés, ASSAUT ! JACK L’ÉVENTREUR montre l’étendue du talent de Yasuharu Hasebe (LES TUEUSES EN COLLANTS NOIRS, 1966) qui a signé, certes, un certain nombre de Pinku Eiga, mais aussi MÉLODIE DE LA RANCUNE (1973) très bon quatrième opus de la saga de LA FEMME SCORPION. Et de fait, Hasebe livre ici un film d’une très grande maîtrise visuelle, loin du crapoteux bon marché que pourrait laisser supposer son sujet. C’est ce qui fait l’atout principal et, osons le terme, le charme de cette bande déviante des seventies. On ne compte plus les références au Giallo, que Hasebe reprend à son compte, le couteau de pâtissier servant d’arme à Ken, comme évident symbole phallique jusqu’au-boutiste puisque l’assassin pénètre littéralement le vagin de ses victimes avec son arme blanche. De même, la conception des scènes de meurtre est à minima, autant d’hommages au genre que le cinéaste japonais se réapproprie avec pertinence.

Il faut, certes, avoir le cœur bien accroché pour enjamber sans encombres le spectacle fétichiste et déviant à souhait de ces meurtres dont la gratuité n’a d’égal que leur caractère crapoteux. Mais le film sait tourner l’écoeurant à son avantage, grâce notamment à l’interprétation totalement dévouée de Tamaki Katsura (LE VIOLEUR À LA ROSE) et Yutaka Hayashi (SUPER EXPRESS 109). Autre élément entre étrangeté et détachement, la bande originale signée Hajime Kaburagi, tout droit sortie d’un Claude Lelouch des années 60, assez étrangement associée au spectacle visuel, comme en décalage, soulignant finalement toute la sauvagerie naïve de ce qui se joue devant nos yeux.

Note : 3 sur 5.

ASSAUT ! JACK L’ÉVENTREUR (Bôkô Kirisaki Jakku). De Yasuharu Hasebe (Japon – 1976).

Genre : Pinku Eiga/horreur. Scénario : Yasuharu Hasebe et Chiho Katsura. Photographie : Masaru Mori. Interprétation : Tamaki Katsura, Yutaka Hayashi, Yuri Yamashina, Natsuko Yashiro… Musique : Hajime Kaburagi. Durée : 72 minutes.
Distribué en vidéo par Le Chat qui Fume (1er octobre 2025).

Image stupéfiante de beauté, la HD nous en met plein les mirettes grâce à un travail de restauration assez remarquable. Définition et niveau de détail très élevé, superbes couleurs qui ont repris tout leur impact (le sang carmin !). Le son n’est pas en reste, la piste japonaise en DTS-HD MA 2.0 s’avère suffisamment précise et claire pour proposer une experience de visionnage parfaite. Techniquement, c’est du tout bon !
L’éditeur nous livre un supplément d’une quinzaine de minutes intitulé « Tueurs en série » qui donne la parole à Clément Rauger, journaliste aux Cahiers du Cinéma, spécialiste du cinéma japonais. On trouve également des films annonce de la collection Nikkatsu et un livret de huit pages de photos rares issues de la Nikkatsu.

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