Oh, chouette, un nouveau CALIGARI ! Attention cependant, le film de Stephen Sayadian, datant de 1989 et qui n’a quasiment jamais trouvé le chemin des écrans en France, est une démarcation très particulière du célèbre CABINET DU DOCTEUR CALIGARI de 1920, qui pourra surprendre et en laisser quelques uns sur le carreau par sa proposition très étonnante.

Réaliser une suite non officielle du film LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI de Robert Wiene (1920), en version érotico-pop colorée, c’est un pari audacieux que le cinéaste underground Stephen Sayadian a relevé à la fin des années 80. Avec DR. CALIGARI, le réalisateur de CAFE FLESH imprègne le chef d’œuvre expressionniste entré dans l’histoire du cinéma de son univers si particulier. Cette fois, c’est la petite-fille du célèbre docteur qui est à l’honneur, psychiatre dérangée, dominatrice et perverse, elle mène des expériences pour le moins illégales sur les patients dans un asile pas moins étrange. Une nymphomane à première vue bien sous tous rapports ou encore un cannibale, font les frais de ses expérimentations et servent de cobaye à la scientifique qui met au point un dispositif pour faire transiter les fluides cérébraux d’un patient à l’autre. DR. CALIGARI s’avère davantage une variation ou une relecture sur le thème du savant fou qu’une véritable suite du célèbre classique. De l’expressionnisme allemand muet en noir et blanc de 1920, on part sur un contre-pied assez étonnant, vers de la pop surréaliste colorée érotique et gore. Le grand écart est saisissant, même si formellement parlant, on reste sur une esthétique, quand bien même très différente, au demeurant très marquée. Intégralement tourné en studio, le film déroute également par sa narration particulière, succession de tableaux oniriques et hallucinatoires, où le pop art a la part belle. Stephen Sayadian et son scénariste Jerry Stahl (déjà à l’œuvre sur CAFE FLESH) ne reculent devant aucune excentricité visuelle pour donner corps à ce film d’horreur hors-normes, même si on pourrait le situer quelque part entre l’univers de Bertrand Mandico, l’approche fétichiste du duo Hélène Cattet et Bruno Forzani, avec une pincée de David Lynch et un visuel proche des clips des Pet Shop Boys. Sacré cocktail !

Une expérience visuelle hors-normes

Si l’intrigue du film reste à la portion congrue, tout l’intérêt se porte dans l’expérience visuelle délivrée. Et là, le film divisera forcément, entre celles/ceux qui s’abandonneront à l’approche graphique sans garde-fous et les allergiques au cinéma expérimental et maniéré qui rejetteront en bloc. On ne peut cependant nier une véritable approche assumée, un univers cohérent et un travail d’orfèvre réalisé sur les décors, les couleurs, la photographie assez dingue de Ladi von Jansky, pour proposer des scènes hallucinantes mêlant horreur organique et érotisme suggestif assumé. De même, l’interprétation outrée et surjouée, aléatoire par instants, sort des clichés et autres schémas attendus, le tout porté par des comédiens ultra investis, parmi lesquels Madeleine Reynal, Laura Albert, Gene Zerna, David Parry, Fox Harris et Jennifer Balgobin. Par n’importe quel bout qu’on l’appréhende, DR. CALIGARI demeure une curiosité, un peu bancale dans son rythme et dans sa progression, volontiers délirant et hirsute, grandiloquent et grand-guignol, absurde et sexuel, dont la durée resserrée d’à peine 80 minutes permet de se laisser aller à la découverte de cet OVNI filmique d’un autre genre…

Note : 2.5 sur 5.

DR CALIGARI. De Stephen Sayadian (USA – 1989).

Genre : comédie horrifico-érotique. Scénario : Stephen Sayadian et Jerry Stahl. Photographie : Ladi von Jansky. Interprétation : Madeleine Reynal, Fox Harris, Laura Albert, Jennifer Balgobin, John Durbin, Gene Zerna, David Parry… Musique : Mitchell Froom. Durée : 79 minutes.
Distribué par Carlotta Films (16 septembre 2025).

L’éditeur propose deux formats : 1.85 et le 1.33 plus carré. Dans les deux cas, l’image est magnifique. La restauration à l’œuvre est exemplaire et la force des contrastes, particulièrement marqués (ces noirs profonds opposés à ces couleurs explosives) impriment durablement la rétine. Définition et piqué sont aux petits oignons. L’unique piste anglaise en DTS-HD Master Audio 2.0 est limpide, principalement axée sur les dialogues et la musique, tout est clair, puissant.
Niveau bonus, il y a de quoi faire dans cette édition, puisqu’on y trouve quatre entretiens avec les principaux artisans du film. Tout d’abord le réalisateur Stephen Sayadian, qui passe en revue toutes les étapes du projet, de l’idée originale jusqu’à sa concrétisation et sa réception critique. Puis, c’est au tour du scénariste Jerry Stahl d’évoquer sa contribution, tout en mettant en avant ses liens étroits avec Sayadian. Enfin, deux des comédiennes principales reviennent sur leur participation, Madeleine Reynal dans le rôle de Caligari et Laura Albert dans celui de la nymphomane Mme Van Houten.

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