Salué par la critique et le public en 2000, ERIN BROCKOVITCH, SEULE CONTRE TOUS de Steven Soderbergh a marqué une génération de spectateurs, porté Julia Roberts tout en haut d’Hollywood et son réalisateur dans la liste des cinéastes de première catégorie. Le véritable scandale sanitaire qu’il décrit a également participé au succès majeur et à l’aura du film.

Sorti en 2000, ERIN BROCKOVITCH, SEULE CONTRE TOUS est un premier tournant dans la carrière foisonnante et multiple de Steven Soderbergh. C’est le premier véritable succès public pour le réalisateur, après une série de films plus orientés cinéma d’auteur (SEXE, MENSONGES ET VIDEO, KAFKA, SCHIZOPOLIS), et une première tentative de cinéma plus mainstream, convoquant des stars (Georges Clooney et Jennifer Lopez) avec HORS D’ATTEINTE. Mais c’est réellement avec ce drame judiciaire inspiré d’un fait réel, basé sur l’histoire de la véritable Erin Brockovitch, lanceuse d’alerte dénonçant une affaire de pollution des eaux potables en Californie, que Soderbergh rencontre enfin un succès marquant au box-office. Scénarisé par Susannah Grant, le film a surtout comme atout central de caster une Julia Roberts déjà star à l’époque, mais qui va lui permettre de passer dans une autre dimension, comme un premier aboutissement de carrière. De fait, Roberts est le cœur d’un film où elle est de tous les plans, et sa brillante prestation lui vaudra de rafler de nombreuses récompenses, parmi lesquelles un Golden Globes et un Oscar. Ce rôle de mère célibataire et au chômage, battante de première, qui s’investit corps et âme pour faire éclater la vérité dans une sombre histoire de pollution sanitaire avait, il est vrai, tout du parfait véhicule à Oscars. Et il faut reconnaître que ce n’est pas volé pour le coup.

La loi du plus fort n’est pas la meilleure

Avec sa caméra à l’épaule au plus près des personnages et son rythme nerveux, le film est en prise direct avec son sujet. Soderbergh fait le choix de la sobriété et de l’efficacité et ERIN BROCKOVITCH, SEULE CONTRE TOUS se suit comme un thriller judiciaire sans temps mort, qui décortique la lourdeur de l’administration et les dérives des gros industriels. C’est surtout dans ses aspects renvoyant à l’éternelle lutte du petit contre le gros, le combat de l’individu face au pouvoir de la multinationale, que le film trouve une résonance universelle. Qui plus est renforcée par le déterminisme féminin qu’il illustre, et l’envoie tutoyer d’autres strates de la fucked up attitude contre les méchants industriels américains. Un bon gros uppercut à la face, qu’il convient cependant de relativiser quelque peu. Car si tout le monde a louer ses qualités, on peut néanmoins se montrer tatillon et reprocher au film, et surtout à son scénario, un aspect finalement assez lisse, sans trop d’aspérités, assez prévisible dans son déroulé et très manichéen. On n’est certes pas dans un polar hardcore, et la menace des industriels reste somme toute un couperet bien peu aiguisé au-dessus de la tête de la lanceuse d’alerte. La gouaille et le charme de Julia Roberts emportent tellement tout sur leur passage que jamais on ne la sent réellement en difficulté. Il faut voir à ce titre comment son personnage peut (à l’heure pré-internet) dégoter des documents avec une facilité déconcertante et finalement assez peu crédible. Au même titre que ses rapports avec le boss du cabinet d’avocat pour lequel elle travaille, interprété là aussi de manière remarquable par Albert Finney, semblent assez peu réalistes. Quant au personnage d’Aaron Eckhart, on est dans un rôle-fonction du motard/nounou/love interest au grand cœur sans grande envergure. C’est dommage que c’est un sujet pareil, le moule hollywoodien continue de prendre le dessus. Mais qu’importe quand la résonance sociale, car le film a eu un impact tangible incitant les autorités à renforcer la réglementation sur la pollution des nappes phréatiques, alliée à la performance XXL de sa star permettent de faire figurer aujourd’hui ERIN BROCKOVITCH, SEULE CONTRE TOUS parmi les œuvres marquantes du cinéma hollywoodien. Un bon film qui fonctionne toujours aussi bien, s’avère encore d’actualité, et a surtout permis de placer Soderbergh en orbite, lui libérant de la place dans le paysage pour toutes ses capacités créatrices à venir.

Note : 3.5 sur 5.

ERIN BROCKOVICH, SEULE CONTRE TOUS. De Steven Soderbergh (USA – 2000).

Genre : Drame, thriller. Scénario : Susannah Grant. Photographie : Edward Lachman. Interprétation : Julia Roberts, Albert Finney, Aaron Eckhart, Peter Coyote, Conchata Ferrell, Marg Helgenberger… Musique : Thomas Newman. Durée : 131 minutes.
Distribué par Sony Pictures (3 septembre 2025).

Pour sa version Ultra HD 4K, le film apparaît plus beau que jamais. Le niveau de détail de l’image est bluffant, tout comme la colorimétrie, avec ses tons chauds et ses nuances dorées et les couleurs vives (la voiture, les tenues de Julia Roberts) qui ressortent d’autant plus. Une image qui affiche, de plus, un grain de pellicule qui apporte une petite rugosité bienvenue. Attention cependant, si l’image a droit à un quasi sans faute sur le plan technique, il faut noter que le format proposé ici est du 1.78:1 (contre le 1.85:1 original), ce qui entraîne une légère perte de contenu sur les bords droite et gauche du cadre. Rien de dramatique, même si au fond, on aimerait savoir si c’est un choix du réalisateur…
Côté sonore, rien de tonitruant à se mettre sous la dent, mais ce n’est pas ce que l’on demande au film, ni à son édition UHD. Les deux pistes sont proposées dans un DTS-HD Master Audio 5.1 de très belle qualité, qui ne souffre d’aucun défaut, et s’avère même d’une clarté cristalline. Pas d’effet ostentatoire, mais des dialogues clairs et puissants, entrant en résonance sans escamotage avec la musique de Thomas Newman. On n’est pas sur l’expérience la plus immersive de l’année, mais on s’en fiche pas mal.
Niveau suppléments, on a droit à un making-of d’une quinzaine de minutes, qui évoque notamment les origines du projet et les choix d’adaptation à l’écran, et met à contribution les principaux participants au film : Soderbergh, Roberts et Finney. Un court segment d’à peine cinq minutes se charge de retracer la véritable affaire Erin Brockovich. Enfin, et c’est le plus costaud de cette section, pas moins de trente minutes de scènes coupées sont proposées, avec ou sans le commentaire de Steven Soderbergh.

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