John D. Hancock, bien que n’ayant que partiellement œuvré dans notre cher cinéma de genre, reste cependant reconnu pour son travail dans celui-ci. Seuls deux films dans sa carrière se réclament du genre. Déjà, l’assez tiède film de Noël pour enfants Prancer que la fadeur et le manque d’écriture empêchent de convaincre. Mais plus de 15 ans avant celui-ci, il réalisait (et scénarisait, ce qui n’était pas le cas de Prancer) un pur film d’horreur atmosphérique : Let’s Scare Jessica To Death. Ce dernier suit Jessica, une jeune femme récemment sortie d’un institut psychiatrique, qui vit des expériences inquiétantes depuis qu’elle s’est installée avec son mari Duncan et le frère de ce dernier dans une ferme de la Nouvelle-Angleterre. Cet endroit est réputé hanté, et elle craint de perdre à nouveau sa santé psychique.
Planant sur le spectateur comme les chuchotements de sa protagoniste, le métrage emploie avec une simplicité apparente déconcertante ses effets scénaristiques pour provoquer une angoisse à la lisière de la folk horror dans sa manière de rendre bien étranges les habitants de ce village. Bien qu’ils n’aient qu’une importance horrifique dans sa finalité, les autochtones semblent toujours là, dès la scène où ils scrutent les personnages principaux depuis une terrasse, jusqu’à ce final où ils font toujours office de bien étranges observateurs.

Un drame psychologique et vaporeux
Elément essentiel du film, la bande-son détonne par son absolue douceur – que l’on pourrait presque apparenter à de la tendresse – qui accompagne magnifiquement la première partie où tout semble aller bien, si ce n’est l’esprit troublé de Jessica. Cependant, les musiques s’emparent ensuite de ce dédale mental pour s’assombrir et faire parvenir des éléments moins tendres, toujours dans la sagace continuité mise en place par Hancock. L’œuvre mêle bien des genres de façon assez graduelles, entre le drame psychologique mais jamais psychologisant, jusqu’au film d’épouvante purement vaporeux, bien que toujours narratif. La simplicité du métrage n’enlève cependant rien à la pertinence du point de vue féminin offert par Hancock, vision prenante des troubles mentaux de Jessica. Cette dernière est magnifiquement campée par Zohra Lampert, qui offre une interprétation distante mais profonde, grâce à toute la subtilité qu’elle met dans l’interprétation du trouble, notamment dans son regard parfois ailleurs qui ne fait que la rendre plus impressionnante. C’est finalement assez simple, minimaliste dans les moyens mis en place par Hancock qui donne ici à voir un film vraiment pertinent et qui ne tombe jamais dans une psychanalyse vaine, bâtissant un huis-clos où tout semble aller bien, même si le diable se cache ici encore dans les détails. En conclusion, Let’s Scare Jessica to Death est un film superbe, émotionnellement plus complexe qu’il n’y paraît et avec bien des atouts.

LET’S SCARE JESSICA TO DEATH. De John D. Hancock (USA – 1971).
Genre : Drame psychologique, Horreur.
Scénario : Lee Kalcheim, John D. Hancock.
Photographie : Robert M. Baldwin.
Interprétation : Zohra Lampert, Barton Heyman, Kevin O’Connor, Gretchen Corbett, Alan Manson, Mariclare Costello…
Musique : Orville Stoeber.
Durée : 89 minutes.
Disponible en Blu-Ray chez Shout Factory (Zone A).

Laisser un commentaire