Les Films Du Camélia ont sorti en ce mois de juin 2023 une rétrospective de 5 films noirs mexicains. Les métrages sont sortis entre 1943 et 1955 et dévoilent donc à la France un cinéma rempli de pépites, mais qui nous est encore peu connu. L’âge d’or du cinéma mexicain date donc des années 30 à 50, avec notamment pas mal de romances, de films simplement dramatiques ou de films noirs (les trois se croisant souvent au cours de la rétrospective). Luis Buñuel est certainement le cinéaste mexicain le plus connu de ces années-là, le reste étant peu noté mais pas moins notable. La rétrospective nous présentera respectivement un film de : Fernando Méndez, Juan Bustillo Oro et Emilio Fernández mais aussi deux films de Julio Bracho ; presque tous inconnus au bataillon si ce n’est pour les aficionados du cinéma mexicain. Petit classement qualitatif des films :

5-LES BAS-FONDS DE MEXICO d’Emilio Fernández (1949)

Foncièrement dramatique et peu noir, Les Bas-fonds de Mexico d’Emilio Fernández offre une histoire assez répétitive et prévisible qui n’aura jamais de coup d’éclat au niveau de sa mise en scène ou encore de ses personnages ; souvent assez classiques et archétypaux dans l’ensemble malgré que l’on soit a minima attachés aux personnages. Le casting est très bon mais la direction d’acteurices s’avère complètement catastrophique dans le final. L’on peut tout de même voir une histoire qui dispose malgré tout d’un fil rouge plausible mais assez longuet et redondant. C’est en fait un mélodrame assez simplet et oubliable ; à voir tout de même.

Note : 3 sur 5.

4-ROBERTO LA DOUCEUR de Fernando Méndez (1951)

Roberto la douceur de Fernando Méndez est un film qui propose un excellent jeu d’ombres et de lumières, une constante d’une grande partie des films de la rétrospective, qui se révèle néanmoins vraiment marquant ici. Très bon traitement du personnage de Roberto, fondamentalement lâche mais avec quelques accents de sympathie fort bienvenus, il est écrit avec nuance. Casting au top d’ailleurs, Víctor Parra est très bon, suivi bien entendu par une Aurora Segura assez forte et d’une María Amelia De Torres touchante dans un rôle plus secondaire. Roberto la douceur est aussi le film le plus sanglant de la rétrospective mexicaine ; n’hésitant pas à montrer quand ça tâche (il y a tout de même de la retenue et c’est en noir & blanc, mais ça fait plaisir). Un très bon drame aussi, touchant et d’une terrible inéluctabilité. Petite note par ailleurs, Guillermo Del Toro a soutenu la restauration du film.

Note : 3.5 sur 5.

3-LE MEDAILLON DU CRIME de Juan Bustillo Oro (1955)

Le Médaillon du crime de Juan Bustillo Oro sort du lot tout d’abord par un humour fort sympathique et assez surprenant sur pas mal d’aspects (notamment le côté vraiment sombre, pas simplement noir), et des personnages bien conçus ; tout étant capté avec une lenteur réaliste. De très bonnes transitions (la caméra qui pivote dans un sens pour changer de lieu) en font un film disposant d’une mise en scène aguerrie. Le casting est aussi très fort, théâtral (comme à peu près tout les films de la rétrospective, à part Les Bas-fonds de Mexico trop caricatural) et puissant d’émotions. On notera d’ailleurs la présence de l’excellente Silvia Derbez, également actrice dans Les Bas-fonds de Mexico. Il y a aussi une certaine intelligence scénaristique déployée, chaque moment du film créant tension, rire mais surtout stupéfaction, on attend impatiemment le dénouement ; preuve d’un métrage prenant.

Note : 3.5 sur 5.

2-UNE AUBE DIFFERENTE de Julio Bracho (1943)

Polar dramatique et théâtral, Une Aube différente de Julio Bracho est un film plutôt bien conçu dans sa tension, mais aussi dans sa dramaturgie avec une romance vraiment belle et magnifiée par les acteurices, que ce soient Pedro Armendáriz ou encore Andrea Palma, duo principal porteur d’une belle palette d’émotions et vraiment attachants. On notera aussi le bande-son de Raúl Lavista et Manuel Esperón, assez simple mais subjuguante, le duo faisant vraiment paire (Lavista a également composé la musique pour Le Médaillon du crime et Crépuscule, quand Esperón est l’auteur de celle d’Une Aube différente dans la rétrospective). Alors soit, pour un spectateur de 2023, le film paraît très simple et vu-revu mais c’est manié avec une tel efficacité dans son scénario, subtil et pertinent, mais aussi dans sa mise en scène que l’on passe au-dessus du classicisme. Magnifique, poétique, grandiose même.

Note : 3.5 sur 5.

1-CREPUSCULE de Julio Bracho (1945)

Crépuscule de Julio Bracho est une romance magnifique, un drame puissant, un polar sombre, une comédie noire ; tout ça à la fois sans que jamais aucun genre ne piétine un autre. Les personnages sont très bien construits, le quatuor principal étant très intéressant, composé de personnages jamais complètement attachants, mais jamais entièrement détestables non plus et porté par des acteurs parfaits. Raúl Lavista offre une bande-son pas nécessairement marquante, mais qui sait apporter l’émotion qu’il faut avec pertinence. Le film est rempli d’une certaine tragédie et d’une forme de tristesse. Une ambiance d’un noir rare, où le noir et blanc est vraiment utile (il m’est impossible de voir ce film tourné aujourd’hui en couleur) dans des scènes parfois calmes mais d’autres fois torrentielles jusqu’à plonger dans la folie ; complètement et surtout inexorablement.

Note : 4 sur 5.

Une Rétrospective Immanquable

Je vous conseille sincèrement tout ces films, tous différents, mais tous à voir, car l’opportunité de les découvrir au cinéma est rare. C’était une rétrospective vraiment intéressante, qui vient souligner la richesse d’un cinéma mexicain méconnu, qui a réussi à me conquérir dans toute sa splendeur.

LES BAS-FONDS DE MEXICO (Salon Mexico). De Emilio Fernández (Mexique – 1949).
Genre : Drame, Film Noir. Scénario : Emilio Fernandez, Mauricio Magdaleno. Interprétation : Marga López, Miguel Inclán, Rodolfo Acosta, Roberto Cañedo, Silvia Derbez… Musique : Antonio Díaz Conde. Durée : 91 minutes. Distribué par Les Films Du Camélia (14 Juin 2023).

ROBERTO LA DOUCEUR (El Suavecito). De Fernando Méndez (Mexique – 1951).
Genre : Film Noir, Drame. Scénario : Gabriel Ramírez Osante. Interprétation : Víctor Parra, Aurora Segura, Dagoberto Rodríguez, María Amelia De Torres… Musique : Gustavo César Carrión. Durée : 89 minutes. Distribué par Les Films Du Camélia (14 Juin 2023).

LE MEDAILLON DU CRIME (El Medallón Del Crimen). De Juan Bustillo Oro (Mexique – 1955).
Genre : Film Noir, Drame. Scénario : Juan Bustillo Oro, Antonio Helú. Interprétation : Manolo Fábregas, Rosario Granados, Rita Macedo, Wolf Ruvinskis, Silvia Derbez… Musique : Raúl Lavista. Durée : 93 minutes. Distribué par Les Films Du Camélia (14 Juin 2023).

UNE AUBE DIFFERENTE (Distinto Amanecer). De Julio Bracho (Mexique – 1943).
Genre : Film Noir, Romance, Drame. Scénario : Julio Bracho, Xavier Villaurrutia, Max Aub. Interprétation : Andrea Palma, Pedro Armendáriz, Alberto Galán, Narciso Busquets, Octavio Martínez… Musique : Raúl Lavista, Manuel Esperón. Durée : 108 minutes. Distribué par Les Films Du Camélia (14 Juin 2023).

CREPUSCULE (Crepúsculo). De Julio Bracho (Mexique – 1945).
Genre : Film Noir, Romance, Drame. Scénario : Julio Bracho. Interprétataion : Arturo de Córdova, Gloria Marín, Julio Villarreal, Manuel Arvide, Octavio Martínez… Musique : Raúl Lavista. Durée : 108 minutes. Distribué par Les Films Du Camélia (14 Juin 2023).

Une réponse à « [Be Kind Rewind] Cinq Films noirs de l’Âge d’Or du cinéma mexicain à découvrir »

  1. […] ; assez, en tout cas, pour que même la France ait encore vent de ses films en 2023. Nous avons eu Roberto la Douceur au cinéma en juillet et, fin octobre, La Cinémathèque Française, via la rétrospective Mexico […]

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