

Mani Haghighi est un cinéaste iranien qui démarre sa carrière en 2004 avec Abadan, avant de réaliser trois films dont Modest Reception, présenté à la Berlinale 2012. Mais c’est la seconde période du réalisateur qui nous intéresse ici, démarrée en 2016 avec Valley Of Stars (thriller fantastique efficace mais oubliable et sans fulgurances), qui signe l’arrivée du cinéaste dans le cinéma de genre. Il enchaîne en 2018 avec Pig, qui signe son retour à la Berlinale mais cette fois-ci en Compétition Officielle, une comédie noire de serial killer à l’iranienne. C’est en 2022 que le troisième long-métrage de la période « de genre » de Haghighi fait sa première mondiale à Toronto. Et c’est en juillet 2023 que l’on a eu droit à ce film en France, Les Ombres Persanes, notre métrage du jour. Et que raconte-t-il ? À Téhéran, un homme et une femme découvrent par hasard qu’un autre couple leur ressemble trait pour trait. Passé le trouble et l’incompréhension va naître une histoire d’amour et de manipulation.

Maestria à l’iranienne
Le film, dès son départ, se repose sur son solide duo d’acteur composé de Tarane Alidousti (sa troisième collaboration avec Haghighi après Canaan en 2008 et Modest Reception en 2012) et Navid Mohammadzade. D’un côté, Alidousti est beaucoup plus dans la tristesse ou l’inémotivité, auxquelles elle apporte énormément de nuances vu que même ses expressions faciales d’apparence vides sont franchement subtiles. De l’autre, Mohammadzade joue au contraire joie, compassion et colère, sans cliché ou même surjeu dans une large palette émotionnelle. Ces acteurs savent toucher le spectateur, créer de l’émotion et, épaulés par le scénario, le rendre presque mélancolique. Ce duo de comédiens campe quatre personnages merveilleusement écrits qui évolueront dans ce scénario, certes, ultra-dramatique, mais qui sait flirter avec le thriller comme personne. Les réactions sont finement écrites, pouvant aller dans de sacrés extrêmes. Car, le côté doppelganger du film n’est pas écarté en deux secondes mais crée des situations réalistes à travers les réactions des protagonistes. Le fantastique est surtout minimaliste, ce qui peut laisser sur le côté les fans de thrillers et pourtant, il y a quelque chose de vraiment anxiogène de par l’un des membres du quatuor et de mystérieux de par certaines scènes telles que les tests ADN. Haghighi gère aussi avec maestria sa mise en scène, allant composant des plans assez théâtraux mais forts émotionnellement ou dans des scènes qui dévoilent tout progressivement. Haghighi maîtrise sa mise en scène, en pleine possession de ses moyens. Point important, la bande-son de Ramin Kousha est excellente, optant pour des musiques prenantes et en total accord avec ce qui se déroule à l’écran. En bref, Les Ombres Persanes est une petite baffe, jamais excellente, mais toujours a minima bonne dans tout ce qu’elle fait. C’est à ne pas louper, Mani Haghighi étant un réalisateur qui représente le genre en Iran, permettant de faire vivre le thriller, l’horreur et le fantastique dans son pays et de faire que ce cinéma-là arrive jusqu’à chez nous. Remercions Kinovista qui, rien qu’en juillet 2023, nous a offert Limbo et Les Ombres Persanes deux propositions rares et précieuses (même si le second est co-distribué par Diaphana).
LES OMBRES PERSANES (تفریق). De Mani Haghighi (Iran – 2022).
Genre : Thriller, Drame. Scénario : Mani Haghighi, Amir Reza Koohestani. Interprétation : Navid Mohammadzade, Tarane Alidousti, Farham Azizi, Ismaeel Pourreza… Musique : Ramin Kousha. Durée : 107 minutes. Distribué par Kinovista/Diaphana (19 Juillet 2023).

Laisser un commentaire