György Pálfi est un cinéaste hongrois œuvrant dans la fiction depuis 1997 (après un court-métrage documentaire en 1996) avec The Fish, comédie de vingt-huit minutes au synopsis inconnu. Il commence à réaliser des longs-métrages en 2002 avec Hukkle, suivant une petite communauté hongroise constituée d’humains et d’animaux où un meurtre arrivera. En tout, jusqu’à aujourd’hui, il réalise sept longs-métrages dont notamment Free Fall et, son dernier film à date, sorti en 2021, Perpetuity. Mais surtout, en 2006, il propose Taxidermie, notre film du jour. Ce dernier parlant de trois générations d’hommes de la même famille : un officier pervers, un obèse dont manger est le travail et un maître dans l’art de la taxidermie…
Devant ce film, je dirai avoir ressenti parfois un certain étonnement mais surtout de l’admiration de voir que, même au XXIe siècle, on peut faire une œuvre autant bizarre, dérangeante et fascinante, surtout en Hongrie, pays peu habitué au cinéma de genre (comptant tout de même, entre autres, les cinéastes György Pálfi, Béla Tarr, Marcell Jankovics, Kornél Mundruczó et une poignées de métrages par décennie tels que Post Mortem ou Camarade Dracula). C’est parfois assez compliqué à voir mais c’est tellement captivant qu’il est dur de détourner les yeux ou juste de décrocher mais c’est, évidemment, à ne pas mettre devant tous les yeux.

Bizarre, imaginatif et d’une profondeur insoupçonnée

Au-delà de mes impressions subjectives, le casting n’est pas en reste, étant principalement formé d’un trio générationnel composé de Csaba Czene, Gergely Trócsányi et Marc Bischoff, tous vraiment bons et offrant trois palettes de jeu bien distinctes mais toujours vraisemblables et impressionnantes à la fois. Ces acteurs campent des personnages particulièrement dérangés mais bien écrits car, même si leur développement peut sembler bref, c’est par la suggestion que György Pálfi s’avère maître. L’une des grandes qualités d’écriture étant notamment le background des protagonistes, jamais exploré foncièrement et explicitement (si ce n’est la naissance du fils et du petit-fils), mais toujours passionnant et implicite, allant du comportement du père jusqu’aux quasi-monologues du petit-fils avec une caissière en passant par le comportement souvent refermé du fils ; Pálfi arrive à être profond sans presque jamais rien expliquer avec un talent de suggestion que l’on ne peut que saluer. Le métrage, toujours dans ses côtés sous-jacents, fait preuve d’un talent scénaristique indéniable pour amener son message sur les travers des Hommes voir presque un discours sur la cruauté humaine à travers les âges. A la fin, on pourrait même voir quelque chose de méta sur le film : montrer l’horreur humaine comme de l’art tout comme le film regardé. Le film n’est donc absolument pas qu’un objet de déviance et apporte du fond vraiment intéressant, le cinéaste derrière n’étant absolument pas un pleutre. Au niveau de cette déviance, György Pálfi a une imagination débordante, créant une pléiade de scènes dérangeantes et singulières mais qui ont, aussi étrange cela puisse paraître et en acceptant le côté fantastique, un sens incontestable (par exemple : le fait que le fils soit un énorme mangeur vient de sa mère, c’est logique et pas absurde). Le film est aussi drolatique par instant mais de façon très glaciale, distillant un humour assez dérangeant, mais Pálfi arrive encore une fois à s’éloigner du grotesque provocateur inutile pour plus pencher vers l’humour incommodant et noir (ce qui pourra déconcerter les spectateurs peu habitués du genre) en faisant de Taxidermie une satire insoupçonnée des hommes qui sait être aussi drôle que déroutante, on notera notamment la troisième partie s’avérant vraiment hilarante.
En conclusion, Taxidermie est un film assez unique, jamais vu ni avant ni après sa création, une perle hongroise par un réalisateur de génie, qui mêle intelligence scénaristique, déviance imaginative et mise en scène efficace pour déboucher sur une œuvre excellente allant de la dramedy noire au film à sketchs horrifique. Du début à la fin, une expérience cinématographique rare et précieuse à ne pas mettre devant tout les yeux mais qui reste trop peu connue et qui doit être découverte pour les plus solides. György Pálfi prépare un nouveau film dont on entend parler depuis 2020, Hen (traduire « poule ») dont la dernière info publiée par Budapest Reporter, suite à un interview du réalisateur, est que le film sera une co-production germano/franco/gréco/hongroise tournée en langue grecque où l’on va suivre une poule voulant fonder une famille qui rencontrera pléthores d’humains ; à voir si ce sera absurde ou sérieux, mais ce sera obligatoirement intéressant. En attendant, voyez Taxidermie, c’est disponible sur MUBI et ça donne clairement envie de voir plus de films de genre hongrois.

Note : 4 sur 5.

TAXIDERMIE (Taxidermia). De György Pálfi (Hongrie – 2006).
Genre : Comédie noire, Drame, Horreur. Scénario : György Pálfi, Zsófia Ruttkay. Photographie : Gergely Pohárnok. Interprétation : Csaba Czene, Gergely Trócsányi, Marc Bischoff, István Gyuricza… Musique : Amon Tobin, Albert Márkos. Durée : 91 minutes. Disponible sur MUBI.

Une réponse à « [Critique] TAXIDERMIE de György Pálfi »

  1. […] votre découverte du cinéma hongrois, je ne peux que conseiller l’excellent et étrange Taxidermie mais aussi le thriller ultra-maitrisé Dédale […]

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