Fabrice Du Welz est un cinéaste et scénariste belge devenu culte ces vingt dernières années, depuis son premier long-métrage, Calvaire, sorti en 2004. Après cet excellent coup d’essai, il revient avec Vinyan ou encore Alléluia puis, ces cinq dernières années, l’exceptionnel Adoration et le très réussi Inexorable. Cette année, après un passage à Venise, il nous présentait son dernier métrage à l’Étrange Festival : Maldoror. Ce dernier, fortement inspirée l’affaire Marc Dutroux, nous conte la disparition inquiétante de deux jeunes filles dans la Belgique des années 90 qui bouleverse la population et déclenche une frénésie médiatique sans précédent. Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste, rejoint l’opération secrète Maldoror dédiée à la surveillance d’un suspect récidiviste. Confronté aux dysfonctionnements du système policier, il se lance seul dans une chasse à l’homme qui le fera sombrer dans l’obsession…

Drame longuet ou brûlot sous tension ?

Du Welz nous décrit une ambiance lourde et âpre qui a du mal à frapper autant que le dérangeant d’Inexorable par exemple et, même si cela apparaît comme une volonté claire du cinéaste afin de rester proche d’une certaine forme de réalisme, dans le thriller terre à terre et jamais traumatique, il en vient à un point tel de minimalisme que le côté cinématographique semble quelque peu laissé pour compte. Le film s’avère ici plus marquant dans le drame que dans le thriller, sans cependant laisser tomber ce genre-ci, notamment dans sa seconde partie, où un point de bascule fait dévier le film dans une pure œuvre de tension, où la guerre des polices montrée dans sa première moitié devient absolument amère, démontrant un système infâme et ayant fait payer beaucoup à la Belgique. La première partie, qui a beaucoup divisé les festivaliers, reste cependant fascinante, décrivant un personnage torturé dans un monde tortueux, ou comment sa vie d’homme nouvellement marié va vriller. Ce nouveau long reste sacrément éloigné des précédents travaux du cinéaste, mais ce virage est vraiment intéressant et devrait se poursuivre sur la durée car, après la trilogie thématique des Ardennes, c’est une autre qui se prépare, centrée sur certains moments de l’histoire belge. Anthony Bajon est absolument parfait dans son rôle, incroyablement épaulé par un casting idéal pour son réalisateur, sorte de melting-pot de ses films précédents : Laurent Lucas, Alba Gaïa Bellugi, Jackie Berroyer, Mélanie Doutey… Reste tout de même des zooms trop incessants et inutiles et un humour parfois mal placé ou, en tout cas, qui n’est pas dans le ton. Maldoror demeure un très bon film, quelquefois un peu maladroit, mais jamais ridicule.

Note : 3.5 sur 5.

MALDOROR. De Fabrice Du Welz (Belgique – 2024).
Genre : Thriller, Drame. Scénario : Fabrice Du Welz, Domenico La Porta. Photographie : Manuel Dacosse. Interprétation : Anthony Bajon, Alba Gaïa Bellugi, Jackie Berroyer, Sergi Lopez… Musique : Vincent Cahay. Durée : 155 minutes. Film découvert lors de L’Etrange Festival 2024, distribué par The Jokers Films (15 janvier 2025).

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