Après un premier opus pour le moins médiocre, Winnie the Pooh : Blood and Honey est de retour pour une séquelle globalement plus ambitieuse et aboutie. Sans pour autant que le résultat ne soit totalement emballant, tant la pente qualitative s’annonçait ardue.
On peut estimer que c’est une idée saugrenue mais amusante. On peut aussi considérer qu’il s’agit d’une démarche opportuniste et naturellement vouée à l’échec. Adapter Winnie l’Ourson, icône de l’enfance dans l’inconscient collectif, à la sauce horrifique semblait avoir tout du concept de petit malin. C’est pourtant l’idée machiavélique qui a germé dans l’esprit du réalisateur britannique Rhys Frake-Waterfield quand les droits du personnage et son univers, détenus jusqu’alors par The Walt Disney Company, sont passés dans le domaine public, début 2022. Waterfield planche donc sur un scénario avant de mettre en scène cet étrange projet hybride. De fait, le film, au budget rachitique, est une foirade qualitative quasi totale qui ne se repose que sur son concept, si l’on excepte les effets spéciaux et un jusqu’au-boutisme dans le gore assumé. Mais son buzz gigantesque sur internet lui permet de s’offrir une sortie en salles aux États-Unis et d’enregistrer un modeste succès surprise. De quoi légitimer l’envie de créer une suite. Le phénomène Winnie the Pooh : Blood and Honey prend de l’importance avec cette séquelle dotée d’un budget plus conséquent et d’un casting totalement renouvelé. Et, osons le dire, une ambition de cinéma un peu plus présente que dans le précédent opus, sorte de brouillon technico-narratif du concept. Dans cette séquelle, on retrouve le personnage de Jean-Christophe qui reprend une place centrale (après être passé au second plan dans le premier opus), traumatisé par son passé et ses relations pour le moins bizarres avec les créatures de la Forêt des Rêves bleus. Le mec est en thérapie, d’autant que s’ajoute à son désordre psychologique le souvenir d’un jeune frère enlevé par un inconnu à son plus jeune âge.

Séquelle sanglante, concept opportuniste

Rhys Frake-Waterfield (à qui on doit jusqu’alors des bisseries absolues comme The Area 51 Incident ou Firenado), à nouveau auteur du scénario, s’emploie à concevoir un film plus abouti, tant sur la forme que dans son aspect narratif, avec des personnages un peu plus fouillés. A l’image d’un Damien Leone qui a su alimenter les composantes de son univers horrifico/référentiel Terrifier dans une séquelle plus ambitieuse (puis un troisième volet dans la même veine…), Waterfield décide de développer une histoire à priori mieux charpentée. Ça reste bien évidemment au ras des pâquerettes, avec des personnages on ne peut plus clichés et pas très bien interprétés, des situations et traumas revus mille fois, des embranchements scénaristiques légèrement prévisibles sur les bords… Ainsi, le film légitime le postulat de départ WTF de ses créatures mi humaines, mi animaux en lorgnant vers les expériences d’un certain Docteur Moreau… Mais l’effort est notable. Tout comme la mise en scène de Waterfield qui gagne elle aussi en ampleur, en quittant la Forêt des Rêves bleus pour investir d’autres décors plus variés et urbains.

Globalement, ce Winnie the Pooh 2 est nettement supérieur à son prédécesseur. Et culmine, après de longues scènes dialoguées pas toujours très inspirées, dans un long dernier acte qui prend le pari de mettre les pieds dans le plat de l’étal boucherie-charcuterie, lorsque Winnie et ses congénères, Tigrou et Maitre Hibou, débarquent dans une rave party pour trucider une colonie de jeunes fêtards. Mais est-ce que cela suffit pour en faire un bon film. Pas vraiment. Si les scènes d’attaque dépotent toujours autant dans le crado et la cruauté, d’autant que le réalisateur prend soin de montrer toujours plus, le concept opportuniste de l’entreprise ne cesse de revenir tel un boomerang. Car de toute évidence, si l’on extrait l’univers très décalé de Winnie l’Ourson appliqué sur le canevas horrifique, on se retrouve face à une série B lambda et au rabais, un slasher corsé niveau hémoglobine, mais qui ne vole pas très haut. Ça pourra cependant suffire pour certains, car il faut reconnaître une efficacité certaine, une générosité dans l’horreur et une cohérence que ne possédait pas l’épisode précédent. L’annonce d’un troisième opus, toujours bigger and louder, et la mise en chantier en parallèle d’autres films autour de personnages sortis du giron légal de Disney comme Pinocchio ou encore Bambi (!) en version horrifico/trash, laisse à penser que l’entreprise pue réellement l’opportunisme à plein crins… Au petit jeu de la relève du cinéma horrifique, on mettra plutôt une pièce sur la saga Terrifier et son réalisateur que sur ce multiverse aux talents moindres, et qui risque de vite tourner en rond…

Note : 2.5 sur 5.

WINNIE THE POOH : BLOOD AND HONEY 2. De Rhys Frake-Waterfield (Royaume-Uni – 2024).

Genre : Horreur. Scénario : Rhys Frake-Waterfield, Matt Leslie, d’après les livres Winnie l’ourson d’Alan Alexander Milne et d’Ernest Howard Shepard. Photographie : Vince Knight. Interprétation : Scott Chambers, Tallulah Evans, Ryan Oliva, Peter DeSouza-Feighoney, Eddy MacKenzie, Lewis Santer, Marcus Massey, Simon Callow… Musique : Andrew Scott Bell. Durée : 95 minutes.
Distribué en vidéo par ESC Editions (25 septembre 2024).

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