[Critique] TERRIFIER 2 de Damien Leone

Ca va charcler les enfants !

Six mois après une improbable mais ô combien jubilatoire sortie salle du bien sanguinolent et mal élevé The Sadness de Rob Jabbaz, un autre spécimen bien sale sur les bords a les honneurs d’une exposition en salles, le bien nommé Terrifier 2 signé Damien Leone. Gloire à ESC Films qui prend des risques pour permettre à ces deux œuvres hors du commun de se frayer un chemin vers les salles obscures. D’autant qu’à chaque fois, les films en questions ne baissent pas leur pantalon face à la bienséance due à une exposition bien plus grande. Si on a déjà évoqué les grandes qualités de The Sadness, place maintenant à celles de Terrifier 2. Dans un genre très différent, celui du slasher, le réalisateur Damien Leone ne renie pas ses précédents opus qui ont fini par accoucher du film aujourd’hui. Des courts-métrages tout d’abord (The 9th Cercle en 2008, Terrifier en 2011, All Hallow’s Eve en 2013), puis l’adaptation au format long en 2016, Terrifier, auquel succède donc cette séquelle, produite par la voie du crowdfunding. Qui dit slasher, dit méchant d’anthologie, ici représenté par Art, le clown muet et sanguinaire. Bien loin du bavard Pennywise de l’adaptation de Ca et sa suite réalisés par Andrés Muschietti, le personnage est ici volontairement représenté comme une sorte d’ange de la mort, bourreau sans scrupule, mais pas sans humour (très très noir), littéralement en mission pour trucider l’entourage d’une adolescente et son jeune frère aux alentours d’Halloween. Dans le sillage d’un Freddy Krueger avec lequel il partage le (mauvais) goût d’un sadisme échevelé, mais sans les punchlines lourdingues, Art le clown est clairement pensé comme un croquemitaine surnaturel destiné à hanter les écrans dans les années à venir.

Du gore en dur, y a que ça de vrai !

Terrifier 2 est un film paradoxal, une série B affirmée qui revendique son statut d’œuvre gore à souhait, qui se coule dans les tropes du genre, tout en se permettant dans le même temps d’imposantes libertés de ton… et surtout de longueur. D’une durée de 2h18, totalement disproportionnée pour un slasher, le film de Damien Leone se fait clairement un malin plaisir de tirer à la ligne pour poser son histoire et développer ses personnages (même si tout reste relatif, on n’est pas dans Le Parrain non plus…). Si le film s’étale sur la durée, il le doit ainsi essentiellement aux scènes « intermédiaires », entre deux meurtres craspecs, dans lesquels le jeune cinéaste cherche clairement à donner du corps et de la chair à son film. S’il n’y parvient pas tout le temps, force est de reconnaître que sa mise en scène et la conviction des comédiens viennent appuyer ses intentions. Dès lors, Terrifier 2 n’est pas qu’une accumulation de barbaques mises à nue, de meurtres gerbant à souhait, mais une série B reposant sur un socle suffisamment solide pour chercher à raconter quelque chose, un peu à l’image d’un Wes Craven qui ne négligeait pas son récit et ses personnages dans Les Griffes de la Nuit. On sent que le jeune réalisateur se donne pour objectif d’offrir de la matière à ses spectateurs (n’oublions pas que le film a été cofinancé de manière participative). De fait, Terrifier 2 affiche une belle et vraie générosité, et ne déçoit pas là où on l’attend : dans ses scènes de mise à mort, exagérément longues et sordides, relevant par le détail toutes les exactions de son clown tueur (voir la scène ultra provocante de la « boucherie » dans la chambre). Les effets gores y ont la part belle et constituent l’un des principaux atouts du film. Ils portent la signature de Leone lui-même, qui occupe à peu près tous les postes techniques sur le film. Des maquillages et effets de prothèse comme un acte de militantisme en ces temps fortement marqués par le numérique envahissant. Un choix qui fonctionne et place le film comme un digne héritier des représentants du genre des années 80. Modeste dans son discours, rejetant tout parti-pris de cinéma discursif et méta, la plaie du genre aujourd’hui, Terrifier 2 sait rester à sa place, celle d’une série B crado, ce qui n’exclut pas une construction un peu élaborée. Des bonnes idées, Terrifier 2 en regorge, notamment cette séquence chantée sortie de nulle part ou ce parti-pris de muer progressivement son héroïne en amazone vengeresse, tout droit sortie d’une histoire de Fantasy. Un détail peut-être, mais qui en dit long sur la vision de son auteur et son envie d’enrichir un genre pour le moins essoré. Même si, comme déjà mentionné, Terrifier 2 n’échappe pas à une longueur trop importante. Avec sa liberté de création quasi-totale, Damien Leone multiplie les scènes qui auraient méritées d’être drastiquement réduites (la séquence dans le bar), et alors que le jeu des acteurs n’est pas toujours au top et que l’ensemble ne vole pas très haut non plus, difficile de faire la fine bouche face à un tel spectacle de méchanceté, d’humour (très) noir et d’étalage de tripailles, avec le boogeyman le plus sadique et sournois vu depuis un bail sur un écran. Incontestablement le slasher le plus fun et revigorant de la décennie.

Note : 3.5 sur 5.

TERRIFIER 2. De Damien Leone (USA – 2022).
Genre : Horreur. Scénario : Damien Leone. Interprétation : David Howard Thornton, Lauren LaVera, Elliott Fullam, Sarah Voigt, Amelie McLain… Musique : Paul Wiley. Durée : 138 minutes. Distribué en salles par ESC Films (11 janvier 2023).

Par Nicolas Mouchel

Créateur d'Obsession B. Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts… Pas insensible à la folie et l’inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste… Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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