[Critique] LIFE ON MARS de Wyatt Rockefeller

Il était une fois sur Mars...

Y a-t-il de la vie sur Mars ? Peut-on envisager de s’y installer ? Autant de questions qui hantent les artistes et créateurs depuis de nombreuses années. Au cinéma, après Seul sur Mars en 2015, dans lequel Ridley Scott développait un aspect relativement réaliste de la survie sur la planète rouge, Life on Mars tente une approche assez différente, tout en prolongeant le choix de l’anti-spectaculaire. Premier film réalisé par Wyatt Rockefeller, Life on Mars se déroule dans un futur plus ou moins proche. On y suit un couple de terriens Ilsa et son mari Reza, accompagnés de leur jeune fille Remmy, installés sur Mars afin de fuir une planète Terre dont on devine que l’évolution climatique dramatique et les catastrophes naturelles ont poussé les personnages à l’exil. La petite famille évolue au sein d’un refuge totalement équipé et autonome pour la survie avec l’élevage de quelques animaux, une serre abritant des cultures leur permettant de subvenir à leurs besoins. Mais pour ces colons (traduction de Settlers, titre original du film), la survie passe également par la défense de leur territoire et de leur intégrité physique face à des intrus qui tentent de mettre la main sur leur refuge.
Tout film de science-fiction soit-il, Life on Mars n’emprunte pas les directions nécessairement attendus dans le genre, mais lorgne plus précisément vers un autre genre, celui du western. Que ce soit dans sa représentation du désert martien évoquant les grandes plaines du Far West, dans les relations tendues entre les personnages et l’adversité des étrangers faisant brusquement irruption, tentant de s’emparer de leurs possessions par la force. On est dans un univers où la loi du plus fort règne. Un lien avec le western que l’on retrouve également dans le traitement de l’image et l’usage d’un Scope mettant en valeur tout particulièrement les espaces, décors et paysages. Le réalisateur tire partie des moindres recoins et de l’horizontalité de son cadre, proposant un rendu visuel soigné. Techniquement, le film est très abouti, mettant en valeur de manière admirable la vision de Wyatt Rockefeller et le travail conjoint du directeur de la photographie Willie Nel et du chef décorateur Noam Piper.

Des zones d’ombres confortables

Si le déroulement de son scénario marque invariablement l’influence prégnante du western, avec une histoire de propriété et de famille à défendre, puis de vengeance larvée, c’est également dans son intrigue que le film déçoit quelque peu. Le récit souffre d’une linéarité un peu trop appuyée. Une fois le concept digéré, les relations au sein du triangle composé de la mère Ilsa (Sofia Boutella, très investie), de l’inconnu Jerry (Ismael Cruz Cordova, magnétique) et de la jeune Remmy (Brooklynn Prince, convaincante), qui sont le cœur même du film, suivent une évolution toute tracée qui ne déviera jamais réellement, y compris lorsque la jeune fille devient adolescente. Life on Mars s’embarque alors vers un drame familial où les émotions des personnages (dont on a du mal à saisir réellement les motivations et les enjeux) prennent le pas sur le reste. Que le film se déroule sur Mars ou dans un loft parisien ne change plus grand chose à l’affaire. Si l’on s’attache au personnage interprété par Sofia Boutella dans un premier temps, c’est réellement la jeune Remmy qui sert de porte d’entrée au spectateur, puisqu’on suit l’essentiel du film à travers ses yeux, avec les mêmes interrogations sur l’univers qui l’entoure, les mêmes limites de connaissance sur la situation, ce sur quoi le réalisateur et scénariste joue beaucoup, entretenant un flou savamment dosé. Life on Mars laisse en suspens les nombreuses zones d’ombres de son récit : les raisons de la venue des personnages sur Mars, le mystère de l’antagonisme passé avec les parents de Jerry, la possible présence d’autres humains et surtout les questions liés à un hypothétique « ailleurs » au bout du tunnel qui hante la jeune fille. Cette absence de réponses, loin d’être frustrante, apporte au film un cachet et une aura que des révélations trop précises (et sûrement déceptives) auraient forcément amoindri.
Très agréable à l’œil, Life on Mars ne bouleverse pas le « film martien ». Huis-clos tour à tour étouffant (toute la première bobine), puis agaçant dans son ronronnement, ce premier film de Wyatt Rockefeller est loin d’être désagréable à suivre, il séduit même dans son choix de privilégier l’ambiance à l’action spectaculaire et laisse de toute évidence entrevoir un potentiel esthétique prometteur de la part du réalisateur.

Note : 3 sur 5.

LIFE ON MARS (SETLLERS). Wyatt Rockefeller (Angleterre – 2021).
Genre : Science-fiction. Scénario : Wyatt Rockefeller. Interprétation : Sofia Boutella, Brooklynn Prince, Ismael Cruz Cordova, Jonny Lee Miller… Musique : Nitin Sawhney. Durée : 103 minutes. Distribué en VOD par Originals Factory (3 novembre 2021).

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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