Ingmar Bergman est un cinéaste suédois à l’univers assez complexe, propice à l’analyse même si l’exercice s’avère ardu. Persona, Cris et Chuchotements ou encore Monika, autant de métrages divers et variés, représentant souvent – pour grossir le trait – des figures féminines s’extirpant plus ou moins des codes. C’est le cas dans La Source, même si moins que dans Monika ou Persona entre autres, qui nous décrit le récit de Töre et Märeta, de fervents chrétiens qui envoient leur fille unique, la vierge Karin, et leur fille adoptive, l’impénitente Ingeri, apporter des cierges à une église éloignée. Sur leur chemin à travers les bois, les filles rencontrent un groupe de bergers qui violent et assassinent brutalement Karin alors qu’Ingeri reste cachée. Lorsque les tueurs cherchent involontairement refuge dans la ferme de Töre et Märeta, le couple prépare alors une vengeance inexorable…

Conte presque parfait ou déception amère ?
On est tout d’abord emporté par la douceur de la bande originale avec ses belles et douces mélodies médiévales, puis par une certaine misère chrétienne que partagent les personnages, bien que l’amour de Dieu et de son prochain semble régner. L’on se met alors à suivre la fille de la famille, Karin, qui est d’un candide et d’une joie de vivre profonds, puis cette douceur laisse brusquement place à la soudaine violence des hommes dans une scène tout bonnement horrible de viol, suivie d’un meurtre, qui n’est pas montrée comme un choc mais qui arrive à nous affecter encore plus, à l’aide d’une certaine banalité photographique qui nous met à mal. C’est à ce moment-ci que nous comprenons qu’un conte tragique nous est donné à voir indubitablement, un récit nihiliste qui est dépeint avec brio par le cinéaste suédois qui, comme à son habitude, démontre un talent pour la mise en scène, dans un noir et blanc sublimé par la restauration récente du métrage. La Source est rude dans ce qu’il montre des adieux à l’innocence, dans son horreur des hommes, de la réalité même. Les décors des bois sont splendides, n’hésitant pas à renforcer le conte désenchanté que nous avons face à nous. Une poésie macabre d’un d’effroi terriblement réel qui inspirera quelques années plus tard le beaucoup plus inégal La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven, qui ne sera jamais un aussi grand film que ce que celui de Bergman, qui signe peut-être même son chef-d’œuvre, au-dessus de son pourtant adoré (et à raison !) Persona. Cela notamment grâce à de brillants dialogues qui mènent petit à petit le film d’une jeune fille innocente autant qu’insouciante à un Revenge Movie d’une âpreté déchirante. Un film sur la foi, comme assez souvent chez Bergman, qui évoque notamment des volontés absolument nonsensiques du Tout-Puissant mais où l’Homme doit tout de même accepter les épreuves. En conclusion, l’un des meilleurs films de l’Histoire du cinéma, jamais dans la perfection mais toujours proche de cette dernière. C’est absolument brillant, mais surtout d’une tristesse et d’un défaitisme sans noms, qui ne pourra que vous laisser une amertume abominable.

LA SOURCE (Jungfrukällan). De Ingmar Bergman (Suède – 1960).
Genre : Drame.
Scénario : Ulla Isaksson.
Photographie : Sven Nykvist.
Interprétation : Max von Sydow, Birgitta Valberg, Gunnel Lindblom, Birgitta Pettersson, Axel Düberg…
Musique : Erik Nordgren.
Durée : 90 minutes.
Disponible en VOD et Blu-ray chez Studio Canal.

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