Opus final annoncé de l’univers Spider-Man développé par Sony et Marvel (avant que ce-dernier ne récupère les droits?), Kraven The Hunter de J.C. Chandor ne tombe pas dans le n’importe quoi porté en étendard par les précédents outrages de la firme, mais s’avère toujours aussi anecdotique…

On en a soupé des super-héros et des origin story, autant chez Marvel que le concurrent DC. L’enthousiasme de découvrir une nouvelle itération de ce grand monde des blockbusters au marketing roi et dépourvu de toute velléité qualitative est désormais proche du néant. Pourtant, on remet le couvert, « contraints et forcés » par l’implacable machinerie hollywoodienne pas prête à lâcher sa formule, quand bien même elle ne rencontre plus le succès escompté depuis quelques années. Dans le catalogue Marvel, et dans le cadre du cycle consacré à Spider-Man et ses super-vilains, cornaqué à la truelle en partenariat avec Sony Pictures, c’est cette fois Kraven le chasseur qui sort de sa tanière et a l’honneur d’un film exclusif. Le personnage de Serguei Kravinov, ennemi donc de l’homme araignée, créé par Stan Lee himself et le dessinateur Steve Ditko, est apparu pour la première fois en 1964 chez Marvel Comics. Cette adaptation au cinéma représente aujourd’hui le sixième (et dernier ?) film en date de l’univers Sony’s Spider-Man Universe. On ne va pas mentir, si on reste bien loin de piaffer face à une proposition qui nous enthousiasmerait outre mesure, ce Kraven n’est pas non plus la plus honteuse des productions Sony/Marvel. Il faut dire que la barre n’était pas très haute. Après les Madame Web et Morbius de sinistre mémoire, la série cataclysmique des Venom, et si on considère que les multiples réincarnations récentes de Spider-Man (les séries avec Andrew Garfield puis Tom Holland) sont très loin du compte, ce Kraven se situe cependant dans la moyenne haute. Mais cela reste néanmoins un film médiocre, qui pêche par le même mal qui ronge toutes ces productions super-héroïques : un manque de personnalité et d’âme, d’investissement créatif et d’implication émotionnelle.

Des personnages morts à l’intérieur

Le scénario de Kraven est globalement inintéressant, suivant les mêmes mécaniques narratives habituelles chez Marvel : des enjeux absents ou abscons, des personnages pantins, quand bien même l’intrigue prend place dans un univers un peu original : le personnage est issu d’une famille mafieuse russe, est marqué par un épisode traumatique de chasse en Afrique et découvre sa force et ses sens décuplés par un sérum. Pour le décorum « original » voilà. Pour le reste… Le personnage de Kraven se découvre progressivement le rôle d’un redoutable chasseur, et là on retombe bien comme il faut sur les pieds du cahier des charges Marvel. Aaron Taylor-Johnson (Kick-Ass, Bullet Train, Nosferatu) qui campe le rôle titre, tout en musculature et regards mauvais, et qui commence à devenir un visage familier de la firme aux super-héros, est une incarnation physique mais sans grande saveur. Dans une forme d’entre deux, comme tout le film. Les rôles secondaires sont quant à eux inexistants (la palme pour le personnage féminin de Calypso, totalement sacrifié). Le film convoque également le Rhino, autre super-vilain de l’univers Spider-Man, interprété à grand renfort de grimaces par Alessandro Nivola, pour ne pas en faire grand-chose.

Un produit calibré désespérant

Alors certes, ça ne vole pas haut, c’est même un peu idiot par instants, et cette propension de vendre des super-vilains en les édulcorant au maximum peut agacer au plus haut point. On ne pourra cependant pas jeter complètement cet énième film sans âmes aux orties, car il bénéficie d’une forme techniquement pas honteuse au regard de ses prédécesseurs (qui peut encore regarder Venom ou Madame Web aujourd’hui?). Même s’il faut se fader une photographie assez terne et quelconque, signée Ben Davis, un habitué des productions Marvel, des effets spéciaux numériques alternant entre le correct et le pas joli, on a heureusement derrière la caméra un J.C. Chandor que l’on avait beaucoup apprécié par le passé pour des films comme Margin Call, All is Lost ou A Most Violent Year et qui n’est pas un manchot de la caméra. Comme d’autres réalisateurs talentueux avant lui, il passe par la moulinette Marvel comme caution technique, voire pour s’offrir une respectabilité (!) auprès des cinéphiles, sans lui donner le pouvoir ni la latitude nécessaire à développer un semblant d’approche personnelle, d’entamer un semblant de travail cinématographique cohérent. On ne peut pas dire qu’on sente sa patte ici, mais le film se suit sans trop de déplaisir grâce à une réalisation de bon niveau, avec même quelques scènes d’action spectaculaires et assez adroitement mises en boîte. C’est un minimum, mais l’exigence est à remiser au placard, et c’est déjà beaucoup pour un film Marvel, un produit qui ne sort jamais des clous du divertissement de série sans originalité et sans saveur. Sans être totalement honteux, Kraven The Hunter demeure agaçant et totalement désespérant dans ce qu’il dit du renoncement d’une industrie hollywoodienne en roue libre complet…

Note : 2.5 sur 5.

KRAVEN THE HUNTER. De J.C. Chandor (USA – 2024).
Genre : Action, Fantastique.
Scénario : Matt Holloway, Art Marcum et Richard Wenk, d’après le personnage créé par Stan Lee et Steve Ditko.
Photographie : Ben Davis.
Interprétation : Aaron Taylor-Johnson, Russell Crowe, Ariana DeBose, Fred Hechinger, Alessandro Nivola, Christopher Abbott…
Musique : Benjamin Wallfisch, Evgueni Galperine et Sacha Galperine.
Durée : 127 minutes.
Distribué en vidéo par Sony Pictures (23 avril 2025).

Le Blu-ray de Sony Pictures. Bien que la qualité globale de l’image de cette édition ne soit pas à remettre en cause, les choix artistiques visuels, l’omniprésence du rendu numérique créent paradoxalement un environnement esthétique assez peu chatoyant, avec des couleurs certes bien retranscrites, mais assez fades dans l’ensemble. L’image ne manque pas de piqué ni de détails, la luminosité et les contrastes sont au top, mais l’ensemble donne une impression d’artificialité. La piste originale anglaise est puissante et dynamique comme il faut, assurant une ambiance sonore assez impressionnante, notamment durant les scènes d’action, particulièrement immersives. Bon équilibre des dialogues, clairs et précis, auxquels s’ajoutent la musique bien présente également. Ça tabasse comme il faut.
Ce qu’il y a de bien avec les éditions Sony Pictures, c’est que l’interactivité est cohérente avec le produit illustré. Ici, on trouve une série de très courtes featurettes sans envergure sur différents aspects de la production : cascades, mise en scène, casting… Et tout nous passe dessus sans rien imprimer le cerveau. A cela s’ajoutent un bêtisier et cinq scènes coupées, histoire d’ajouter du contenu sans grand intérêt…

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