Deux frères, un avocat matérialiste et un chirurgien idéaliste, se retrouvent régulièrement avec leurs épouses pour dîner dans un restaurant chic de Séoul. Lorsqu’une affaire criminelle qui les implique explose sur la scène médiatique, leur sens de la morale va être mis à l’épreuve…
Il est évident que certains penseront à Parasite en voyant arriver ce thriller concentré sur la dysfonction d’un microcosme familial bourgeois et il n’y a pas meilleur moyen d’avoir tort qu’en ramenant tout un cinéma à une histoire propre à un seul métrage qui, aussi exceptionnel soit-il, n’est qu’un film dans l’industrie coréenne.
Admettons, le regard international a redonné du punch à la hype sud-coréenne, recette du tout thriller, tout drama que regardent les bambins jusqu’aux plus vieux, sur des médias multiples, que cela soit Netflix ou les rediffusions parisiennes nauséeuses de Old Boy voire d’autres pépites un peu plus perchées dans des festivals tels que le FFCP (Festival du Film Coréen de Paris).
La Corée du Sud est le parfait exemple de réussite cinématographique, soit, mais aussi des apparences parfaites qu’il suffit d’à peine gratter pour voir apparaître un mal si profond qu’en voir le fond relève de l’utopie. Pays souriant, bien sous tout rapport, rêve occidental au taux de suicide pourtant vertigineux et où l’apparence vaut parfois mieux que la vérité, il paraît logique quoique dangereux que bien des métrages mettent en valeur la noirceur de cette contrée.

Dans les clous sans jamais faire dans le fastidieux
Évacuons le principal d’A Normal Family, soit ce qu’il a en commun avec les autres films de sa catégorie : bande-son merveilleuse, qui ne va jamais trop loin pour ne pas faire dans le larmoyant fastidieux. Les acteurs, tous autant qu’ils sont, qu’importe que leur palette émotionnelle soit dérisoire et risquée ou complète et fine, font l’exception de l’œuvre. La mise en scène de Hur Jin-ho, à couper le souffle dans ses plans chiadés, a un talent sans pareil pour accentuer la tension sans sottement être lente ou pédante pour nous dévoiler certains secrets ou que sais-je dans des twists qui ne feraient que desservir la puissance dramatique.
Honnêtement, sur bien des aspects, A Normal Family est dans les clous, mais est-ce un problème de ne pas constamment réinventer tant qu’il y a une maestria et quelque chose qui se tient ? Non. Qui plus est, le cinéaste nous épargne la psychologisation bâtarde de ses protagonistes, préférant quelques dialogues coup de poing enrobés de soie qu’un enchaînement de paroles vaines, théâtral et analytique (car, bien que cela puisse réussir chez Lumet ou Cronenberg, tout le monde n’a pas leur talent). A Normal Family est sans aucune prétention la réalité d’un domicile qui, du jour au lendemain, alors que leurs failles étaient jusque-là à peine grattées, finit détruite.
On notera toute la débâcle morale absolument gigantesque mais contenue, à peine employée dans l’ultime dîner : qu’est-ce qui est cruel, humain, faisable par un parent ? Y a-t-il dans les décisions de l’égoïsme, de la justice ou du bon sens ? Nous vous laisserons voir le film pour en juger mais, forcément, nous ne pouvons que le conseiller.

A NORMAL FAMILY (보통의 가족). De Hur Jin-ho (Corée du Sud – 2023).
Genre : Thriller, Drame. Scénario : Park Eun-kyo, Lee Ji-min, Ma Dae-yun, Park Jun-seok. Photographie : Go Rak-sun. Interprétation : Sul Kyung-gu, Jang Dong-gun, Kim Hee-ae, Claudia Kim, Hong Ye-ji… Musique : Cho Sung-woo. Durée : 116 minutes.
Distribué par Diaphana Distribution (11 juin 2025).

Laisser un commentaire