DRIVEN de Renny Harlin, sorti en 2001, était à la fois un véhicule destiné à promouvoir sa star Sylvester Stallone, dans un rôle de mentor qu’il connaît bien, tout en inscrivant la philosophie de Sly dans l’univers des courses automobiles. Un schéma (trop) connu et saccagé par un fond et une forme totalement aux fraises. Mais comment en est-on arrivé là ?
A l’origine, DRIVEN est un projet porté par Stallone depuis plusieurs années, qui convoque toutes les obsessions et les thématiques chères à l’interprète de RAMBO : le dépassement de soi, la performance physique, sportive, mais aussi l’élévation morale. Sly avait beaucoup d’ambition et souhaitait d’ailleurs en faire le ROCKY du film de bagnoles, une saga en devenir qui s’est pourtant crashée dans les grandes largeurs, abandonnant le rêve de son auteur sur le bas-côté. Plusieurs raisons à cela, mais la principale est claire et précise : le film est très mauvais. DRIVEN est un film de son époque, dans le mauvais sens du terme. A la sortie des années 90 bien cabossées stylistiquement et cinématographiquement parlant, et à l’orée des 2000’s balbutiantes, le film de Renny Harlin (que Stallone est allé chercher suite au méga succès de CLIFFANGHER) débarque comme un monstrueux produit ultra-calibré, à la forme viciée par une approche clippesque et beaucoup trop démonstrative. Caméra en mouvement perpétuel, qui colle au plus près des personnages, décadrages à gogo, effets visuels numériques ostentatoires mais dignes d’un jeu vidéo old school (on ne compte plus les pièces de monnaie, roues et autres bagnoles qui volent vers la caméra, repoussant les limites de la gravité). Tout cela passe très mal aujourd’hui, avec près de 25 ans de recul. Mais le film était déjà attaqué sur son mauvais goût esthétique à l’époque. On connaît Renny Harlin pour son savoir-faire d’une efficacité redoutable quand il est cadré (L’ÎLE AUX TRESORS, AU REVOIR A JAMAIS), autant que ses dérives et autres sorties de route souvent spectaculaires (PROFESSION PROFILER, LA LEGENDE D’HERCULE). Ici, le cinéaste finlando-américain y expose tous ses mauvais côtés, déployant sa panoplie de garnement qui veut en mettre plein les yeux, assumant un cinéma du mauvais goût, tant visuel que sonore, puisque le film est affublé d’une atroce musique FM omniprésente.

Wrong turn
S la forme de DRIVEN fait l’effet d’un retour de cuite mal négocié sous un cagnard 45°C , son fond n’est guère plus acceptable. Comme évoqué, on suit le récit d’une rivalité entre un pilote allemand confirmé (Til Schweiger qui surnage dans le casting) et un jeune loup américain (Kip Pardue, tout en énergie canalisée). DRIVEN ne nous épargne rien du film de performance, entre l’affrontement, l’émulation, le duel qui oppose les deux rivaux, puis la gloire, la déchéance, le méchant pas si méchant… Les lieux communs s’enfilent comme des perles, avec la subtilité d’un 33 tonnes sur une piste de karting. Les archétypes sont légion et surlignés grossièrement, les personnages des clichés ambulants. Outre les deux pilotes, il faut se fader le patron d’écurie à la trajectoire brisée, obsédé par les résultats et la performance (Bud Reynolds) ou encore le frangin agent arriviste et sans scrupule (Robert Sean Leonard). Et que dire de la représentation du féminin… C’est particulièrement gratiné ! Entre la love interest écervelée qui passe d’un champion à l’autre, interprétée par une Estella Warren (LA PLANETE DES SINGES de Tim Burton) au jeu toujours aussi limité, la journaliste servant de potiche au personnage de Stallone douloureusement campée par Stacy Edwards qui n’a strictement rien à jouer et une Gina Gherson qui n’a que son physique à proposer, l’approche est extrêmement problématique. Enfin Stallone lui-même, qui s’octroie logiquement le rôle du vieux briscard, spécialiste de la conduite automobile retiré des circuits suite à un accident, le bougon qu’on va sortir de sa retraite pour servir de mentor au jeune premier fougueux, bourré de talent mais fragile. Problème majeur : le rôle tel qu’écrit initialement par Sly n’a plus rien à voir avec l’archétype tout en muscles du film. Largement coupé au montage, le personnage n’a plus aucune substance, ses motivations sont réduites à peau de chagrin. Stallone traverse le film comme un fantôme au regard perdu, comme l’ombre du Rocky Balboa qu’il était, prodiguant ses conseils et sa philosophie de vie dans des dialogues d’une platitude effrayante. Et on en vient à se demander à quoi aurait pu ressembler la version de Sly, tant le résultat n’a plus rien à voir avec sa vision.
Si on veut sauver quelque chose de DRIVEN, ce serait les scènes de course qui, à défaut d’être totalement grisante dans leur représentation de la vitesse et dans le déploiement de leur dramaturgie (l’accident où les rivaux accourent dans un accès d’humanité, impayable de naïveté), assurent le minimum syndical du talent de Harlin, quand bien même il faut passer outre les effets visuels dégueulasses. Au final, DRIVEN est bel et bien un naufrage, un film qui se voudrait fun et cool, et qui ne parvient qu’à être d’une bêtise affligeante, moche, vulgaire et problématique.

DRIVEN. De Renny Harlin (USA – 2001).
Genre : Action. Scénario : Sylvester Stallone, d’après une histoire de Jan Skrentny et Neal Tabachnick. Photographie : Mauro Fiore et Maurice K. McGuire. Interprétation : Sylvester Stallone, Burt Reynolds, Kip Pardue, Til Schweiger, Gina Gershon, Stacy Edwards… Musique : BT (Brian Wayne Transeau). Durée : 116 minutes.
Distribué par BQHL (26 juin 2025).
Le Blu-ray de BQHL
Avec DRIVEN, l’éditeur BQHL répond à une attente des fans (!) du film de Renny Harlin, à moins que ce ne soit les inconditionnels de Sly. Car ne nous y trompons pas, c’est tout à fait le genre de film qui se prête à une édition HD de qualité. Après un DVD sorti en 2002 chez nous, puis un Blu-ray qui n’a pas franchi nos frontières en 2013, voici enfin une proposition technique digne de ce nom. Avec une image qui met en valeur les nombreuses afféteries visuelles du réalisateur, pour le meilleur comme le pire. Il n’empêche, la définition y est excellente, le piqué de l’image offre un niveau de détail très appréciable (la peau du visage des personnages en gros plan), avec du grain, les contrastes sont poussés, notamment dans les scènes de nuit (la course en pleine rue), et les couleurs sont éclatantes. Revers de la médaille, les effets numériques apparaissent d’autant plus artificiels.
C’est aussi sur le son que l’on est en droit d’attendre DRIVEN, et on en a pour notre argent. Les deux pistes principales en anglais et français DTS HD Master Audio 5.1 offrent une puissance très appréciable, ainsi qu’une spatialisation efficace des sons, le vrombissement des moteurs est à ce titre un parfait exemple. Les courses sont particulièrement spectaculaires à ce niveau avec une belle immersion dans l’action. A noter que deux autres pistes en 2.0 sont également proposées, évidemment moins intenses mais tout à fait convenables.
Au niveau des suppléments, on trouve pas mal de petites choses issus des précédentes éditions vidéos du film. A commencer par le commentaire audio de Renny Harlin. Deux featurettes présentent les coulisses du tournage et les effets spéciaux, tandis que, curiosité, on trouve une bande annonce du jeu vidéo adapté du film sorti à l’époque sur PS2, et qui fait le lien avec les effets numériques. Le plus intéressant demeure la section de scènes coupées de près d’une heure. Dans une qualité d’image très médiocre, car totalement brute, mais bénéficiant du commentaire audio de Stallone, ce module apporte un témoignage particulièrement intéressant sur la vision et la direction que Sly prévoyait dans le scénario initial, notamment concernant son personnage, beaucoup plus mis en avant et sur le ton plus sérieux qu’il souhaitait adopter. On retrouve en partie ces informations dans une présentation exclusive à cette édition, tendant le micro à David Da Silva, spécialiste de Stallone et auteur d’un livre sur la star. En fin connaisseur de l’univers de Sly, il évoque les nombreux défauts du film, et souligne pourquoi le projet avait pourtant tout de l’œuvre attendue pour le comédien.

Laisser un commentaire