Alors que le roi des monstres vient de faire son grand retour sur Apple TV avec la saison 2 de MONARCH : LEGACY OF MONSTERS, nous vous proposons de revenir sur un autre Kaiju qui aura marqué les esprits : GAMERA. L’occasion de (re) découvrir ce monstre emblématique à travers le second coffret (le premier compilait trois épisodes de la trilogie Heisei) paru chez Roboto Éditions.
Tout débute durant les années 40. Le studio Daiei s’est spécialisé dans le drame historique qui commence à décliner avec la lassitude du public et l’arrivée des premières télévisions. Il est donc temps de se renouveler face au mastodonte de la Toho qui cartonne avec GODZILLA (Ishirō Honda), depuis 1954. Une lueur d’espoir subsiste avec LA LEGENDE DE ZATOÏCHI, mais que proposer au public pour concurrencer la bête ? C’est donc en 1964 que le studio tente de se lancer avec DAI GUNJU NEZURA. Le pitch ? Une bande de rats géants déferle sur Tokyo afin d’envahir la ville, mais le projet tourne rapidement au cauchemar lorsque les rongeurs utilisés pour les prises de vues s’échappent et viennent perturber le voisinage. Mais hors de question de jeter les décors et le concept à la poubelle ! Le producteur Hidemasa Nagata décide alors de proposer un autre long métrage s’inspirant du film LE MONSTRE DES TEMPS PERDUS (Eugène Lourié, 1953). Un projet qui sera alors confié au jeune réalisateur Noriaki Yuasa qui n’a que deux films à son actif. Mais ayant une solide connaissance des effets spéciaux, il semble être l’homme idéal pour tourner avec un budget de 40 millions de yens le premier film de monstres du studio Daiei : GAMERA.

GAMERA de Noriaki Yuasa (Daikaijū Gamera – 1965)

Tout débute dans l’Arctique alors que deux scientifiques accompagnés d’un photographe se rendent dans un petit village inuit dans le cadre de leurs recherches. Au même moment, l’US Air Force intercepte la présence d’un avion transportant une bombe atomique est dont l’origine est inconnue. Refusant d’être escorté, ce dernier est abattu en plein vol et se crashe, libérant ainsi la puissance de l’arme qui va provoquer le réveil de GAMERA. Une tortue géante préhistorique qui va semer le chaos et la destruction. La fin de l’humanité est enfin arrivée ?

Avec un scénario se rapprochant étonnamment de celui de GODZILLA, on pourrait penser que GAMERA n’en est qu’une pâle copie, mais après une introduction qui nous plonge directement dans l’ambiance, l’écart se creuse rapidement ! Créature ancestrale dont les premières traces remontent à la mythique Atlantide, notre tortue géniale n’a pas évolué grâce à l’armement de notre monde, mais était déjà considérée comme le Mal absolu par les anciennes civilisations comme nous pouvons le découvrir à travers une ancienne gravure. Cette dernière évolue dans un Japon d’après-guerre encore fragilisé par les récents événements, mais c’est à travers les yeux de l’innocence que nous allons découvrir son périple destructeur. En effet, le film malgré son approche adulte était destiné au jeune public. Raison pour laquelle il est souvent montré du point de vue d’un jeune enfant passionné par les tortues (Yoshiro Uchida) qui pense que la créature est en fait l’évolution de la tortue qu’il a abandonné sur ordre de ses parents suite à la visite de son professeur inquiet pour son manque d’intégrité auprès de ses camarades…

L’idée sur le fond est touchante (au point que lorsque le bestiau fait un carnage, il n’hésite pas à sauver le jeune garçon entre deux destructions) mais se prend un peu les pieds dans le tapis lorsque ce dernier prend des risques parfois inconsidérés pour la suivre. Se retrouvant de ce fait à des endroits où un enfant ne peut techniquement pas être présent dont un site regroupant les forces américaines et soviétiques qui ont décidé d’unir leurs forces pour éradiquer la menace… Cependant, le film est bien rythmé et propose des scènes d’action impressionnantes pour l’époque. Le concept de l’homme dans le costume reste bien pensé et le montage reste encore impressionnant (même si certaines scènes un peu vieillissantes feront sourire). Les scènes d’action sont explosives, la lutte face à notre tortue cracheuse de feu nous tient en haleine jusqu’au final, et ce, malgré quelques maladresses scénaristiques dues au fait que le film tente de séduire adultes et enfants. Mais face à ce succès, le studio Daiei s’empresse de relancer la machine un an plus tard…


GAMERA CONTRE BARUGON de Shigeo Tanaka (Daikaijū kettō: Gamera tai Barugon – 1966)

Un an après le succès du premier opus, le studio de mettre une suite en chantier, mais cette fois avec un budget plus conséquent : 80 millions de yens soit le double du GAMERA original qui aura été le dernier film de genre à être filmé en noir et blanc. La couleur sera donc de la partie pour cette suite qui sera confiée à Shigeo Tanaka, un vétéran avec plus de 170 films sur l’ensemble de sa carrière, dont LA GRANDE MURAILLE (1962). Mais hors de question de laisser Noriaki Yuasa sur le carreau, il sera chargé de la supervision des effets spéciaux et Nisan Tokahashi au scénario (un duo de choc que l’on retrouvera sur les huit opus de l’ère Showa). GAMERA CONTRE BARUGON était né (contraitrement au premier film, ce dernier aura doit à une sortie dans les salles françaises en dcembre 1969).

Alors que notre tortue géante devrait couler des jours heureux sur Mars, une météorite percute la fusée qui transportait la bête et la renvoie à l’expéditeur. L’occasion de refaire un plein d’énergie en attaquant une centrale hydraulique avant de disparaître des radars durant la première moitié du film… Ne cherchant plus à séduire les plus jeunes, mais voulant rallier les adultes à sa cause, GAMERA CONTRE BARUGON débute avec un groupe d’individus peu recommandables qui mettent le cap vers la Nouvelle-Guinée afin de tenter de récupérer une vieille opale de grande valeur dissimulée dans une grotte vingt ans plus tôt. Il ne manque plus qu’Indiana Jones et Allan Quatermain lors de leur arrivée dans un petit village où les habitants les invitent à faire rapidement demi-tour, car selon la légende, personne ne revient de la vallée arc-en-ciel. Mais l’appât du gain prend rapidement le dessus et c’est après de nombreux rebondissements que nous découvrons que le fameux caillou n’est pas une simple pierre précieuse, mais un œuf de Barugon. Une créature millénaire qui va rapidement semer le chaos et la destruction. Mais pas de panique, la cavalerie est là !

Avec ce MacGuffin qui nous captive tout au long de la première partie, on pourrait penser que l’on s’est trompé de disque… Mais rapidement, on se rend compte que ce petit détour a été maîtrisé jusqu’à l’éclosion de Barugon qui va faire un véritable carnage. Le reptile se met alors à malmener le Japon avant l’arrivée de l’ex-ennemi public qui va devenir le sauveur de l’humanité. Et contre toute attente, c’est là que la baisse de régime opère… Voir la confrontation entre Gamera et Barugon était le moment très attendu ! On découvre d’abord que ce nouvel adversaire à la capacité de geler tout ce qu’il touche et de provoquer un froid extrême aux alentours. L’amie tortue va se prendre une raclée à laquelle elle n’était pas préparée avant de revenir pour un second round mêlant vieux mythes et baston sanglante (oui oui les kaijus peuvent saigner c’est une première…).

Malgré tout, GAMERA CONTRE BARUGON reste un divertissement des plus sympathique ayant connu une belle évolution tant côté effets-spéciaux que pour la photo qui est superbe. Malgré toutes ses bonnes intentions, le film aura du mal à être rentable. Mais pas question de libérer le bestiaire, on remet ça !


GAMERA CONTRE GYAOS de Noriaki Yuasa (Daikaijū kūchūsen: Gamera tai Gyaosu – 1967)

Après le semi-échec commercial de GAMERA CONTRE BARUGON, le studio Daiei décide de faire machine arrière pour nous proposer un film réorienté public familial avec GAMERA CONTRE GYAOS. Un choix compréhensible mais aussi nécessaire pour sauver les meubles, le studio étant en grande difficulté… C’est alors que Noriaki Yuasa fait son grand retour ayant carte blanche, mais avec un budget situé entre celui des deux précédents opus. Ça passe où ça casse ?

Tout débute dans une petite bourgade où le maire (Mikio Naruse) tente de construire une nouvelle autoroute qui permettra de relier les différents patelins avoisinants, mais aussi d’exproprier certains locaux qui ne manquent pas de faire part de leur mécontentement. Mais une éruption volcanique va quelque peu modifier les plans avec l’arrivée de Gyaos. Un nouvel antagoniste qui est bien plus destructeur que son prédécesseur. Mais comme toujours, Gamera arrive à la rescousse…

Après une première suite qui avait divisé les spectateurs, GAMERA CONTRE GYAOS parvient à renouer avec les origines de la saga. Véritable engin de destruction massive, Gyaos n’hésite pas à tout exploser sur son passage, ne manquant pas au passage de fragiliser notre héros qui aura du mal à prendre le dessus sur cette nouvelle menace. Côté scénario, l’auteur a fait le choix de sensibiliser le public sur l’urbanisation du Japon qui délaisse son contexte économique misant sur le capitalisme pour nous montrer son évolution qui divise la population. En parallèle, les affrontements se veulent beaucoup plus nombreux avec une violence plus graphique lors des scènes de combat qui est ici totalement assumée.

Ultime opus de cette trilogie de l’ère Showa, GAMERA CONTRE GYAOS gagne en dynamisme même si l’on pourra regretter l’aspect punchy du précédent. Un opus charnière qui misera plus sur le grand public, ce que l’on retrouvera dans les films suivants dont nous reparlerons lors de leur sortie qui n’a pas encore été annoncée…

Note : 4.5 sur 5.

GAMERA – Les années Showa – Partie 1. De Noriaki Yuasa, Shigeo Tanaka et Noriaki Yuasa (Japon – 1965,1966,1967).

Genre : Kaijū eiga. Scénario : Nisan Takahashi, Yonejirō Saitō, Nisan. Photographie : Nobuo Munekawa, Michio Takahashi, Akira Kitazaki. Interprétation : Eiji Funakoshi, Harumi Kiritachi, Junichiro Yamashita, Kôjirô Hongô, Kyôko Enami, Yûzô Hayakawa, Kichijirô Ueda, Reiko Kasahara… Musique : Tadashi Yamauchi, Chûji Kinoshita. Durée : 78, 106 et 86 minutes.
Distribué par Roboto Films (16 décembre 2025).

Tout comme le coffret ZAITOCHI il y a quelques semaines ou la première salve consacrée à la torture géante qui couvrait la trilogie de 1995 à 1999 étaient gages de qualité, cette édition dédiée à GAMERA est présentée sous la forme d’un joli étui rigide illustré par Kevin West et Carlos Cabrera, comprenant trois Digipack, un livre de 61 pages et un jeu de 10 photos de tournage cartonnées et un poster. Une superbe pièce de collection pour les amateurs du genre au prix de 65 € au format Blu-ray et 79 € pour la version UHD disponible directement sur le site des éditons Roboto.
Côté image, la trilogie est resplendissante et fait preuve d’une fluidité à toute épreuve. Les scènes nocturnes tout comme la colorimétrie des deux derniers films est remarquable, et permet d’apprécier pleinement les effets spéciaux de l’époque (même si certains commencent à accuser le poids des années). Côté son, ne cherchez pas la VF suite à la non-distribution en France de la trilogie, mais nous retrouvons des pistes DTS HD Master Audio 2.0 pleines de frâicheur qui permettent de profiter pleinement du spectacle. L’occasion de (re)découvrir les trois films dans des conditions optimales.
Pour ce qui est des bonus, les deux versions ont droit au même traitement de faveur proposant chacune le trailer des films originaux, une interview des techniciens Shinji Higuchi et Shunichi Ogura qui ont œuvré sur la restauration de la trilogie (des séquences qui fourmillent d’anecdotes) mais aussi une interview de Fabien Mauro, auteur de l’ouvrage «Kaiju, Envahisseurs & Apocalypse : l’Age d’Or de la Science-fiction japonaise» qui nous propose une analyse passionnante de chaque titre pour le plus grand plaisir des fans. Un véritable travail d’orfèvre pour ce coffret. Il nous tarde de découvrir la suite des aventures de Gamera…

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