Cinéaste autrichienne, Jessica Hausner revient après Hôtel, Lourdes et Little Joe pour nous montrer un nouveau métrage plutôt particulier. Club Zéro nous conte le récit de Miss Novak, professeure, qui rejoint un lycée privé où elle initie un cours de nutrition avec un concept innovant, un régime très spécial du nom d’alimentation consciente. Sans éveiller les soupçons des professeurs et des parents, certains élèves tombent sous son emprise et intègrent le cercle très fermé du mystérieux « Club Zéro ». Dès le premier plan, le ton est donné avec une photographie « IKEA » à l’artificialité vomitive (après tout c’est Martin Gschlacht qui s’en charge, lui qui s’était occupé de l’excellente lumière de Goodnight Mommy, même si les images y sont assez dissemblables, sauf dans l’imparable sens du cadre) avec sa palette de couleur fade et désenchantée ; cette première phrase peut faire paraître la mise en scène comme un défaut, mais détrompez-vous, c’est sa plus grande qualité. Tout comme les meubles présents et, plus globalement, le décor, exactement placé, millimétré finalement. Millimétré, c’est un peu le maître-mot de Club Zéro, à commencer par la direction d’acteurs d’Hausner, afin de faire ressortir leur meilleur, notamment de Mia Wasikowska ou d’Elsa Zylberstein à contre-emploi, ainsi qu’une tripotée de jeunes acteurs prometteurs. Ces derniers jouant des personnages finement écrits, Hausner et sa coscénariste Géraldine Bajard déjouent habilement les archétypes et provoquent empathie (particulièrement les jeunes et les parents), tout en les critiquant et à travers eux l’époque, crédule, où l’on peut avaler n’importe quelle absurdité.

Le film est singulièrement centré sur l’alimentation consciente qui est une pratique existante, mais poussée à son extrême dans le film (l’alimentation consciente consiste, à la base, à réfléchir à ce que l’on mange, pour moins manger), la manipulation étant employée avec réalisme, à base de vérité pour la remplir de mensonges. Et surtout, le film est rempli d’un humour noir cynique autant que d’une tension magistrale, n’hésitant pas à prendre à contre-pied des séquences sérieuses pour les rendre drôlatiques à souhait ou justement pour les pousser à une tension étonnante. Dernier point, la bande-son de Markus Binder, tout bonnement hypnotisante et déconcertante. Club Zéro est bel et bien le film de cette édition de l’Étrange Festival (même s’il ne figurait pas en compétition), voire de l’année, même s’il a été également boudé au festival de Cannes. Cette merveille sort mercredi, ne vous en privez pas !

Note : 4.5 sur 5.

CLUB ZÉRO. De Jessica Hausner (Autriche – 2023).
Genre : Drame, Thriller, Comédie noire. Scénario : Jessica Hausner, Géraldine Bajard. Directeur de la photographie : Martin Gschlacht. Interprétation : Mia Wasikowska, Sidse Babett Knudsen, Amir El-Masry, Elsa Zylberstein, Mathieu Demy, Ksenia Devriendt, Luke Barker, Florence Baker, Samuel D Anderson… Musique : Markus Binder. Durée : 110 minutes. Film découvert lors de l’Étrange Festival 2023, distribué par Bac Films (27 septembre 2023).

3 réponses à « [Critique] Étrange Festival 2023 : CLUB ZÉRO de Jessica Hausner »

  1. […] 25 septembre 2023 in En Salles // [Critique] Étrange Festival 2023 : CLUB ZÉRO de Jessica&nbsp… […]

    J’aime

  2. […] on retrouve Martin Gschlacht, directeur de la photographie phare de l’impériale Jessica Hausner (Club Zero) mais qui avait aussi collaboré avec Franz et Fiala sur Goodnight Mommy, ce qui promet donc. […]

    J’aime

Répondre à [Actus] TOP/FLOP 2023 (3/3) : Une année singulière – Obsession B Annuler la réponse.