Xavier Legrand est un cinéaste français en activité depuis la dernière décennie avec notamment son film choc Jusqu’à la Garde, son premier long-métrage et suite de son court-métrage Avant que de tout perdre, nommé aux Oscars en 2014 en tant que meilleur court-métrage en prises de vue réelles. Six ans après son premier film long, il revient au festival de San Sebastian en septembre dernier avec Le Successeur, avant d’arriver en salle par chez nous le 21 février 2024. Ce film, assez attendu, nous conte le récit d’Ellias, qui devient le nouveau directeur artistique d’une célèbre maison de Haute Couture française. Quand il apprend que son père, qu’il ne voit plus depuis de nombreuses années, vient de mourir d’une crise cardiaque, Ellias se rend au Québec pour régler la succession. Le jeune créateur va découvrir qu’il a hérité de bien pire que du cœur fragile de son père…

On peut directement le comprendre en lisant ce cours synopsis, les sujets tels que l’hérédité ou la succession sont centraux dans l’œuvre plutôt imposante et complète qu’est Le Successeur. Ces notions semblant insidieuses et inextricables tout du long, planant sur le récit. Ces thématiques créent par contre des incohérences scénaristiques assez notables lors d’une partie du récit, qui peut s’avérer très peu logique narrativement mais thématiquement exact et, surtout, le film n’aurait pas lieu d’être sans notamment une faute de cohérence qui est un bouleversement scénaristique significatif. Là où la majorité des films arrivent simplement à mêler les deux sans troubler ou questionner, Le Successeur remue le couteau dans la plaie et sépare à certains moments les deux, quitte à laisser beaucoup de spectateurs sur le bord de la route. Xavier Legrand sait tout de même rester « classique » sur certains aspects tels que la bande-son, diablement réussie mais simpliste et, surtout, sous-employée et donc peu marquante même si elle accompagne admirablement le métrage. Métrage qui, de par un montage exemplaire et efficace, fait perdurer l’énigme des scènes, coupe au bon moment ou à l’inverse, justement, toujours dans le but de passionner.

Dans les grandes forces du film, il y a la façon de passer d’un genre à l’autre de manière très fluide, étant d’abord un drame énigmatique, puis un thriller trompeur, avant de plonger carrément dans le film d’horreur choc avec un sens de la mise en scène digne des plus grands (notamment lors d’une scène où l’un des amis du père fait un discours). Le Successeur ne serait pas non plus ce qu’il est sans Marc-André Grondin, son comédien principal, qui fait lentement passer les émotions, avec une force remarquable. En conclusion, Le Successeur très réussi, presque un coup de maître s’il ne lui manquait pas une étincelle supplémentaire ou que son parti pris n’était pas aussi marqué. Nous restons impatients de voir la suite des travaux de Xavier Legrand, qui semble déjà inscrit comme un réalisateur de talent.

Note : 3.5 sur 5.

LE SUCCESSEUR. De Xavier Legrand (Franc/Canada – 2023).
Genre : Drame, Thriller. Scénario : Xavier Legrand, Dominick Parenteau-Lebeuf. Photographie : Nathalie Durand. Interprétation : Marc-André Grondin, Yves Jacques, Louis Champagne, Anne-Élisabeth Bossé, Blandine Bury… Musique : SebastiAn. Durée : 107 minutes. Distribué par Haut et Court (21 février 2024).

Une réponse à « [Critique] LE SUCCESSEUR de Xavier Legrand »

  1. […] Après le tétanisant Jusqu’à la garde, le réalisateur Xavier Legrand récidive et ne lâche pas la bride de la tension maximale. Cette histoire d’héritage paternel crispe du début à la fin. C’est exécuté avec une maestria formelle dingue. Encore un uppercut. Un film magistral, qui jongle avec habileté entre les différents aspects de la moralité et creuse les zones d’ombre de l’être humain. (Notre critique). […]

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