Il est difficile d’avoir de l’espoir à chaque nouvelle réalisation de William Brent Bell, tant il revient incessamment avec une œuvre exécrable à chaque retour. De Stay Alive à Esther 2 : Les Origines en passant par The Boy et sa suite, il n’y a que des péchés mignons parfois tellement mal fichus qu’ils en deviennent sympathiques. Il nous revenait récemment alors que l’on n’attendait plus son nouveau film en France, Lord of Misrule, puisqu’ayant commencé sa distribution internationale en 2023, mais Shadowz l’a déniché en exclusivité il y a de ça quelques mois. Il nous conte le récit de la nouvelle vicaire d’un village britannique dont la fille disparaît pendant la fête des récoltes. Une recherche désespérée commence alors, révélant la sombre histoire de cet endroit des plus païens…
Dès les premières notes de sa bande-son, se dégage une atmosphère classique mais pas déplaisante de folk horror. Malheureusement, cette base annonciatrice ne vole jamais aussi haut qu’espéré, battant de l’aile et s’en sortant avec des difficultés pour garder de l’intérêt au-delà de son aspect visuel.

Folk horror à la javel mais meilleur film de son auteur

Tout reste en surface, la subtilité n’a jamais été le fort de Bell et ce n’est pas aujourd’hui que cela arrivera, le cinéaste semblant ici avoir déjà atteint son plein potentiel et lui demander plus serait somme toute exagéré. Car oui, le résultat reste satisfaisait pour ce nouveau sous-The Wicker Man sauf que, contrairement à Enys Men (présent dans mon top 2024) qui s’appropriait l’œuvre culte pour en faire un cauchemar filmique, Lord of Misrule est l’aseptisation même : complètement propre mais qui va peu au-delà des apparences. La protagoniste est très attachante mais ce qui gravite autour d’elle n’est jamais bien original ni même particulièrement bien écrit dans son classicisme. Alors oui, le côté village où tout le monde se connaît fonctionne assurément et le lore glauque (les masques par exemple) fait de même, mais même s’il y a une solidité horrifique, ce n’est malheureusement pas toujours poussé à son maximum voire un peu trop cliché (la grand-mère qui rit froidement, bon, on passera), tout comme une étrange tension qui a du mal à toujours tenir sur la distance. Tout le propos sur la foi, a contrario, est très bien utilisé, rappelant par certains aspects le cinéma de M. Night Shyamalan, notamment Le Village, le message autant que la forme restant cependant bien moins intéressants ici face à l’œuvre d’orfèvre de Shyamalan, mais il y a là un hommage marquant et indéniable. La forme, justement, est très belle grâce aux plans majestueux, mais les teintes grisâtres voire ternes desservent l’ensemble, là où elles sont bien supérieures dans d’autres films (récemment, Nosferatu de Robert Eggers vient à l’esprit). Paradoxalement, la gestion de la lumière pour donner une apparence divine à certaines scènes est très jolie mais n’enlève en rien le défaut de colorimétrie précité. Tuppence Middleton, cependant, y est superbe et Ralph Ineson, avec sa voix rocailleuse déjà culte depuis The VVitch, est un second rôle qui a du chien. En conclusion, Lord of Misrule est l’archétype du film de folk horror doublé d’un sympathique film de William Brent Bell, rien de bien glorieux mais c’est modeste et recommandable.

Note : 3 sur 5.

LORD OF MISRULE. De William Brent Bell (Royaume-Uni/Irlande/USA – 2023).
Genre : Horreur.
Scénario : Tom de Ville.
Photographie : Simon Rowling.
Interprétation : Tuppence Middleton, Ralph Ineson, Matt Stokoe, Evie Templeton, Jane Wood…
Musique : Brett Detar.
Durée : 104 minutes.
Disponible sur Shadowz.

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