[Critique] THE BOY : LA MALÉDICTION DE BRAHMS de William Brent Bell

Avec The Boy 2 : La Malédiction de Brahms, William Brent Bell rempile derrière la caméra pour développer un peu plus la mythologie autour de Brahms, qui avait si bien fonctionné dans le premier opus. Sorti sur les écrans en 2016, The Boy s’était révélé une excellente surprise. Sous le vernis apparent d’un récit autour d’une poupée maléfique, le film de William Brent Bell parvenait à créer une atmosphère angoissante efficace et surtout, à s’écarter de son concept initial pour proposer une approche plus audacieuse avec une révélation finale qui l’envoyait dans une direction pour le moins inattendue. Suite au succès du film, une suite était inévitablement commandée. Néanmoins, difficile sur le papier de prolonger cette histoire, tant celle-ci se suffisait à elle-même et n’ouvrait pas réellement de possibilité naturelle de séquelle. Pourtant, le réalisateur et son scénariste Stacey Menear décident de s’y coller et se lancent dans le développement d’une intrigue qui propose d’en dévoiler un peu plus sur la fameuse poupée Brahms… C’est cette orientation qui pose le principal problème de cette suite. [ATTENTION SPOILERS !] Alors que le premier opus tirait sa saveur et son principal intérêt de l’évolution de son intrigue d’une approche (apparemment) surnaturelle pour finalement aboutir vers un résultat on ne peut plus “réaliste”, The Boy 2 rétropédale totalement pour accréditer cette fois-ci la thèse de la poupée maléfique, un retournement de veste, un retour en arrière, une forme de renoncement au concept initial assez spectaculaires et, n’y allons pas par quatre chemins, une approche opportuniste, voire malhonnête [FIN DES SPOILERS]. Exit la charmante Lauren Cohan (The Walking Dead) dans le rôle principal, bienvenue à la revenante Katie Holmes (Dawson, Batman Begins), qui se trouve à son tour confrontée à la malédiction de Brahms. Désireuse d’oublier un épisode traumatique, elle emménage avec son mari et son fils, Jude, dans une maison à deux pas du manoir de la famille Heelshire, qui servait de cadre au premier opus. Très vite, l’enfant retrouve la poupée et développe un lien obsessionnel avec elle. 

Twist Again !

Salué pour son twist bien vu qui retournait toute la perception que l’on pouvait avoir de l’intrigue, The Boy hérite donc d’une suite bien confortablement posée sur les rails d’un récit de possession, Brahms vampirisant l’esprit de Jude, jusqu’à le pousser à des actes dangereux. C’est cette absence de risque, cet abandon de toute ambition et audace, qui plonge La Malédiction de Brahms dans les tréfonds de la médiocrité banale de toute une frange de la production horrifique actuelle. On n’est pas très loin d’une vulgaire Annabelle ou d’un produit Blumhouse de série, pas foncièrement mauvais en soi, mais de toute évidence ankylosé par la standardisation de ses mécaniques horrifiques. Dans The Boy 2, toute la progression du récit sent le réchauffé à plein nez, à grand renfort de situations déjà-vues mille fois dans le genre. Le trauma initiale de l’héroïne, le couple qui déménage pour se donner une nouvelle chance, l’enfant mutique sous l’emprise d’une force extérieure, des personnages secondaires caricaturaux, les jump-scares en pagaille, un final surexplicatif… Tout ce qui faisait l’intérêt du volet initial, toutes ses composantes qui en constituaient les principales qualités, sont ici balayées. L’exercice apparaît presque comme fascinant dans sa volonté masochiste de se lancer tête baissée et de s’embourber dans le piège que les mêmes concepteurs avaient soigneusement évité auparavant. Comme s’ils avaient voulu matérialiser dans ce second volet ce à quoi aurait pu ressembler The Boy s’il avait été conçu par dessus la jambe. Pas que cette séquelle soit absolument dénuée de qualités (mise en scène et photographie soignées, Katie Holmes qui fait ce qu’elle peut dans la peau d’un personnage archétypal au possible), mais on est en présence d’un film d’horreur lambda, dépourvu de tension, sans surprise, ni aspérité et sans personnalité aucune. De quoi réévaluer encore un peu plus le premier opus et rappeler à quel point il apparaît aujourd’hui comme un très heureux accident, et que William Brent Bell, peut-être ici les mains liées par la production, n’est qu’un faiseur sans âme (l’horrible The Devil Inside). Quand on pense qu’un troisième volet pourrait voir le jour…

Note : 1.5 sur 5.
THE BOY : LA MALÉDICTION DE BRAHMS
William Brent Bell (USA – 2020)
Genre Horreur – Avec Katie Holmes, Ralph Ineson, Owain Yeoman, Christopher Convery, Anjali Jay… – Musique Brett Detar – Durée 86 minutes. Distribué par Metropolitan (26 juin 2020).
Synopsis : Recherchant un environnement calme pour leur fils et ignorant tout de son funeste passé, un couple s’installe dans le Manoir Heelshire. Bientôt le jeune garçon se lie d’une troublante amitié avec une poupée étrangement réaliste qu’il appelle Brahms…

L’édition Blu-ray de METROPOLITAN

Technique

Note : 4 sur 5.

Si le scénario de cette séquelle brille par sa fainéantise, il n’en est pas de même pour sa technique. Cette édition de Metropolitan permet de le constater avec une image très belle, au piqué précis et à la définition de haute tenue. Les couleurs, particulièrement froides, sont tranchantes et l’ambiance qui se dégage de la photographie très travaillée et sombre est particulièrement réussie. Du beau boulot.
Côté son également, c’est du très solide, avec une immersion parfaite dans l’ambiance du film, que ce soit en VO ou en version française, toutes deux en 7.1, la dynamique sonore est puissante et très efficace, en particulier lors des jumps-scares.

Interactivité

Note : 2 sur 5.

Une fin alternative est proposée en bonus. Celle-ci n’est pas intéressante pour ce qu’elle apporte en changements (mineurs, la scène reprend quasi intégralement le montage final) mais plutôt dans ce qu’elle laisse entrevoir de l’orientation du film. C’est dans l’usage des effets spéciaux que les deux séquences diffèrent. Dans cette scène alternative, Brahms y apparaît de manière moins démonstrative visuellement parlant, et donc moins putassière que l’apparence horrifique en CGI grandiloquente incluse dans le cut final. Une manière peut-être de comprendre l’influence (néfaste) et les (mauvais) choix des producteurs sur le produit fini. Des scènes coupées sans intérêt complètent l’interactivité.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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