Cinéaste américain le plus weirdo de son époque, Ari Aster en est déjà à son quatrième long-métrage, Eddington. C’est en 2018 que les cinémas mondiaux accueillent ce qui fût pour beaucoup L’Exorciste du XXIe siècle, Hérédité. Œuvre terrifiante se mêlant à un drame familial transpirant de talent, une première œuvre extrêmement prometteuse qui se classait déjà comme l’un des meilleurs films de la décennie. Coup de théâtre, l’enfant-prodige d’A24 nous revenait l’année suivante pour, cette fois-ci, engendrer l’enfant bâtard de The Wicker Man qui, à l’image de ce dernier, entrait déjà dans l’Histoire. Le nommé Midsommar, donc, prouvait le talent d’un cinéaste tourmenté dont on ne comprenait l’ampleur des névroses que quatre ans plus tard avec Beau Is Afraid, épopée picaresque introspective qui – pour la première fois chez le cinéaste – divisa. Impossible cette fois-ci de l’apparenter clairement à une autre œuvre : cela ne ressemblait à rien de connu. En revenant cette année avec un néo-western qui dissèque l’Amérique au travers d’une ville perdue dans le Nouveau-Mexique, Eddington, Aster offre peut-être son œuvre la plus difficile à aborder, tant elle est éparse et pleines d’idées scénaristiques à la minute.

Comme une odeur de renouveau

Visuellement, il est plus difficile de reconnaître l’homme derrière Midsommar, peut-être car l’exceptionnel Darius Khondji (Se7en, Amour, Delicatessen…) a pris la place du cependant irremplaçable acolyte Pawel Pogorzelski à la photographie du film. Impossible de nier la qualité des deux, mais il va sans dire que ce changement drastique surprend et que le chef-opérateur Khondji offre moins de plans à couper le souffle que dans ses œuvres précitées. Et il est vrai que c’est peut-être le Ari Aster le moins reconnaissable tant le cinéaste opère à mille lieues de ses métrages habituels, tout en gardant en filigrane quelques-unes de ses obsessions, s’attaquant à quelque chose de moins personnel et plus engagé socialement, Eddington se faisant une diatribe de l’Amérique contemporaine. Il est clair qu’Aster divisera jusqu’aux précédents divisés, de Beau Is Afraid donc. Le réalisateur se perd, digresse, aborde mille et une choses en 2h30 pour ce qui est déjà l’un des meilleurs métrages de 2025, bien qu’il semble trop défectueux pour obtenir la première place, et c’est un grand fan du monsieur qui écrit ces lignes. Sans aucun doute le moins bon film du cinéaste mais une œuvre qui essaye, sans faire de choix tranchés et grossiers, pour nous emmener dans une petite ville qui, à elle seule, représente son pays. À l’époque de George Floyd et du Covid, les conflits raciaux et sanitaires s’enchaînent, l’hypocrisie est maîtresse et tout cela fait affreusement tiquer Aster dans ce film d’un absolu grandiose. Le protagoniste est aussi vachement flou et, étant le cœur de ce néo-western aux accent d’actionner absurde, c’est un parti pris par forcément évident, mais très réussi. Joaquin Phœnix incarne parfaitement l’opacité de son personnage détestable, puisqu’Aster n’est jamais là pour qu’on les aime ; en cela il est le parfait entomologiste de cette société qu’il dépeint. A contrario, et ç’a toujours été le point noir de ses films, les personnages secondaires sont mal développés et, s’ils le sont, c’est bâclé, étant parfois de véritables caricatures servant à l’avancée du protagoniste.
Qui plus est, Ari Aster se fout d’avoir un grand casting, il exploite ce qu’il faut, quand il faut, sans jamais gâcher comme cela a pu être lu ici et là.

C’est anxiogène, angoissé et triste par instants mais avec un humour absurde bien placé, des situations qui étonnent et une avancée superbe. Les revolvers sont accompagnés de téléphone, les balles comme autant de spams, ce qui est splendidement représenté dans la scène où un personnage tire de la main gauche et filme son « exploit » de l’autre.
En conclusion, Eddington est une pépite qui a tenté, ne réussissant pas totalement, admettons le, et offre un film unique, qui a vocation, comme tous les Aster, à finir dans les tops de fin d’année.

Note : 4.5 sur 5.

EDDINGTON. De Ari Aster (USA – 2025).
Genre : Western, Comédie, Drame. Scénario : Ari Aster. Photographie : Darius Khondji. Interprétation : Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Luke Grimes, Micheal Ward, Deirdre O’Connell, Emma Stone, Austin Butler… Musique : Daniel Pemberton, Bobby Krlic. Durée : 149 minutes.
Distribué par Metropolitan FilmExport (16 juillet 2025).

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