Balancé aux orties par la critique et le public, Conan le Destructeur, séquelle brinquebalante sortie en 1984 deux ans à peine après le chef d’œuvre de John Milius, mérite-t-il toujours cette réputation de navet d’Heroic Fantasy qui lui colle à la peau ? Réponse : non !

Succéder dignement à un film fondateur de l’Heroic Fantasy sur grand écran est une tâche que Conan le Destructeur n’est pas parvenu à relever lors de sa sortie en 1984. Tout au moins aux yeux de la critique et du public. Le film de Richard Fleischer s’est attiré les foudres d’à peu près tout le monde à l’époque et reste aujourd’hui encore, le souvenir douloureux d’une niaiserie familiale dans l’inconscient collectif. Il faut dire que l’héritage du monument de John Milius, Conan le Barbare, concentré d’action, de noirceur, de nihilisme et manifeste esthétique de tout un pan de l’imaginaire développé autour d’un personnage charriant tout un fantasme était sûrement trop lourd à porter. Quand bien même, le succès du film qui révéla réellement Schwarzenegger grâce notamment à la clairvoyance du nabab Dino De Laurentiis, engendra un choix de ce-dernier de brasser un plus large public au sein d’une suite portant en étendard le concept du « less » plutôt que de s’engager vers le « more ». C’est donc un Conan plus familial et pour le moins édulcoré de ses penchants les plus noirs et violents que commande le producteur italien, une approche qui favorise le départ de John Milius et fait grimacer sa star bodybuildée, néanmoins retenue contractuellement sur le projet. Pourtant, en se tournant vers Richard Fleischer (dont le nom a été soufflé par un Milius pas rancunier) pour diriger ce projet bâtard, De Laurentiis sauve les meubles. Le réalisateur de Soleil Vert, L’Étrangleur de Boston et surtout Les Vikings, est un cinéaste chevronné et ultra-compétent, bien que clairement sous-estimé dans l’histoire du cinéma. Conan le Destructeur ne fait pas partie du haut du panier de sa filmographie, loin de là, mais son approche classique et son sens de la mise en scène en font un candidat crédible pour le projet. Et de fait, loin des souvenirs bas de plafond et la moquerie assumée du film, force est de reconnaître que le destructeur assure un chouette spectacle, largement en deçà du barbare, mais qui tient ses promesses à partir du moment où on l’aborde sous les bons auspices. Moins de sang, de violence, de têtes coupées, un souffle de la quête revu à la baisse, un personnage principal qui fait un pas de côté pour prendre moins de place, une bestialité et un romantisme remisés au placard et une coloration générale tout public mâtinée d’un humour pas toujours très fin (la vengeance du dromadaire, ouch !) font du film un récit d’aventure sans grande aspérité, pas aidé par un script tripatouillé à de multiples reprises. Mais qui sait trouver des arguments ailleurs.

Moins de violence, plus de fun

Ainsi, ce que cette séquelle perd en noirceur, en sérieux et en pouvoir de suggestion mythologique, elle le gagne en fun et en légèreté. Conan le Destructeur reste un bon film d’aventure, pas avare en péripéties et en personnages hauts en couleurs. Son principal protagoniste est incarné par un Arnold Schwarzenegger toujours plus bodybuildé, avec plus de conviction et de justesse, qui se montre plus à l’aise dans les scènes de combat et au maniement de l’épée, en dépit d’un jeu toujours aussi limité. Par ailleurs, le film est un divertissement rythmé qui porte en lui les marques de son époque, avec l’idée d’offrir des rôles secondaires à l’icône Grace Jones, au basketteur Will Chamberlain, ou de faire émerger la jeune et charmante Olivia d’Abo. On y retrouve également le personnage de Akiro, sorcier compagnon de Conan et narrateur du film, et l’usage de décors naturels somptueux et flamboyants, des plans larges majestueux, des jeux d’échelles et de profondeur de champs particulièrement mis en valeur par le chef opérateur Jack Cardiff (Le Narcisse noir, Les Vikings, Mort sur le Nil). Tout comme des effets spéciaux old school un peu au rabais et qui n’ont pas tous très bien vieilli (le monstre du miroir, les maquettes et incrustations du palais du sorcier, la créature finale). Cependant, un certain charme habite le film, associé à une efficacité indéniable. Comme un scénario qui tenterait de suivre les mécaniques d’une partie de jeu de rôle qui prendrait vie sur l’écran. Ce qui n’est pas rien non plus pour les amateurs de récit fantastique.

D’une ambition et d’une ampleur moindres, Conan le Destructeur s’avère donc une déception, certes, au regard de son illustre prédécesseur, mais le film conserve quelques atouts indéniables de divertissement familial et une orientation clairement comic-book. Tout ce que ne sera finalement pas le troisième volet non-officiel de la saga, Kalidor, la légende du talisman, sorti un an plus tard en 1985, et pour le coup une véritable catastrophe à tous les niveaux, bien que toujours réalisée par Richard Fleischer, qui n’a pas pu maintenir le barbare à un niveau acceptable une nouvelle fois. Avant un remake plus tardif avec Jason Momoa signé Marcus Nispel en 2011 qui constitue, pour le moment, le point final de la saga.

Note : 3 sur 5.

CONAN LE DESTRUCTEUR (Conan the Destroyer). De Richard Fleischer (USA – 1984).

Genre : Action, Heroic-Fantasy. Scénario : Stanley Mann, d’après une histoire de Gerry Conway et Roy Thomas, basée sur les personnages créés par Robert E. Howard. Photographie : Jack Cardiff. Interprétation : Arnold Schwarzenegger, Grace Jones, Wilt Chamberlain, Mako, Tracey Walter, Sarah Douglas, Olivia d’Abo… Musique : Basil Poledouris. Durée : 103 minutes.
Distribué en vidéo par BQHL Editions (26 juin 2025).

Après une première édition HD française datant de 2012, puis une sortie 4K chez Arrow Video en 2024, l’éditeur BQHL a fait appel à un nouveau master restauré. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat s’avère assez magnifique. A tous points de vue, l’image resplendit à nouveau, d’une finesse à toutes épreuves et le soucis du détail, des couleurs éclatantes et de très bons contrastes. D’un point de vue technique, cette édition s’avère déjà une grande réussite.
Moins ébouriffante que l’aspect visuel, la partie sonore de cette édition reste cependant très intéressante. Les versions anglaise et française retravaillées en Dolby Audio True HD 5.1, apportent leur pierre à l’édifice « spectaculaire » de cette suite. Même si la répartition des sons s’avère assez timide, on ne peut nier l’efficacité de l’ensemble qui permet d’apprécier une fois encore le score splendide de Basil Poledouris. A noter la présence de deux pistes anglaise et française en mono d’origine 2.0, plus étouffées mais convenables.

On retrouve ici une partie des bonus déjà présents sur l’édition Blu-ray de 2012, à savoir les commentaires audio des comédiens Olivia d’Abo et Tracey Walker d’un côté et du réalisateur Richard Fleischer de l’autre, ainsi qu’un module consacré à la mythologie Conan et sa transposition de la BD à l’écran et une featurette sur le témoignage du compositeur Basil Poledouris qui se penche sur son travail musical sur la saga. Deux suppléments spécialement conçus pour cette édition s’ajoutent. Le premier donne la parole à Olivier Desbrosses, journaliste spécialisé en Bandes originales de films sur les sites UnderScores et Total Trax, qui décortique la musique et l’implication du compositeur Basil Poledouris sur les deux films Conan. Le second module tend le micro à Stéphane Moïssakis, journaliste à Capture Mag, qui revient sur la conception du film, et dresse un tableau honnête et lucide sur les forces et faiblesses de cette séquelle mal-aimée.

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