Suite à son succès critique et à sa belle performance au box-office en 2022, que personne n’avait réellement vu venir, M3GAN, coproduction Blumhouse coécrite par James Wan via sa société Atomic Monster, a inévitablement et très rapidement engendré la mise en chantier d’une séquelle. La médiocrité de l’opus initial, sorte de décalque mis au goût du jour d’un croisement entre JEU D’ENFANT de Tom Holland et ANABELLE de John R. Leonetti, à l’heure de l’IA, n’a pas pesé lourd face à un enthousiasme un poil démesuré pour un produit ultra-calibré qui trouvait son éventuel salut dans son aspect régressif de bourrinerie renvoyant volontiers aux séries B des années 80-90. Cette suite prend la roue de l’histoire précédente, convoquant à nouveau les insupportables personnages de Gemma, créatrice de M3gan et de sa nièce Cady qui ont refait leur vie, deux ans après le traumatisme lié au carnage de la poupée robot. Cette-dernière n’est pas totalement morte et fait son grand retour. En parallèle, une nouvelle version de M3gan fait son apparition, plus perfectionnée, plus intelligente… Et surtout, placée entre de mauvaises mains. On saura gré au réalisateur Gerard Johnston, qui signe donc les deux films et se colle au scénario de ce M3GAN 2.0, d’oser une certaine continuité tout en prenant le concept du précédent film à revers. Après le récit horrifique et anxiogène du premier opus, Johnston choisit de bifurquer vers le techno-thriller de SF décomplexé, oubliant les poupées tueuses domestiques pour aller marcher sur les plate-bandes des androïdes de Terminator et de sa principale séquelle. Logique, Skynet étant une influence évidente de l’IA à l’œuvre dans M3GAN et sa suite. Dès lors, Johnston revisite l’affrontement des deux IA, sur le principe du retournement moral : méchante hier, M3gan devient l’héroïne en charge de la protection de Emma et Cady. Les trois doivent s’allier pour terrasser l’entité guerrière et surévoluée qui se dresse face à elles et menace le Monde.

Alexa 2.0

D’un postulat aussi remâché qu’il soit, M3GAN 2.0 ne fait rien de bien transcendant. Les scènes de bla-bla scientifico-pouet-pouet se succèdent, entrecoupées de moments d’action censés maintenir en éveil le spectateur. Et bizarrement, les choses fonctionnent plutôt bien dans une première partie dévoilant les enjeux du récit. Encore traumatisées et retranchées dans une imposante maison ultra-connectée, les deux héroïnes sont visitées par « l’esprit » d’une M3gan dépourvue d’enveloppe physique, et qui se manifeste à travers les écrans et autres médiums technologiques lui permettant de communiquer. C’est une idée assez bien vue et globalement bien exploitée. Mais là où M3GAN 2.0 fait le bon choix, c’est dans sa volonté d’assumer sa connerie intersidérale avec aplomb (ce qui n’était pas nécessairement le cas du précédent, trop sérieux pour son propre bien). Très vite, on se rend compte qu’on est en présence d’une bisserie plus proche d’un DTV signé Albert Puyn avec quelques millions de dollars de budget en plus, plutôt qu’une nouvelle itération ambitieuse d’un film de James Cameron. Embrassant sa condition nanardesque en quasi-Full CGI (quoi qu’un peu d’animatronique par-ci, par-là, bon point) et néons violets dans tous les sens, le film perd toute velléité de mise en scène et de crédibilité pour s’enfoncer dans un tunnel d’actioner de SF bavard sans envergure et bête à manger du foin. Il constitue en cela le négatif de T2, duquel il n’aurait retenu que le concept de base, traité de manière très premier degré. Il fait pour cela étalage d’une galerie de personnages aussi insipides et écrits à la truelle, entre les collègues issus du premier film faisant office de duo comique extrêmement gênants et le grand méchant qu’on n’avait pas vu venir. Plus honnête que son grand frère, plus spectaculaire (la scène d’action de la convention, moment pivot du film), mais aussi plus soumis à l’overdose de CGI, et au final d’une bêtise assumée, ce M3GAN 2.0 peut se voir comme un léger plaisir coupable et totalement inoffensif, qui n’a en revanche strictement rien à dire sur les dérives de l’IA qu’il dénonce. C’est peut-être là sa plus grosse tare. Et formidable : on n’en a pas finit avec l’univers M3GAN puisque le spin-off SOULM8TE réalisé par Kate Dolan (SAMHAIN, 2021), sortira sur les écrans en 2026 !

Note : 2 sur 5.

M3GAN 2.0. De Gerard Johnston (USA – 2025)

Genre : Thriller de science-fiction. Scénario : Gerard Johnstone, d’après les personnages et une histoire co-écrite avec Akela Cooper. Photographie : Toby Oliver. Interprétation : Allison Williams, Violet McGraw, Amie Donald, Ivanna Sakhno, Brian Jordan Alvarez, Jen Van Epps, Aristotle Athari, Timm Sharp, Jemaine Clement… Musique : Chris Bacon. Durée : 119 minutes et 121 minutes.
Distribué par Universal Pictures France (5 novembre 2025).

L’image numérique de cette édition 4K française de M3GAN 2.0 est absolument superbe dans sa définition, autant que dans sa précision et sa luminosité. Bourrée de détails, de textures, et de couleurs parfois un peu trop fluos et criardes, mais qui bombardent l’écran de toutes parts. Les personnages de M3gan et celui d’Am3lia n’ont jamais été aussi bluffants dans leur équilibre entre artificialité et réalisme, avec un piqué incroyable sur la structure de la peau. Cette édition UHD se révèle assez admirable dans ce que le support peut proposer en termes de rendu spectaculaire. Le Blu-ray 4K dispose notamment d’une version originale en Dolby Atmos True HD 7.1 qui est la piste testée ici. Et on peut dire qu’elle envoie du bois, particulièrement puissante, notamment lors des scènes d’action. La variété et la spatialisation des effets sonores assurent une immersion très efficace. Rien à redire non plus du côté des dialogues, niais à souhaits mais dont la restitution claire et précise ne souffre d’aucun parasitage. A noter également la présence d’une version allemande, toujours en Dolby Atmos True HD 7.1. La version française est quant à elle disponible dans un imposant Dolby Digital Plus 7.1
Précisons d’emblée que l’éditeur propose deux versions du film : la première correspondant à celle sortie en salles, la seconde dite « non-censurée » qui comporte des scènes allongées de quelques secondes, pour un rendu plus démonstratif. Et comme Universal sait le faire, cette édition de M3GAN 2.0 assure la quantité de bonus, pas toujours au profit de la qualité, cependant. On a déjà droit à un making-of (11’) à ranger dans la catégories des modules promotionnels mais efficaces, regroupant instantanés de tournage et entretiens. Plus intéressant, un bonus assez court (8’) consacré aux différentes techniques utilisées pour donner vie à M3gan et sa Némésis, entre effets visuels et marionnettes. Puis, une autre featurette orientée cette fois sur les scènes d’action et de cascade (8’), enfin, la scène centrale et pivot du film, certainement la plus ambitieuse, se déroulant lors de la convention, a droit à un décorticage en règle (bien que trop court : 5’) sur sa conception.

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