Suite à la récente activité volcanique du Mont Fuji, des dinosaurs se réveillent d’un long sommeil et sèment la terreur près d’un lac peuplé de nombreux touristes… En 1977, la Toei Company sortait sur les écrans cette réponse japonaise aux Dents de la Mer de Steven Spielberg. Inutile de revenir sur le succès stratosphérique du chef-d’oeuvre de Spielberg, ni sur sa trace indélébile sur le blockbuster (d’auteur) hollywoodien. mais force est de reconnaître qu’au mi-temps des années 70, les résultats au box-office du raz-de-marée Jaws font écho jusqu’en Asie. Et c’est dans l’optique de prendre une part du gâteau et de proposer SA version que le studio se lance dans le projet Les Monstres de la Préhistoire. Le résultat est à minima frappant, au mieux un bonbon acidulé aux accents nanardesques du film de créature.

De fait, le réalisateur Junji Kurata et les scénaristes Masaru Igami, Isao Matsumoto et Ichirō Ōtsu affichent sans complexe leur influence majeure. Les clins d’oeil et autres emprunts aux Dents de la Mer tombent comme à Gravelotte. Le plagiat n’est d’ailleurs pas loin, notamment lors de la scène où deux petits malins créent la panique avec un faux aileron, reprise à l’identique au film de Spielberg. Ou encore cette séquence sous-marine où deux plongeurs découvrent la tête flottante d’une victime de la créature. On retrouve par ailleurs les protagonistes sceptiques qui défient leurs opposants éclairés souhaitant prévenir la population du danger qui guette. On n’en voudra pas aux auteurs du projet, tant l’oeuvre séminale de Spielberg a infusé le cinéma mondial durant des années. D’autant plus que Les Monstres de la Préhistoire ne se limite pas à une vulgaire photocopie. Si sa première partie joue la carte de l’attaque animale toute en suggestion, puisque la créature n’apparaît réellement qu’à partir de la moitié du film, il associe également les angoisses de tout un pays pour les catastrophes naturelles. On nous explique ainsi que la résurrection des dinosaures serait en fait étroitement liée au réchauffement climatique (déjà !) et à différents facteurs laissant à penser que la Nature se venge de l’Homme. Jusqu’à une dernière séquence où le Mont Fuji entre littéralement en éruption.

Entre envolées oniriques et purs dérapages Z

Sorte de mélange hybride de Jaws, Jurassic Park, Le Sixième continent et Godzilla, Les Monstres de la Préhistoire ménage le chaud et le froid, le respectable et le nanardesque. En fait, il y a deux films en un. Une première partie de mise en place remarquable, toute en suggestion, qui convie tout le cahier des charges que l’on est en droit d’attendre, et dans laquelle Junji Kurata ose se démarquer en incluant des scènes troublantes, esthétisantes, aux limites de l’onirisme. Ses images captant la brume diffuse sur le lac, la jeune femme dévorée qui flotte dans son sang, ses gros plans sur les yeux et toute la séquence d’introduction souterraine à l’approche presque expérimentale. Voilà un parti-pris que l’on n’attendait pas nécessairement dans un film de cette teneur. C’est ensuite que Les Monstres de la Préhistoire bascule, dans une deuxième partie plus démonstrative, dévoilant ouvertement ses créatures, des monstres en latex assez calamiteux, faisant plonger le film vers le Z.

Pourtant, loin du manifeste 100% nanar, Les Monstres de la Préhistoire parvient in fine à faire cohabiter son projet de divertissement généreux en péripéties, un peu naïf et mal branlé sur les bords, avec des moments en suspension magnifiques et des dérapages gores insensés (la jeune fille coupée en deux). Si la suggestion reste le meilleur atout du film qui se heurte aux limites de tous les représentants du genre (les créatures sont à se tordre de rire), que la musique disco pop acidulée totalement hors sujet ne joue pas en sa faveur, il mérite cependant toute notre attention et vaut bien mieux que bon nombre de ses congénères fauchés et débiles au dernier degré. Et cela, en dépit d’un naufrage total au box-office à sa sortie.

Note : 3.5 sur 5.

LES MONSTRES DE LA PREHISTOIRE (恐竜・怪鳥の伝説). De Junji Kurata (Japon – 1977).

Genre : Science-fiction, horreur. Scénario : Masaru Igami, Isao Matsumoto et Ichirō Ōtsu. Photographie : Sakuji Shiomi et Shigeru Akatsuka. Interprétation : Tsunehiko Watase, Shōtarō Hayashi,
Nobiko Sawa, Tomoko Kiyoshima,
Fuyukichi Maki, Kinji Nakamura… Musique : Masao Yagi. Durée : 92 minutes.
Distribué par Roboto Films (16 juin 2026).


L’édition sortie chez Roboto se présente sous la forme d’un boîtier scanavo avec fourreau et livret de Nicolas Jeantet agrémenté de photos d’exploitation du film. Le master haute définition est présenté au format d’origine en 2.35:1. Bien que le film souffre du poids des années, la restauration effectuée s’avère assez bluffante, proposant une image globalement propre, avec des couleurs vives et chatoyantes, un grain original de pellicule préservé, et des contrastes assez denses, même dans les scènes sombres. Deux pistes sonores sont proposées au choix, japonaise et française en DTS-HD Master Audio 2.0. Préférence à la version japonaise, plus dynamique et claire.
Niveau bonus, l’habituel invité des éditions Roboto, Fabien Mauro, spécialiste du cinéma asiatique, fait une présentation encore une fois très complète du film, n’éludant pas ses aspects négatifs, tout en les recontextualisant (21′). En parallèle, un segment d’environ 5 minutes présente la collection autour du film amassée par un fan absolu, Jean-Baptiste Pujolle, qui dévoile ses trésors : VHS, LaserDisc, affiches…

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