Dans l’océan des adaptations sur grand et petit écran des oeuvres de Stephen King, LA CREATURE DU CIMETIERE ne figure pas parmi les plus citées, et de fait, le film de Ralph S. Singleton n’a pas rencontré un succès public, ni un accueil critique très favorable à sa sortie en 1990. Véritable série B, film de monstre qui baigne littéralement dans son jus, cette transposition à l’écran de la courte nouvelle Graveyard Shift (Poste de nuit en VF) parue dans la première anthologie de King Danse Macabre publiée en 1978, n’a pas bénéficié à l’époque de sa sortie en salles d’une exposition folle, pris en étau entre les succès de SIMETIERRE (1989) et MISERY (1990). Le film raconte comment John Hall, travailleur itinérant débarque dans une petite localité industrielle du Maine. Il y prend un poste d’ouvrier dans la filature de coton Bachman, dans l’ignorance que son prédécesseur a mystérieusement disparu quelques jours plus tôt. À peine arrivé et le voici qui intègre l’équipe de volontaires que Warwick, un contremaître brutal, constitue pour nettoyer et désaffecter le sous-sol d’un bâtiment depuis longtemps à l’abandon. Et c’est peu de le dire, les lieux étant infestés de rats particulièrement agressifs en provenance du cimetière voisin, là se cache une créature autrement plus monstrueuse qu’eux. Autrement plus vorace.

Sans aller jusqu’à porter le film de Ralph S. Singleton au pinnacle, force est de constater que ce petit bout de péloche horrifique « so 90’s » et imprégné d’un esprit « Kingien » en diable, a formidablement bien vieilli. Son visionnage près de 35 ans après fait figure de véritable redécouverte. En ces temps de productions numérisées à outrance, de manque d’idées coupables et d’allongement artificielles de franchises, ce petit film de monstre ancré dans une réalité sociale difficile fait son effet. Il se dégage un charme évident de cette CREATURE DU CIMETIERE, c’est indéniable. Que ce soit dans sa forme, entre l’aspect granuleux et organique de la pellicule, ses effets visuels pratiques ambitieux bien que modestes, signés Gordon J. Smith (AUX FRONTIERES ED L’AUBE, L’ECHELLE DE JACOB, FAUX-SEMBLANTS) qui fonctionnent encore très bien aujourd’hui (la créature présentée dans une économie de moyens efficace), les décors en dur suintants de l’usine et ses toiles peintes impressionnantes (l’antre de la créature), le film a de sérieux arguments à faire valoir. D’autant que les scènes gores ne sont pas là pour faire de la figuration et s’avèrent très réussies.

Si l’on veut ajouter un argument supplémentaire à cette réhabilitation, on ne peut nier que l’ancrage social dans lequel se déploie l’histoire n’est pas inintéressante, cette description d’un milieu prolétaire et ouvrier, au fin fond de la campagne du Maine, constitue un terreau idéal à la critique développée dans le roman, puis dans le scénario de John Esposito. Certes, les personnages sont quelque peu caricaturaux, le contremaître collectionne les aspects du bad guy quand le héros demeure bien lisse. On a le bonheur tout de même de retrouver les inimitables trognes d’Andrew Divoff (WISHMASTER) et Brad Dourif (L’EXORCISTE LA SUITE et tant d’autres). L’ensemble reste par ailleurs assez modeste, avec un beau ventre mou en termes de rythme, mais il se dégage de cette série B assumée une générosité et un savoir-faire indéniables. Savoir-faire que l’on doit en grande partie à Ralph S. Singleton, dont LA CREATURE DU CIMETIERE demeure étonnamment la seule réalisation principale. Pour autant, un coup d’oeil sur son CV file le tournis. Réalisateur de seconde équipe et assistant réalisateur sur rien moins que TAXI DRIVER, UN JUSTICIER DANS LA VILLE, LES TROIS JOURS DU CONDOR ou encore NETWORK et (tiens !) SIMETIERRE, l’une des meilleures adaptations de King, Singleton a de la bouteille et une sacrée expérience quand il s’atèle au projet LA CREATURE DU CIMETIERE. Et cela se sent. Quand bien même le film reste une adaptation mineure parmi les grandes réussites tirées de l’oeuvre de King, il n’en demeure pas moins qu’elle s’avère particulièrement efficace et assez stimulante. Ce qui constitue déjà un argument de poids pour en redécouvrir les qualités.

LA CREATURE DU CIMETIERE (Graveyard Shift). De Ralph S. Singleton (USA – 1990).
Genre : Horreur. Scénario : John Esposito, d’après la nouvelle de Stephen King. Photographie : Peter Stein. Interprétation : David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Brad Dourif… Musique : Brian Banks et Anthony Marinelli. Durée : 87 minutes.
Distribué par SIDONIS CALYSTA (14 février 2026).
Le Blu-ray de SIDONIS CALYSTA
Cette édition en haute définition présente de sérieux arguments sur le plan visuel. Dotée d’un piqué et d’une précisions surprenants, la copie est riche de détails, notamment lors des gros plans sur les visages des comédiens, dont les gouttes de sueur sont quasiment palpables. La pénombre dans laquelle une grande partie du film est plongée n’est jamais un problème, preuve de contrastes bien gérés. Une belle colorimétrie et un grain argentique du feu de Dieu font de cette édition une très belle surprise pour les yeux. Côté son, le DTS-HD Master Audio 2.0 prévaut autant pour la version originale que pour la piste française (et ses doublages so 90’s) et les deux sont très correctes, offrant une ambiance sonore assez riche et efficacement restituée.
Un seul bonus, mais il est lui aussi de belle qualité. L’incontournable Olivier Père, directeur de Arte Cinéma, se fend en une quarantaine de minutes d’une présentation assez exhaustive du film, revenant sur la nouvelle qui l’a engendré et son auteur, tout en n’omettant pas le caractère mineur de l’oeuvre, mais en lui reconnaissant un certain nombre de qualités. A raison.

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