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[Critique] DANS L’OEIL D’UN TUEUR de Werner Herzog

Avec l'inédit DANS L'OEIL D'UN TUEUR, Werner Herzog marche sur les terres de David Lynch, par ailleurs producteur de la chose. Pour un résultat hypnotisant, avec un Michael Shanon encore terrassant.

Dans l'oeil d'un tueur

Avant d’aborder Dans l’oeil d’un tueur, il faut déjà passer au-delà de l’improbable campagne de promotion ultra mensongère du film. Vendu comme un thriller de série, comme il en pullule un sacré paquet dans la production hollywoodienne, ce nouveau film de Werner Herzog se situe aux antipodes du produit commercial que l’on nous promet dans une bande-annonce calibrée au millimètre et surtout un titre français complètement à la ramasse par rapport à l’original (My son, my son, what have ye done).

Un voile de poudre aux yeux finalement trompeur puisque l’oeuvre n’a au final, rien à voir et qu’elle est signée de la patte d’un grand cinéaste, portée par un casting de feu, sur une bande-son enivrante. Werner Herzog a toujours été un réalisateur boulimique de travail, toujours enclin à se mettre en danger au sein d’une filmographie impressionnante (Aguire, la colère de Dieu, Nosferatu fantôme de la nuit, Fitzcarraldo, ou plus récemment Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle Orléans et le documentaire en 3D  La grotte des rêves perdus). Un artiste libre, donc, qui sort continuellement des entiers battus, et qui n’hésite pourtant pas à livrer de temps à autre des projets plus commerciaux en apparence, mais jamais consensuels pour autant. Dans l’oeil d’un tueur est de ceux là.

Dans l'oeil d'un tueur

Flashbacks oniriques

Inspiré de la véritable histoire de Mark Yavorsky, personnage complexe ayant assassiné sa propre mère, le film reconstitue le parcours du tueur (ici nommé Brad McCullum), dans ses dernières semaines pour tenter d’expliquer les raisons de son geste. A grand renfort de flashbacks, Herzog et son co-scénariste, remontent le temps en présentant et associant une série de personnages secondaires tous aussi intriguant que peut l’être le protagoniste central. Sur fonds de folie latente, de remise en question de la foi, avec un arrière-plan directement lié à la tragédie grecque par le biais d’une mise en abîme d’une représentation théâtrale au sein de laquelle le personnage de Brad interprête un rôle où il tue sa mère, Dans l’Oeil… regorge de subtilités passionnantes qui le positionnent bien au-delà de son pitch de départ et de la façon dont on a bien voulu le vendre. Certes, tout commence comme un énième polar avec la présentation de deux flics dépêchés sur une scène de crime, un suspect retranché chez lui, la relève d’indices, le passage en revue des témoins et proches du suspect… Pourtant, rapidement mais subtilement, le film explore d’autres territoires bien moins balisés, offrant par l’intermédiaire de certaines scènes quasi oniriques, un déraillement contrôlé qui place Dans l’oeil… dans le sillage d’un cinéma plus expérimental, proche de ce que pourrait faire un David Lynch… d’ailleurs producteur d’un projet que Herzog porte depuis de nombreuses années.

Dans l'oeil d'un tueur

Tordre le thriller…

Doté d’une mise en scène classieuse, ample, inspirée, d’images d’une beauté sidérante, Dans l’oeil d’un tueur, aussi modeste qu’il soit dans son propos, vient démontrer tout l’art de Werner Herzog de s’approprier un sujet et d’en tirer le meilleur parti. Le cinéaste n’hésite pas à bousculer la narration et donc le spectateur, en ayant recours à des ruptures de ton, des pauses inattendues au sein même de plusieurs scènes comme pour figer le temps sur les actes des personnages. Enivrant et absolument passionnant, le film est porté par un plateau d’acteurs là aussi particulièrement trompeur. Michael Shannon, toujours parfait et débordant de charisme (malgré une propension un peu trop prononcée à multiplier les rôles de marginal illuminé) et Willem Dafoe sont entourés de Chloë Sevigny, d’Udo Kier et Brad Dourif, soit un casting de gueules ayant souvent fréquenté séries B voire Z. A noter la présence de la troublante Grace Zabriskie, une habituée de chez Lynch (Sailor et Lula, Twin Peaks) qui apporte une note d’étrangeté suplémentaire. Des acteurs au diapason, au même titre que la musique hypnotique et obsédante d’Ernst Reijseger qui accompagne et épouse admirablement les images d’Herzog. Dans l’oeil d’un tueur se propose de revisiter les règles du thriller, pour explorer des aspects inattendus. Pari réussi pour Werner Herzog et David Lynch, dont l’association au sein de cette oeuvre absolument fascinante et réjouissante, enivrante et hypnotisante, vaudrait très largement d’être reconduite.

Dans l'oeil d'un tueur

DANS L’OEIL D’UN TUEUR de Werner Herzog (USA/Allemagne – 2009)

 Très Bon

Genre : Thriller/Comédie dramatique, Acteurs : Michael Shanon, Willem Dafoe, Chloë Sevigny, Brad Dourif, Udo Kier…, Durée : 90 mn, Distributeur : Metropolitan

Un homme sans histoire tue sauvagement sa mère avec une arme antique. Un inspecteur de police va tenter de comprendre les raisons qui l’ont poussé à commettre l’irréparable.

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