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[Be Kind Rewind] LA MAISON ROUGE de Delmer Daves (1947)

Film noir de 1947 aux frontières du surnaturel, LA MAISON ROUGE de Delmer Daves est une belle curiosité à découvrir dans une très belle version restaurée proposée par Rimini Editions.

LA MAISON ROUGE de Delmer DavesLe scénariste et réalisateur américain Delmer Daves n’est pas un inconnu du grand public. Avec des films aussi célèbres que Les Passagers de la nuit (1947) avec Humphrey Bogart, La flèche brisée (1950) ou encore 3h10 pour Yuma (1957), le cinéaste, à la tête d’une filmographie comptant plus d’une trentaine de films réalisés entre 1943 et 1964, a marqué le cinéma américain. Dans sa foisonnante carrière, certaines œuvres ont assez logiquement disparu des radars. C’est le cas notamment de La maison rouge, mis en scène en 1947, et adoubé depuis par pas moins que Martin Scorsese lui-même.
Cinquième réalisation de Delmer Daves, La maison rouge présente pourtant tous les atours d’un petit classique du cinéma américain des années 40-50. Mieux, le film, plus profond et intelligent qu’il n’y paraît, est une oeuvre aux multiples facettes : film romantique, noir, fantastique… Il suit dans un premier temps une famille vivant dans une ferme isolée au fin fond de la campagne. L’arrivée d’un jeune homme, Nath, désirant travailler aux champs, va dérégler l’organisation familiale et révéler des sentiments amoureux, mais également des secrets enfouis, le jeune homme bravant l’interdiction de pénétrer dans la forêt située à proximité de la propriété… Le film débute sur une note délibérément bucolique et campagnarde, présentant ses personnages avec bonhomie et une légèreté qui contrastera avec la gravité des événements par la suite. La famille, composée d’un homme veuf, Peter Morgan, vivant avec sa sœur Ellen, et sa fille adoptive Meg, semble liée et heureuse. Pour autant, le récit ne cesse de faire clignoter des signaux censés éveiller la curiosité du spectateur (la jambe de bois, l’irascible rigidité du patriarche) qui font progressivement basculer l’intrigue vers une forme d’étrangeté.

LA MAISON ROUGE de Delmer Daves

La forêt du désir

Quand le jeune Nath outrepasse les conseils de Peter et s’engage dans la forêt, il entrouvre les portes d’un mystère qu’il n’aura de cesse de vouloir élucider. La maison rouge dérive dès lors vers une atmosphère plus angoissante, aux frontières du fantastique. Le réalisateur emprunte alors au film expressionniste, avec un jeu sur les lumières, les ombres et les détails. Dans un superbe noir et blanc, magnifié par la photographie de Bert Glennon (Les dix commandements de Cecil B. De Mille – 1923, La charge fantastique de Raoul Walsh – 1941, Rio Grande de John Ford – 1950), Delmer Daves se montre extrêmement appliqué et respectueux du genre, particulièrement doué à développer une ambiance proche du surnaturel…
Le mystère entourant la famille Morgan et la nature de ce qui se cache au fond de la forêt dans cette étrange maison rouge joue la carte de l’image métaphorique. Delmer Daves déploie progressivement les tenants et aboutissants d’une sombre histoire tragique, qui prend ses racines dans le passé, et que les plus perspicaces auront rapidement percé à jour. Mais la mise en scène du cinéaste, soignée et pointilleuse, parvient à entretenir un suspense qui joue étroitement avec la figure du désir, de l’éveil à la sexualité et de la culpabilité. Percer le mystère de la maison rouge, c’est faire voler en éclat des secrets familiaux, c’est finir par briser la glace entre les deux jeunes amoureux, mais aussi accélérer la folie d’un des personnages. Hautement symbolique, la forêt est le cœur même du film, elle se dévoile par petites touches, jusqu’au final, évidemment tragique pour l’un des protagonistes. Avant cela, Delmer Daves aura su nous tenir en haleine avec un supsense rondement mené, et une direction d’acteur brillante. Le casting de La maison rouge porte le film vers le haut. Edward G. Robinson, l’inoubliable Sol du Soleil vert de Richard Fleisher (1973), incarne avec une présence remarquable l’énigmatique Peter Morgan. Face à lui, Judith Anderson, rien moins que la gouvernante du Rebecca d’Alfred Hitchcock (1940), est sa sœur Ellen et surtout Allene Roberts, apporte toute son innocence et sa candeur à la jeune Meg.
Autant d’éléments qui confèrent à La maison rouge le statut d’oeuvre à découvrir. Si le film n’a pas traversé l’histoire du cinéma comme un chef d’oeuvre indéboulonnable (ce qu’il n’est pas) ses grandes qualités méritent clairement qu’on lui redonne sa chance comme un film plastiquement très beau, étrange et audacieux.


LA MAISON ROUGE
Delmer Daves (USA – 1947)

4

Genre Thriller – Interprétation Edward G. Robinson, Judith Anderson, Allene Roberts, Lon McCallister, Rory Calhoun… – Musique Miklós Rózsa – Durée 100 minutes. Disponible en DVD chez Rimini Editions.

L’histoire : Pete vit dans une ferme isolée avec sa fille adoptive Meg, dont les parents ont disparu il y a quelques années dans des conditions mystérieuses. Il embauche comme aide de ferme Nath, un jeune homme qui tombe bientôt amoureux de Meg. Nath et Meg tentent de savoir quel secret se cache derrière la maison rouge, une demeure enfouie dans la forêt. Mais Pete leur interdit formellement de s’y rendre, en leur expliquant que cette maison est hantée…


Le DVD de Rimini Editions

Pour la réédition du film, Rimini Editions a semble-t-il travaillé sur un tout nouveau master en HD. Le résultat est un sans-faute technique qui permet de découvrir le film dans des conditions quasi-optimales. Une image d’une clarté exceptionnelle, avec un contraste poussé, opposant des noirs profonds à des blancs immaculés, en passant par toute une palette de dégradés. L’image ne souffre pour ainsi dire d’aucune imperfection.
Côté sonore, l’éditeur propose uniquement la version originale sous-titrée. Une piste elle aussi exempte de défaut, avec des dialogues claires et des sons nets et précis, tout comme la musique, bien mise en avant.
Concernant l’interactivité, cette édition tend le micro à Christophe Champcleaux, historien du cinéma, qui, après avoir introduit le film, apporte quelques clés d’analyse et évoque la carrière de Delmer Daves. Enfin, un court module évoque, photos à l’appui, le travail de restauration du film. Le tout n’est pas foufou, mais reste sympathique à regarder.

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