-Films Be Kind rewind Moyen

[Be Kind Rewind] 3615 CODE PÈRE NOËL de René Manzor (1990)

30 ans après sa sortie, 3615 CODE PÈRE NOËL reste ce film OVNI dont les défauts et maladresses sont proportionnels à la générosité et la sincérité du réalisateur René Manzor. En résulte une oeuvre hors norme qui a marqué à sa manière le cinéma français...

‏‎3615 CODE PÈRE NOËL de René Manzor

3615 CODE PÈRE NOËL de René ManzorLe cinéaste français René Manzor a une carrière étonnante. Il pose les bases d’un univers particulier et affirmé avec trois courts-métrages dont le déroutant Synapses en 1981. Puis il passe en 1986 au long-métrage avec Le Passage, qui met en scène son propre fils, Alain Musy, au côté d’Alain Delon, dans une oeuvre fantastique réalisée en famille au côté de ses frères Francis (à la production) et Jean-Félix Lalanne (à la musique). Le succès du film n’aide pas pour autant le cinéaste à enchaîner, mais l’encourage néanmoins à persister dans sa voie, à creuser le sillon d’un cinéma de genre volontaire et affirmé, répondant volontiers aux codes établis par Steven Spielberg, notamment au sein de sa société Amblin, mais avec une sensibilité typiquement française. A l’aube des années 90, alors que son deuxième film, 3615 Code Père Noël sort enfin sur les écrans, le cinéma fantastique n’est pas en odeur de sainteté en France. René Manzor n’accorde que peu d’importance au regard dédaigneux de la critique, puisque le cinéaste a des histoires à raconter, et une volonté farouche de s’y prendre à sa manière…

3615 CODE PÈRE NOËL de René Manzor

Rambo vs Père Noël

3615 Code Père Noël met à nouveau en scène le jeune fils du cinéaste, Alain Musy, aux prises avec un sociopathe costumé en Père Noël, qui le traque dans les recoins du manoir dans lequel l’enfant passe la soirée du 24 décembre en compagnie de son grand-père. Le film, aux allures de conte fantastique, est baigné dans une atmosphère fantasmagorique, digne des productions Spielberg. Il donne le rôle principal à un enfant, qui voit ses illusions naïves brutalement remises en question par ce que le monde adulte propose de plus violent. Disposant d’une panoplie de guerrier (en plastique) à la Rambo, présenté comme surdoué et ingénieux, le jeune Thomas n’a pas d’autre choix que de surpasser ses peurs pour se confronter au tueur, sauver sa peau, et protéger son grand-père…
3615 Code Père Noël base son postulat sur l’un des plus grands fantasmes d’enfant : les moyens quasi illimités dont jouit le jeune Thomas, lui permettent de mettre en place dans sa vaste demeure un immense terrain de jeu propre à rendre jaloux le gosse qui sommeille en chaque spectateur : cachettes secrètes, passages dissimulés pour passer d’une pièce à l’autre, caméras de vidéosurveillance, pièges et autre chausse-trappes constituent véritablement un coffre à jouets taille XXL. Sur ce principe, René Manzor a l’ingéniosité d’apposer un canevas de thriller et démontre une solide maîtrise visuelle, des ambitions de réalisation qui dénotent avec le tout-venant du cinéma français de l’époque. A cet égard, la caméra est ainsi en perpétuel mouvement, le réalisateur composant des plans alambiqués tous droit sortis d’un Sam Raimi. Incontestablement, René Manzor croit au pouvoir du cinéma et aborde très clairement la mise en scène comme vecteur principal de narration et traducteur d’émotions.

3615 CODE PÈRE NOËL de René Manzor

Gracieux mais plombé…

L’association de cette volonté de générosité dans le genre fantastique et cette maîtrise visuelle font de 3615 Code Père Noël un film à part. Un OVNI dans le paysage audiovisuel français des 90’s. Ce qui n’a pourtant pas éveillé la curiosité du public qui l’a très largement boudé lors de sa sortie en salles. Injuste ? Oui et non, car le film, considéré comme culte aujourd’hui, n’en demeure pas moins plombé de maladresses. Ce que 3615 Code Père Noël assume en générosité, en ingéniosité et en ambition visuelle, il le paye malheureusement dans un scénario pas toujours très abouti, une tension qui peine à exister et surtout, une direction d’acteurs et une interprétation générale très limitées. Passé un premier tiers d’exposition assez embarrassant, où même l’expérimentée Brigitte Fossey peine à convaincre, le film décolle néanmoins avec l’arrivée du psychopathe, impressionnant Patrick Floersheim, tout en mutisme. Pour autant, on ne peut nier que les péripéties montrées à l’écran souffrent d’un manque de rythme et de panache. Quand bien même Manzor y insuffle une noirceur bienvenue, un sadisme et une perversion envers son jeune héros (et son chien atrocement mutilé) qui font leur effet.

FA_image_00070456

D’Indiana Jones à Julie Lescaut…

Au final, 3615 Code Père Noël est une oeuvre compliquée à aborder, embarrassante, dans le sens où elle véhicule une générosité, une sincérité et une volonté de bien faire à la fois évidentes et rares, mais la concrétisation à l’écran de cette audace d’un cinéma de genre premier degré assumé n’est pas complètement aboutie. Même si le film conserve de beaux restes, il trouve également ses limites dans des maladresses et un savoir-faire « à la française » qui le plombent (notamment dans ses dialogues déclamés avec théâtralité). Trente ans après, force est de constater que 3615 Code Père Noël a pris un petit coup de vieux. Dommage, car c’est clairement le film que l’on souhaiterait défendre bec et ongles pour son intégrité et ce qu’il représente, mais l’adhésion ne peut être totale…
Par la suite, René Manzor réalisera deux nouveaux films en France (Un Amour de sorcière en 1997 et Dédales en 2003), et poursuivra une carrière aux Etats-Unis, principalement à la télévision, où il réalisera des épisodes de séries prestigieuses comme Les Aventures du jeune Indiana Jones (Verdun 1916 et Paris 1908), avant un retour en France, toujours par la case télévision, sur des séries un peu moins enthousiasmantes (Julie Lescaut, Alice Nevers, RIS Police Scientifique). C’est finalement dans ses romans (Les Âmes rivales, 2012, Celui dont le nom n’est plus, 2014 et Dans les Brumes du mal, 2016) que l’on retrouve l’ambition du cinéaste des débuts. Un artiste intègre, sincère et attachant. C’est déjà beaucoup !


3615 CODE PÈRE NOËL
René Manzor (France – 1990)

Note : 2.5Genre Thriller – Interprétation Alain Musy, Patrick Floersheim, Louis Ducreux, Brigitte Fossey… – Musique Jean-Félix Lalanne – Durée 90 minutes. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume (12 décembre 2017).

L’histoire : Il a 9 ans. Il s’appelle Thomas. Il croit au Père Noël. Il a deux passions : l’informatique et les super-héros. Le 24 décembre, caché sous la table de la salle à manger, Thomas attend l’arrivée du Père Noël, bien décidé à le capturer. Mais, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est sur le point de vivre la nuit la plus terrifiante de toute sa vie. Un duel sans merci va l’opposer à un psychopathe.


L’édition du Chat qui fume

3615-code-pere-noel-dvdbluray-

Malgré une aura de film culte, 3615 Code Père Noël est demeuré longtemps invisible en vidéo, en tout cas en DVD. Il aura fallu attendre qu’un éditeur comme Le Chat qui fume se penche sur son cas pour pouvoir enfin lui offrir un écrin vidéo digne de ce nom. Disponible en coffret Blu-ray/DVD, cette édition est du coup incontournable, d’autant que la copie proposée, entièrement restaurée depuis le master original, est tout bonnement magnifique, avec son aspect granuleux, ses teintes tranchées et respectant les contrastes de couleurs voulus par René Manzor et son directeur photo, Michel Gaffier.
Côté sonore, la restauration a eu du bon également, avec une version française en DTS HD Master Audio 2.0 redoutable d’efficacité et de puissance.

Maousse Bonus

L’édition offre en parallèle une interactivité fournie. A commencer par un très long entretien de près d’1h30 avec le réalisateur, dans lequel ce-dernier s’épanche avec une passion et une honnêteté non feintes, sur le projet du film, ses influences, les conditions de tournage, le travail sur le plateau avec son jeune fils, les effets visuels… Absolument tous les aspects de création, puis de distribution sont abordés par ce cinéaste visiblement ravi de partager sa vision. A cela s’ajoute une nouvelle contribution de René Manzor, au commentaire audio cette fois, dans lequel le réalisateur aborde chaque scène sous un angle un plus technique, mais pas moins passionnant.
Un module fait intervenir Alain Musy, qui a bien grandit depuis le film. Devenu producteur en effets spéciaux aux Etats-Unis (Avatar, Gravity…), le jeune homme garde un regard bienveillant sur cette expérience particulière, et fourni nombre d’anecdotes au sujet du tournage. Des images d’archives du tournage complètent l’interactivité, au côté de petits modules plaisants : une galerie photos, un comparatif Film/Storyboard, les bande-annonces française, américaine et italienne, le clip de Bonnie Tyler « Merry Christmas », réalisé par Manzor. Pièce de choix, l’excellent court-métrage d’animation « Synapses » figure également au programme. Seule la double intervention d’Alain Schlockoff (rédacteur en chef de L’Ecran Fantastique) et de Jérôme Pham Van Bouvier, qui reviennent sur l’accueil du film par la critique et la place du film de genre en France, sont un ton en-dessous en termes de pertinence.

(4 commentaires)

    1. Personnellement, j’ai été très déçu. Les intentions de René Manzor sont, là, indéniablement, on ne peut pas lui retirer sa sincérité, mais la concrétisation à l’écran est tout de même laborieuse… C’est fort dommage. Je t’encourage à le visionner quand même 😉 Et à découvrir les bonus, très intéressant. Comme d’habitude chez le matou 😉

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s