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[Be Kind Rewind] COMME DES CHIENS ENRAGES de Mario Imperoli (1976)

A la faveur d'une édition HD techniquement irréprochable, Le Chat qui fume accorde la visibilité qu'il mérite à COMME DES CHIENS ENRAGES, polar italien des années 70 signé Mario Imperoli, alliant violence, érotisme et discours social plutôt pertinent.

Avec Comme des chiens enragés, Mario Imperoli réalise en 1976 un pur poliziottesco, polar bis italien brutal alors très vogue dans les années 70-80. Le cinéaste, à la carrière plutôt courte (8 films de 1972 à 1977) et jusqu’alors plutôt spécialisé dans la bande érotique, apporte sa pierre à l’édifice du poliziottesco, avec cette histoire tirée d’un fait divers sordide, relatant l’odyssée sanglante d’une bande de jeunes bourgeois trompant l’ennui par la violence. Le film se montre particulièrement généreux dans sa représentation à l’écran de la violence et de l’érotisme, soit, tout ce qu’on peut attendre d’une série B. Il remplit son cahier des charges du polar brutal et presque malsain, avec un rythme soutenu et une réalisation dans un style brut, qui n’est pourtant pas dénuée de maîtrise et de précision, se montrant par instants même très inspirée. De ce point de vue, Comme des chiens enragés est une excellente surprise. Mais sous ses airs de film d’exploitation un peu racoleur, on ne peut dissocier sa forme de sa forte imprégnation du contexte social de son époque.

Les bourgeois dans le viseur

Comme des chiens enragés prend place dans une Italie des 70’s marquée par la crise politique, la contestation sociale et la violence des années de plomb. Un contexte qui infuse le film tout du long, le cinéaste, également co-scénariste, prenant soin de parsemer ses dialogues de références à une période des plus troublée. Dans Comme des chiens enragés, la violence est partout, les basculements dans l’agressivité sont légions. Ses braqueurs masqués peuvent être dans un premier temps présentés comme la conséquence de cette précarité qui les conduirait à passer à l’action de manière désespérée pour justifier leurs actes (avoir de quoi payer la nourriture, l’essence, le désespoir d’une veuve qui se suicide…). Fausse piste… Lorsque leur otage se réveille dans une immense demeure aux couloirs et pièces labyrinthiques, on découvre que l’un des braqueurs est fils d’un riche industriel… Une révélation qui pointe plus précisément le projet du réalisateur. Mario Imperoli scrute la violence par le prisme du microcosme bourgeois, en dressant un portrait au vitriol d’une jeunesse dorée et insouciante qui s’ennuie ferme dans les distractions que lui imposent sa condition, sa richesse et son pouvoir. N’affichant aucune limite, elle cherche à en expérimenter toutes les dérives, pour l’adrénaline qu’elles procurent. Aux yeux de Tony, Rico et Silvia, l’acte de tuer devient autant une expérimentation, qu’une distraction et une provocation. Le sexe y est placé à la même enseigne, l’acte sexuel est montré ici comme très libéré, tant chez les malfaiteurs que chez les forces de l’ordre, où tout le monde couche avec tout le monde, toutes générations confondues, ce qui donne à Mario Imperoli l’opportunité de filmer quelques scènes érotiques, dans lesquelles le réalisateur excelle.

« Les sentiments ne comptent pas »

Le conflit des générations, ou plutôt l’absence de conflit, achetée virtuellement par l’argent et le pouvoir, est au cœur du film. Hold-up, braquage d’un notaire, puis assassinat d’une otage, d’une prostituée, d’un couple homosexuel, l’escalade des méfaits des trois jeunes est réelle et atteint toutes les strates de la société italienne. Au passage, l’ultime transgression, celle de s’attaquer au père en dérobant l’argent qu’il fait convoyer jusqu’en Suisse, n’est pas présentée comme la plus brutale. Mario Imperoli pose ici un regard acéré sur une bourgeoisie autosatisfaite, qui se complaît de la performance et fait de la victoire une religion, faisant fi de toute morale et sens social. « Si tu gagnes, tu es au-dessus de tout principe » explique le riche industriel à son fils, lui donnant l’illusion qu’il dispose de tous les droits. Jusqu’aux pires dérives. « La vie est dure, les sentiments ne comptent pas ». Le message est clair ! Des leçons qui trouvent un écho démesuré dans l’esprit malade du fils et de ses deux compères.
Des anges exterminateurs dont l’odyssée sauvage ne peut que s’achever dans un bain de sang. Et comme un symbole, c’est une manifestation du peuple qui stoppera de la pire manière cette trajectoire qui n’est pas sans évoquer Rabid Dogs de Mario Bava (1974) et Orange Mécanique de Stanley Kubrick (1971). Sans atteindre l’excellence de ses modèles, Mario Imperoli livre avec Comme des chiens enragés, un polar très brutal et efficace, plus signifiant qu’il en a l’air.


COMME DES CHIENS ENRAGÉS
Mario Imperoli (Italie – 1976)

Genre Policier – Interprétation Jean-Pierre Sabagh, Annarita Grapputo, Paola Senatore, Cesare Barro, Luis La Torre… – Musique Mario Molino – Durée 98 minutes. Distribué par Le Chat qui fume (19 novembre 2018).

L’histoire: Dans la Rome des années 1970, trois amis, Tony, Rico et Silvia, surmontent leur ennui en laissant libre cours à leurs bas instincts. Braquages, torture, viols et meurtres constituent leur quotidien, tandis que le commissaire Muzi et sa collègue Germana cherchent à les démasquer. Tony, le cerveau de la bande, est le fils d’un homme riche et influent, lui-même corrompu. Se croyant intouchables, le jeune homme et ses complices sont entraînés dans une spirale infernale à laquelle seul Muzi pourra mettre un terme.


L’édition du Chat qui fume

Technique : ★★★★☆
Bonus : ★★☆☆☆

Avec Comme des Chiens enragés, Le Chat qui fume rend véritablement ses lettres de noblesse au film de Mario Imperoli. Pas certain qu’un autre éditeur se penche sur le film avant longtemps. L’initiative est donc d’autant plus intéressante qu’elle permet de découvrir le film (en version intégrale) dans des conditions, une fois de plus, optimales.
L’image haute définition, extrêmement propre, traduit un travail de restauration évident, couleurs, piqué, contrastes, grain sont restitués avec soin et viennent par la même occasion, souligner l’excellent travail sur l’image et la photo du film. La piste son italienne en DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle pour sa part d’excellente qualité.
Niveau interactivité, l’éditeur, une fois n’est pas coutume, s’est limité à un seul module d’une trentaine de minutes « Pas de quoi pleurer », une rencontre avec l’assistant réalisateur Claudio Bernabei qui évoque ses souvenirs du tournage du film, ses rapports avec le réalisateur Mario Imperoli, qu’il avait en très grande estime, mais aussi comment il a appris le métier en accéléré au contact de l’inévitable Joe D’Amato. Il explique comment, né comme une série B, le film est devenu cette critique acerbe de la jeunesse bourgeoise et rebelle, inspiré d’un sordide fait divers romain, qu’il évoque largement. Parmi les anecdotes que l’assistant réalisateur révèle, on peut relever comment l’impressionnante course poursuite en voitures qui clôt le film a été filmée en trafic réel, sans qu’aucune rue n’ait été bloquée.

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