[Be Kind Rewind] LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES de Pierre B. Reinhard (1987)

L’éditeur Le Chat qui fume poursuit son entreprise de défrichage et de restauration du patrimoine cinématographique Bis. Avec La Revanche des mortes-vivantes, ce n’est pas un classique salué par l’ensemble des cinéphiles que l’éditeur exhume. Loin de là ! On est en présence d’une proposition de film de genre français des années 80. Pas la plus célèbre, ni la plus respectée. Et pourtant… A la vision du film de Pierre B. Reinhard, c’est une évidence : le choix de sortir cette pépite du Bis à la française dans une superbe édition HD apparaît comme logique. Explications…
A l’image des productions Eurociné (Le Lac des Morts-vivants pour n’en citer qu’un…), le cinéma d’exploitation français des années 80 n’a jamais eu réellement bonne presse. Ni à l’époque, ni aujourd’hui. On se souvient de films de genre pour le mieux naïfs, pour le pire complètement ratés. Attention néanmoins aux souvenirs et autres qu’en dira-t-on trompeurs. Car le temps fait son oeuvre. La Revanche des mortes-vivantes en est un éclatant exemple. Le film de Pierre B. Reinhard, modeste réalisateur de films érotiques/hard qui dit détester le genre horrifique, est un condensé de défauts cinématographiques : mise en scène hésitante et éclairages télévisuels, interprétation à côté de la plaque (un casting fait de starlettes venant du X), montage à la serpe… De manière pragmatique, rien n’est à sauver techniquement parlant de ce film. Pourtant, à sa vision aujourd’hui, on peut être emporté par son charme, probablement lié à l’attachement rétro, à la nostalgie d’une époque passée au cours de laquelle, même si les motivations financières existaient évidemment, l’entreprise de réaliser un film d’horreur, s’appuyant sur des zombies venant boulotter les vivants, était un acte courageux et, quoi qu’en disent les producteurs/financeurs, une incontestable démonstration d’envie et de motivation.

Nostalgie quand tu nous tiens…

La Revanche des mortes-vivantes constitue également une approche du film de zombie encore bien naïve mais ô combien enthousiasmante, notamment au regard des ribambelles de films et dérivés disponibles depuis. Car s’il est bardé de problèmes, le film peut malgré tout revendiquer quelques plans furieusement emblématiques. Le réalisateur, entre deux œillades sur les corps dénudés de ses comédiennes, prend visiblement un certain plaisir à filmer ses revenantes sortir de leur tombeau et épier leurs victimes dans des clairs obscurs évocateurs. Et puis, il y a les maquillages du regretté Benoît Lestang, spécialiste français des effets spéciaux qui, à l’époque, n’avait pas toute latitude financière pour proposer des zombies criants de vérité. Mais ses masques, ses fausses mains décharnées (une paire seulement pour trois cadavres, budget oblige), et surtout les quelques effets gores (dont un sabre enfoncé dans un vagin et un fœtus du meilleur goût) sortent le film du lot. D’autant que le scénario (coécrit d’ailleurs par Jess Franco) se relève les manches avec une intrigue qui vaut ce qu’elle vaut, mais avec son histoire de machination industrielle, est force de proposition. Tout comme le twist final, assez gonflé au demeurant, vient démontrer un certain aplomb des concepteurs d’un film bien plus fréquentable (toutes proportions gardées) qu’on voudrait bien le dire.
Ce sont toutes ces petites choses qui font que le geste d’un éditeur comme Le Chat qui fume de mettre des moyens dans la restauration et la résurrection d’un tel film apparaît comme un acte militant autant qu’une preuve d’un réel intérêt patrimonial pour le cinéma Bis. Si La Revanche des mortes-vivantes est défigurée par ses défauts, le recul nous fait découvrir à quel point sa place dans le cinéma français et le film de genre est bien réelle et indéniable. Comme quoi, le temps fait parfois bien les choses. Et c’est c’est ce que l’on voudra retenir en premier lieu.


LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES
Pierre B. Reinhard (France – 1987)

(Pour la nostalgie…)

Genre Horreur – Interprétation Véronique Catanzaro, Kathryn Charly, Sylvie Novak, Anthea Wyler, Patrick Guillemin… – Musique Christopher Ried – Durée 82 minutes. Edité par Le Chat qui fume (19 mars 2019).

L’histoire : Sur une route de campagne, en France, un motard suit un camion-citerne transportant du lait et profite de l’arrêt du véhicule pour introduire un produit toxique dans la cuve. Plus tard, dans un village avoisinant, une future mariée s’effondre après avoir bu un verre de lait. Une mort violente que suivent de près celles de deux autres jeunes femmes dans un bar. Point commun reliant les victimes : toutes trois travaillaient dans une usine d’engrais agricoles. Tandis que les soupçons se portent vers son directeur, les trois victimes sortent de leur tombe à la nuit tombée ! 


L’édition du Chat qui fume

Technique : ★★★☆☆
Interactivité : ★★★★★

Technique
L’image du film n’est pas la plus belle qu’on ait vu dans les éditions du Chat qui fume, ce qui n’est pas, pour autant, signe de mauvaise qualité, loin de là. Car si l’on excepte quelques griffures et autres défauts, quelques contrastes un peu légers dans les scènes de nuit, le grain et la texture de l’image sont bien présents et restitués dans des conditions idéales pour le film.
Côté son, on remarque déjà que, tant dans la version française que son homologue anglaise, c’est post-synchronisation à tous les étages. Mais rien à redire sur la qualité de l’ensemble.

Interactivité
Pas mal de choses à se mettre sous la dent dans cette très belle édition. Dans « La Revanche de Pierre B. Reinhard » (26′), le réalisateur revient sur son parcours, et livre quelques anecdotes sur un tournage effectué dans des conditions difficiles, sur les maquillages, les démêlés avec la censure, il évoque les difficultés du cinéma X au début des années 80 et la mutation vers le numérique.
Puis, l’interactivité se recentre essentiellement vers l’un des grands artisans du film : le maquilleur Benoît Lestang, disparu en 2008. Il apparaît au côté du producteur Jean-Claude Roy, dans « Retour sur la Revanche » (17′), reprise d’un entretien datant de 2005. Les deux hommes évoquent leur rencontre, le cinéma bis français des années 80, l’influence du théâtre du Grand Guignol. Jean-Claude Roy confirme que la priorité budgétaire sur le projet était concentrée sur les effets spéciaux et non sur la qualité des comédiens. Lestang revient quant à lui sur sa passion pour le cinéma d’horreur et certains effets spéciaux du film, notamment le faux bébé. Troublant de constater comment le maquilleur, au demeurant extrêmement drôle, parle énormément de la mort, même sur un ton décalé.
Puis, c’est au tour du journaliste Christophe Lemaire (Starfix, Mad Movies) d’évoquer le souvenir de Benoît Lestang (33′), un ami de longue date. Leur rencontre, les premiers essais de maquillage, le statut de précurseur dans le domaine en France, ses contributions pour des pubs et des clips, le tout en travaillant toujours dans la cave de ses parents. Ses collaborations avec Franck Henenlotter pour Brain Damaged, Tobe Hooper pour Lifeforce ou encore Christophe Gans sur Le Pacte des Loups et son ami Pascal Laugier sur Martyrs, l’aboutissement de sa carrière avant sa disparition. Une interview de Benoît Lestang datant de 2008 (15′) complète cet hommage où l’artiste présente quelques unes de ses créations dans son atelier et évoque son métier, ses techniques de travail et ses envies de mise en scène.
Pour terminer, notons la présence d’un livret de quatre pages rédigé par Christophe Lemaire, un court et amusant trailer avant la diffusion du film sur CinéFX et surtout, la présence d’un CD de la bande-originale du film (42mn30). Pour une oeuvre jugée mineure, on tient là une édition que l’on pourra raisonnablement considérer comme définitive.



Catégories :Be Kind rewind, En Vidéo, Moyen

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