[Be Kind Rewind] TRAUMA de Dan Curtis (1976)

Revisiter le film de maison hanté n’est pas un exercice aisé. Tout au moins quand on essaie de le faire avec le minimum de rigueur syndicale. La paresse et la facilité peuvent pousser à s’engager dans les codes les plus éprouvés du genre, quitte à les user plus que nécessaire… Alors que La Maison du Diable de Robert Wise avait, dès 1963, posé les bases de l’oeuvre quasi-ultime dans le genre, le sujet n’a eu de cesse de nourrir l’intérêt et la curiosité du cinéma d’horreur, avec des succès souvent mitigés : La Maison des Damnés de John Hough (1973), Amityville : La Maison du Diable de Stuart Rosenberg (1979) et son innombrable et irrégulière descendance, Les Autres d’Alejandro Amenabar (2001) et autres Paranormal Activity d’Oren peli (2009)… La liste est longue comme le bras. Il existe pour autant des œuvres moins célèbres et qui ont pourtant déjà su prendre le recul nécessaire pour se démarquer. Trauma de Dan Curtis, sortie en 1976, est l’un des dignes représentants d’un genre trop souvent malmené.
Après avoir pas mal vadrouillé entre les mains de différents réalisateurs (Bob Fosse notamment) le scénario de Trauma (Burnt Offerings en VO), rédigé par Robert Marasco (qui en tirera un roman Notre vénérée chérie, succès en librairie avant même que le film ne sorte), atterrit dans l’escarcelle de Dan Curtis, réalisateur réputé pour avoir principalement œuvré à la télévision dans le domaine du fantastique et dont la création la plus célèbre reste le soap-opéra gothique Dark Shadows. Avec l’aide d’un de ses collaborateurs attitrés, le scénariste William F. Nolan, Curtis entreprend de réécrire le scénario, développant l’aspect psychologique et perturbant du matériau de base, bouleversant également tout le final du roman, pour livrer un film horrifique saisissant à plus d’un titre.

Vampire psychique

Véritable sommet d’angoisse et de tension, Trauma reste une oeuvre marquante par son approche particulière du genre. Extrêmement mature et précis dans sa représentation de la déliquescence d’une cellule familiale, le film de Dan Curtis ne cherche pas à s’aventurer du côté du divertissement horrifique. Bien au contraire, Trauma prend ses distances avec l’épouvante premier degré et ne cherche pas à amuser ou à flatter l’audience, mais se veut une peinture représentant au plus juste les dysfonctionnements d’une famille. Le film est d’ailleurs clairement à ranger au côté du Shining de Stanley Kubrick, sorti quatre ans plus tard et avec lequel il entretient des liens étroits (tout comme le roman de Stephen King), puisqu’on y suit le couple Rolfe, entouré de son fils David et de la vieille tante Elisabeth, parti s’installer le temps d’un été dans une superbe demeure victorienne. Un séjour qui s’annonce sous les meilleures auspices dans un endroit à tous point de vue idyllique. Une seule contrepartie : s’occuper de la maison et surtout de madame Allardyce, une vieille femme reclue et littéralement cloîtrée dans sa chambre. C’est cette présence dissimulée qui livre tout son potentiel de mystère et d’angoisse et qui ne cesse de hanter les protagonistes et le film. Car la menace qui plane sur les nouveaux occupants de la maison tient autant au mystère de la chambre fermée à double tours, à laquelle seule la mère de famille accède, qu’à la demeure en elle-même, très vite présentée comme un personnage à part entière et révélant progressivement sa nature de vampire psychique, pompant la vitalité et la santé mentale de ses occupants.

L’art de la suggestion

La lente montée en tension orchestrée par Dan Curtis est l’atout majeur de Trauma. Son ADN. Le film déroule un rythme lent, dépourvu d’élément fantastique graphique saugrenu (pas de jump-scare intempestif), juste une inéluctable spirale qui va progressivement enserrer, puis ensevelir la famille Rolfe, dans une atmosphère de plus en plus étouffante. Le père est peu à peu poursuivi par des cauchemars relevant d’un traumatisme de l’enfance, personnifié par un inquiétant chauffeur de corbillard, alors que sa soif de sexe lui fait perdre la raison… De son côté, la mère développe un lien d’attirance et de fascination dangereux avec Madame Allardyce, l’occupante invisible de la chambre. Les comédiens Karen Black (qui a porté le projet du film) et Oliver Reed, immenses au côté de l’inquiétante Bette Davis, ne sont pas pour rien dans la réussite de Trauma.
Avec un art consommé du suspense et de la suggestion (une fenêtre éclairée dans la nuit devient terrifiante), Dan Curtis et son scénariste William F. Nolan font basculer le film dans la folie, jusqu’à un dénouement à la fois nihiliste et inexorable, livrant un plan terrifiant provoquant une sensation de terreur similaire à l’ultime image de Ne Vous retournez pas de Nicolas Roeg. C’est dire le niveau d’excellence de ce Trauma, oeuvre quasi-invisible devenue un classique du genre absolument incontournable.

⭐⭐⭐⭐⭐

TRAUMA
Dan Curtis (USA/Italie – 1976)
Genre Fantastique – Avec Karen Black, Oliver Reed, Burgess Meredith, Eileen Heckart, Lee Montgomery, Bette Davis, Anthony James… – Musique Bob Cobert – Durée 115 minutes. Distribué par Rimini Editions (8 novembre 2019).

Synopsis : La famille Rolf emménage pour les vacances dans une immense demeure victorienne, dont les propriétaires n’exigent aucun loyer. Ils leur imposent uniquement de s’occuper de leur vieille mère, une femme mystérieuse qui ne quitte jamais sa chambre située sous les combles. Très vite, des événements étranges surviennent dans la demeure.

L’édition de Rimini

Technique

⭐⭐⭐⭐

Trauma a eu une carrière pour le moins chaotique en France. Privé de sortie en salles, il s’est trouvé basardé en VHS dans une version incomplète. Rimini propose donc un véritable cadeau aux cinéphiles longtemps privés du film, avec cette édition HD permettant de découvrir le film de Dan Curtis dans de très bonnes conditions. Si l’image, volontairement granuleuse, ne présente pas la définition la plus éclatante jamais vu sur le support pour un film de cet âge, elle n’en reste pas moins extrêmement correcte et incontournable. Quelques rares imperfections ont résisté au nettoyage, mais l’ensemble fait largement le job, avec une mention aux couleurs et aux contrastes très marqués, qui font tout le charme du film.
Côté son, la version originale en DTS HD Master Audio 2.0 est à préférer à la version française, d’une qualité très faible. La piste anglaise bénéficie d’un équilibre bien meilleur et d’une dynamique affirmée qui permet d’apprécier l’écoute avec un très bel équilibre des dialogues et des autres sources sonores, malgré un léger souffle qui ne vient en rien gâcher l’expérience.

Interactivité

⭐⭐⭐⭐

Comme à son habitude, Rimini ajoute à son édition un livret de 24 pages rédigé par Marc Toullec (Mad Movies), qui revient par le menu sur la genèse et la conception du film, en incluant les propos des différents acteurs liés au projet.
Les bonus sont quant à eux constitués de trois entretiens très intéressants avec les comédiens Anthony James (18′), l’inquiétant chauffeur de corbillard au physique si particulier, Lee Montgomery (17′), l’enfant ayant bien grandi, ainsi qu’une interview du scénariste William F. Nolan (13′). Une bande-annonce d’époque complète les suppléments. Du solide !



Catégories :Be Kind rewind, En Vidéo, Films, Très Bon

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1 réponse

  1. Un des plus grands films du genre EVER !!!
    J’ai acheté ce blu Ray mais pas encore revu.

    Aimé par 1 personne

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