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[Be Kind Rewind] LE VOYAGE DES DAMNÉS de Stuart Rosenberg (1976)

Entre le téléfilm de luxe, le film chorale au casting XXL et le drame historique, LE VOYAGE DES DAMNES de Stuart Rosenberg se cherche et finit par se perdre, trop sage et engoncé dans une forme qui annihile les émotions...

Dérivé du film catastrophe bâti sur un épisode historique et authentique ayant eu lieu à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, Le Voyage des Damnés de Stuart Rosenberg est un téléfilm de luxe au casting XXL mais pas démangé par l’inspiration… Drôle de film que ce Voyage des Damnés, superproduction sortie en 1976 et garnie d’un casting absolument dément de stars internationales. Une brochette d’acteurs à la fois prestigieux, confirmés, vieilles gloires ou en devenir (en vrac Faye Dunaway, Max von Sydow, Orson Welles, Malcolm McDowell, Ben Gazzara, James Mason, Oskar Werner, Jonathan Price…), pour un mélange totalement éclaté. Un film chorale qui se rapproche du genre du “film catastrophe” dans lequel un panel d’individus d’horizons différents se voient confrontés à un événement tragique. Basé sur des faits authentiques, Le Voyage des Damnés est le récit d’un épisode assez terrible de l’Histoire, à quelques heures du début de la Seconde Guerre Mondiale, le transport sur le paquebot de croisière SS Saint-Louis, de 937 réfugiés juifs quittant l’Allemagne nazie pour rejoindre La Havane. Une destination de fuite en avant et d’une survie hypothétique pour ces personnes condamnées à finir leur existence dans les camps. Mais un camouflet d’autant plus douloureux face au refus des autorités cubaines, puis américaines, avant les longues hésitations anglaise, belge et française, de laisser débarquer les réfugiés sur leur sol, annonçant un retour en Allemagne synonyme de mort certaine. A travers cet incroyable récit, le pitch du film de Stuart Rosenberg laisse entrevoir un large panel de sentiments et de positions morales, qui nous renvoie à l’actualité géopolitique immédiate des réfugiés quittant l’enfer pour ne trouver asile dans aucun pays. 

Sans retour

Le réalisateur de Luke la main froide peine néanmoins à tirer parti d’un sujet aussi fort. Alors qu’on l’a connu bien plus inspiré (Brubaker), le cinéaste propose avec ce film un cinéma poussif et sans grande ambition. Que ce soit au niveau formel, avec une mise en images fonctionnelle et illustrative, académique au possible, aux allures de téléfilm de luxe, ou dans sa longueur inutile, plus de 2h30 (d’autres montages plus longs existeraient), ce Voyage des Damnés a les pires difficultés à convaincre. Pas aidé non plus, il faut le reconnaître, par une direction d’acteurs et un jeu des comédiens très inégaux. Si Max von Sydow, Malcolm McDowell ou Ben Gazzara sont convaincants, certaines stars sont en roue libre ou très sous-exploités (Orson Welles qui vient clairement cachetonner). Le plus problématique étant que la puissance du sujet se retrouve ici engoncée et contrainte dans un schéma cinématographique étriqué, qui phagocyte littéralement les émotions, que l’on était pourtant en droit d’attendre vu le potentiel de l’intrigue. La disparition de certains personnages, cruelle et d’une tristesse insondable sur le papier, se heurte ici autant à une mise en scène trop plan-plan qui annihile toute portée émotionnelle, qu’au jeu outrancier des comédiens.
Pour autant, le film finit néanmoins par toucher quelque peu alors qu’il s’embarque vers sa conclusion, avec une scène de mutinerie désespérée et des personnages aux convictions fortes et affirmées (le capitaine du navire). Le sort poignant de ces 937 réfugiés, dans un premier temps acquis à la cause de ce voyage vers un futur envisageable, donne lieu à quelques scènes qui restent à l’esprit, ces séquences de bal masqué, de danse où règne une certaine insouciance (à moins que les passagers ne se voilent volontairement la face) donnant un sentiment d’incongruité, de décalage face aux événements. Des moments en suspension qui restent malheureusement trop rares au sein d’une superproduction trop engoncée dans son glamour apparent et dans sa forme trop conventionnelle pour laisser éclore l’émotion sous-jacente de son sujet.

Note : 2 sur 5.
LE VOYAGE DES DAMNÉS
Stuart Rosenberg (Royaume Uni – 1976)
Genre Drame historique (aux frontières du fantastique) – Avec Faye Dunaway, Max von Sydow, Orson Welles, Malcolm McDowell, Ben Gazzara, James Mason, Oskar Werner, Lee Grant… – Musique Lalo Schifrin – Durée 158 minutes. Distribué par Elephant Films (29 octobre 2019).

Synopsis : 1939, le SS Saint Louis quitte Hambourg pour Cuba avec à bord 937 réfugiés juifs. Ni Cuba, ni les Etats-Unis ne veulent les accueillir. Contraint de faire demi-tour, les officiers américains reçoivent une lettre signée de la main de plus de 200 juifs : s’ils ne trouvent pas refuge quelque part, ils menacent de collectivement mettre fin à leur jour.

L’édition Blu-Ray d’ELEPHANT FILMS

Technique

Note : 3 sur 5.

L’image est globalement assez bonne, même si la qualité se révèle en dents de scie. Très instable par moments, dans les premières scènes notamment, elle reste bardée de poussières et autres défauts de temps à autre. Pour autant, le travail de restauration reste évident et la copie est suffisamment nettoyée pour donner à voir de belles couleurs, des contrastes assez bien gérés et la présence d’un grain agréable. Une image très 70’s qui garde ses particularités tout en ayant subi une cure de jouvence.
Les deux pistes en DTS Master Audio 2.0 sont très convenables, avec doublage d’époque pour la VF. Les dialogues sont clairs et la musique de Lalo Schifrin plutôt bien mise en avant.

Interactivité

Note : 2.5 sur 5.

Un documentaire de 13 minutes signé Julien Comelli et Erwan Le Gac évoque différents aspects du film, revient essentiellement sur les principaux acteurs de l’impressionnant casting, replace le projet dans la filmographie du réalisateur Stuart Rosenberg, après deux polars et avant Amityville, et rappelle que le film n’a pas été un gros succès à sa sortie. A cela s’ajoute une bande-annonce d’époque en 4/3 et doublage français, qui vaut essentiellement pour le charme de l’exercice dans les 70’s. Enfin, une galerie de photos présente des clichés de tournage et des visuels d’exploitation du film.

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