[Critique] WARNING : DO NOT PLAY de Kim Jin-won

Warning : Do Not Play est le second long-métrage du réalisateur sud coréen Kim Jin-won après The Butcher en 2007, film indépendant baignant dans le milieu du snuff movie. Pour ce second essai, le cinéaste ne change pas réellement son fusil d’épaule, puisqu’il est à nouveau question des arcanes de la fabrication d’un film, où l’on suit une jeune réalisatrice en quête d’un sujet fort. Et là encore, l’envers du décor sert de trame à l’intrigue, puisque la jeune femme se retrouve à enquêter sur un potentiel film maudit, qui aurait été tourné par un fantôme… Kim Jin-won s’amuse à éplucher progressivement sa légende urbaine, tout en prenant soin de l’inclure dans une réalité tangible, où de jeunes étudiants en cinéma évoquent leur goût pour Christopher Nolan, les festivals de film d’horreur… Aucune mention n’est faite à Ring bizarrement. Alors que de toute évidence, Warning : Do Not Play est l’un de ses nombreux descendants et que l’influence du film d’Hideo Nakata, qui plane tel un fantôme au-dessus de celui de Kim Jin-won, était attendu au moins dans la citation histoire de développer l’aspect méta du film. L’idée de la contagion du mal par l’image et de la contamination du réel par la fiction sont au centre du film. Les niveaux de réalité et les strates temporelles se superposent et s’entrecroisent. On n’échappe pas à la grosse ficelle de la mise en abîme du scénario écrit par la réalisatrice qui la met en scène elle-même et des éléments qui surgissent dans le réel, dans un jeu de poupées russes un peu facile et harassant à la longue… 

Ça se décoince !

Fort heureusement, Warning : Do Not Play et son réalisateur sont plutôt du genre à aller au bout de leurs idées. Tant mieux ! Ainsi, l’opération séduction opère nettement plus lorsque l’héroïne se rend dans l’ancien cinéma réputé hanté où le film maudit aurait été tourné. Son exploration du lieu, lugubre à souhait, associe les différentes réalités, jusqu’à les mélanger au sein d’une même scène ou d’un même plan. Une idée intéressante et assez adroitement concrétisée à l’écran, qui ne prend forme que dans la dernière partie du film, véritable plongée dans l’horreur, où l’ambiance glauque et les représentations horrifiques et gores lâchent la bride. Le climax, bien qu’un peu confus comme l’ensemble de l’intrigue, offre à l’amateur le frisson morbide attendu. Enfin ! Car le film prend son temps de développer jusque là une enquête assez peu passionnante et surtout déjà vue mille fois (on retrouve les concepts de Ring et consorts) à base d’images maudites cachées agissant comme une malédiction. Ici, le film (dans le film) en question doit être extrait d’un disque dur. Malgré un scénario un peu trop confus et peut-être trop conscient de ses effets, un aspect général plutôt classique, Warning : Do Not Play parvient néanmoins à distiller quelques scènes de flippe assez bienvenues, fonctionnant sur les inévitables jump-scares, mais surtout en parvenant in-fine dans son ultime partie, à créer un climat malsain, voire dérangeant qui provoque un léger picotement dans la nuque. Bon signe. C’est ce que l’on retiendra en premier lieu de ce petit film d’horreur sud coréen à la personnalité pas assez affirmée mais à l’efficacité indéniable.

Note : 3 sur 5.
WARNING : DO NOT PLAY
Kim Jin-won (Corée du Sud – 2019)
Genre Horreur – Avec Seo Ye-Ji, Jin Seon-Kyu, Kim Bo-ra… – Musique Park Ki-heon – Durée 83 minutes. Distribué par Wild Side (6 mai 2020 en VOD/24 juin 2020 en DVD et Blu-ray).

Synopsis : Une réalisatrice de film d’horreur en devenir est à la recherche du sujet de son premier film. Quand un de ses amis lui apprend l’existence supposée d’un film tourné par un fantôme, elle est immédiatement fascinée. Plongée dans ses recherches, elle écrit un scénario qui la met en scène sur les traces de cet étrange film. 

Article de Nicolas Mouchel

Scribouillard créateur d'Obsession B.
Journaliste en presse écrite et passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.

Contact : niko.mouchel@gmail.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Three Mothers Films

Si vous n'aimez pas mes films, ne les regardez pas - Dario Argento

CritiKs MoviZ

Critiques de films ...

LA FOUTOIROTHÈQUE

Collection cinéphagique en forme de boxon

Sweet Judas

Le blog qu'on sait pas trop de quoi il parle, mais qu'il est vachement beau.

A Sad Picture Of A Red Sky

Un blog où je vous parlerais de mes passions, le cinéma, la musique, les romans, les comics/BD, les séries TV et qui sait, un jour peut-être je vous parlerais de l’Univers A Sad Picture Of A Red Sky et de mes romans ;) En attendant bonne lecture, bon visionnage et bonne écoute ! D.A.G. //// A blog about movies, music, novels, comics, TV-shows and maybe one day I will talk to you about A Sad Picture Of A Red Sky Universe. Meanwhile, have a good reading, viewing and listening ;) D.A.G.

Le blog de la revue de cinéma Versus

Films de genre & grands classiques

Mauvais Genre

par amour pour le cinéma de genre

Boires et Déboires d'un Zéro Masqué

Beaucoup de cinéma, un zeste de littérature, une cuillerée de sport et d'actualité et un tantinet d'histoires du quotidien d'un zéro.

Les Chroniques de Cliffhanger & Co

Actualités cinéma et séries tv : Critiques, news, analyses...

%d blogueurs aiment cette page :