[Critique] VOYAGERS de Neil Burger

Born to be Alive

Voyagers, nouveau film de Neil Burger, est sorti le 26 mai 2021 en France quelque peu en catimini, sans réellement déchaîner les passions, c’est le moins qu’on puisse dire. Pourtant, force est de constater que le contexte sanitaire du pays trouve écho au sein de cette histoire se basant sur un constat pour le moins pessimiste : un groupe de jeunes gens est envoyé dans l’espace dans le but de découvrir une planète susceptible d’accueillir la race humaine. La fin d’une ère, le début d’une autre, et entre deux, pas mal d’interrogations pour les protagonistes de ce microcosme enfermé dans un vaisseau spatial, appareil technologique destiné à les faire évoluer comme il faut, sans que rien ne dépasse et ne vienne compromettre la mission. Ou en tout cas, comme on aura décidé pour eux qu’ils évoluent. La nuance est de taille. Ces ados conçus et suivis expressément dans l’optique de participer à cette expédition dans l’inconnu, doivent arriver à bon port sous la forme la plus pure qui soit, soit délestés des comportements qui ont pu mener à l’extinction de la Terre. Une mini-société en vase clos où les contacts physiques et les interactions sont très limités. En clair, rien qui ne puisse entraîner de la rancœur ou de la violence, pas d’attirance ni de sentiments amoureux et encore moins d’actes sexuels. Des pages blanches sur lesquelles le futur de la race humaine compte pour repartir sur de bonnes bases et perpétuer sa lignée. Et évidemment, c’est là que le bât blesse. Encadrés par un adulte interprété par Colin Farrell, deux d’entre eux découvrent qu’on les bride par l’intermédiaire d’une drogue destinée à « anesthésier » leurs pulsions. C’est le point de départ d’un dérapage XXL, avec questionnements sur l’identité et sur les raisons profondes du voyage, ainsi que la remise en cause des méthodes employées. Braver les interdits restant le meilleur moyen d’exister, Voyagers s’inscrit comme une nouvelle adaptation futuriste et non-officielle du célèbre roman Sa Majesté des mouches de William Golding.

Les lois de l’aseptisation

Aux manettes de ce thriller orienté Young Adult, Neil Burger qui a également imaginé et rédigé le scénario. Après un Illusionniste sortit malgré lui face au Prestige de Christopher Nolan, sur un thème similaire, le réalisateur américain n’a pas réellement convaincu avec son thriller Limitless, puis le premier opus de Divergente, mettant déjà en scène une aventure futuriste et fantastique avec de jeunes adultes. Dans Voyagers, Burger souhaite scruter la nature humaine, la notion de groupe dans un espace confiné et les interactions d’individus, qui plus est dans la fleur de l’âge et en proie à toutes les pulsions et tentations possibles. La perte d’un personnage principal constitue l’étincelle vers laquelle tout va se dérégler. C’est cette lente déliquescence des rapports humains que filme Neil Burger, au sein d’un décor aseptisé et clinique au possible. L’ennui, c’est que le cinéaste s’appuie visiblement volontairement sur des archétypes de personnages et de caractères, sur des rebondissements et ressorts qui, eux aussi, n’ont rien de bien novateurs pour permettre à sa démonstration de se développer. On peut comprendre cette approche puisque ce sont précisément ces archétypes que le cinéaste souhaite ausculter. Mais dès lors, c’est sans grande originalité que l’action se déploie, emmenée par Tye Sheridan et Lily-Rose Depp, jeune couple qui se découvre et tente de colmater les brèches qui s’ouvrent un peu partout dans les rapports sociaux, entraînant des conflits de plus en plus graves et violents. Malgré quelques belles idées de mise en scène (le couloir qui n’en finit pas dans lequel les protagonistes courent à grandes foulées) et une facture technique très soignée, Voyagers s’essouffle malheureusement très rapidement et se révèle même extrêmement prévisible, prisonnier qu’il est des contraintes de frilosité de production ne permettant pas de traiter correctement les débordements à l’écran, dans la démesure qu’un tel sujet réclamerait. La machine tourne alors à vide et peine à maintenir l’intérêt jusqu’à son dénouement. C’est dommage car Fionn Whitehead, déjà vu dans Dunkerque de Christopher Nolan, malgré ici un rôle caricatural, laisse entrevoir un réel potentiel.

Note : 2 sur 5.

VOYAGERS. De Neil Burger (USA/Royaume-Uni/République Tchèque/Roumanie – 2021).
Genre : Science-fiction. Scénario : Neil Burger. Interprétation : Tye Sheridan, Lily-Rose Depp, Fionn Whitehead, Colin Farrell, Madison Hu… Musique : Trevor Gureckis. Durée : 108 minutes. Disponible en DVD, Blu-Ray et VOD chez Universal Pictures France (25 août 2021).


L’édition Blu-ray d’UNIVERSAL PICTURES

TECHNIQUE. L’image offerte par cette édition Universal est d’une propreté et d’une précision à toutes épreuves. La photo et l’ambiance froides et cliniques du film sont excellement retranscrites, les noirs sont profonds et les contrastes très bien gérés. Côté sonore, on a droit à une piste anglaise en DTS HD Master audio 5.1, une française en DTS 5.1 et une italienne en 5.1.

Note : 4.5 sur 5.

INTERACTIVITE. L’éditeur propose une série de bonus revenant sur la conception du film. De courts modules survolant la plupart du temps une thématique chacun : « Compartiments cachés » : visitez le Humanitas, « Contre nature » : désapprendre la nature humaine, « Nés pour cette mission » : les acteurs de Voyagers, « À la surface » : le style visuel de Voyagers, « La survie du plus fort » : la physicalité de Voyagers. L’ensemble reste correct mais un peu trop académique et manquant sérieusement d’approfondissement. Un peu à l’image du film…

Note : 2.5 sur 5.

Retrouvez la fiche du film VOYAGERS sur le site Cinetrafic.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

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