[Critique] THE SWORDSMAN de Choi Jae-hoon

Le Bras de la Vengeance

Amateurs de wu xia pian, de chambara et autres films de sabre, voilà un film qui devrait vous faire du bien, pas vous retourner la tête, mais vous caresser suffisamment dans le sens du poil pour vous procurer un râle de plaisir… On quitte cependant la Chine et le Japon médiévaux pour la Corée du Sud. The Swordsman est un film d’action historique se situant en 1623 sous la dynastie Joseon, période mouvementée s’il en est… L’argument de base est on ne peut plus classique : afin de sauver sa fille adoptive Tae-Ok, enlevée par les hommes d’un membre de la famille impériale Qing, Tae-Yul, ancien guerrier émérite reprend l’épée qu’il avait abandonnée après la chute du roi Gwanghaegun… Premier long-métrage du réalisateur Choi Jae-hoon, The Swordsman est un pur film de sabre, dont l’intrigue mêle des enjeux resserrés autour d’une petite poignée de personnages, tout en s’inscrivant au sein de la grande Histoire, entre le destin d’une nation toute entière, avec ses jeux de pouvoirs et ses trahisons, et la trajectoire d’un homme seul, ancien combattant royal poussé à reprendre les armes. C’est ce-dernier qui occupe ici tout l’intérêt. On passera plus volontiers sur l’aspect « inspiré d’événements historiques », éléments un peu nébuleux venant complexifier une trame qui n’en méritait pas tant. Non, ce qui attire l’attention dans The Swordsman, c’est son ADN de films de sabre, avec les notions de vengeance et d’honneur inhérentes au genre. On l’a déjà dit, classique dans ses composantes comme dans son déroulé, le scénario ne viendra pas surprendre les connaisseurs de ce genre de productions. Ce n’est pas pour autant qu’il laissera indifférent tant sa facture technique s’avère digne d’intérêt…

La Lame infernale

Ce qu’on attend en premier lieu de ce genre de films, ce sont évidemment les scènes d’action. Ici, force est de reconnaître que les moments de bravoure sont remarquablement emballés. Particulièrement dynamiques, les scènes de combat, en un contre un ou seul face à une armée d’antagonistes, sont portées par une énergie qui restitue à merveille les affrontements, chorégraphiés avec précision, mais sans excès spectaculaires et irréalistes. Le réalisateur fait le choix payant d’une action continuellement lisible, à base de plans longs, de larges et amples mouvements d’appareil et d’un découpage laissant largement la place aux mouvements des comédiens dans le cadre. Une approche qui nous venge avec panache du surdécoupage syncopé… Le savoir-faire de Choi Jae-hoon et de son équipe technique est indéniable. D’autant qu’ils intègrent ces moments de fulgurance au sein d’un environnement et d’un univers qui n’oublie jamais d’être crédibles. Le film est par ailleurs porté par des comédiens charismatiques, à l’image de Jang Hyuk (Volcano High), qui interprète avec beaucoup de conviction et une présence physique indéniable le rôle-titre, personnage de guerrier taiseux, retiré des armes et de la violence suite à un combat ayant ma tourné et un honneur bafoué, afin d’élever sa fille (Kim Hyun-soo, impeccable) dans la forêt. Un corps tout en retenue, qui ne demande qu’à exploser et à virevolter le sabre à double lames à la main. Le personnage est par ailleurs marqué par des troubles de la vision, conséquences de son ultime fait d’arme, là encore, rien de bien original (Zatoichi, es-tu là ?) mais un handicap permettant de pimenter quelque peu les combats de la deuxième partie du film. A ce titre, et ce sera l’un des seuls bémols, l’ultime duel contre un antagoniste pourtant incarné par l’excellent Joe Taslim (The Raid), manque un peu de saveur et de folie, et s’avère peut-être un poil décevant dans sa fonction de climax tant attendu.
Pour autant, The Swordsman demeure au final une excellente surprise, bénéficiant d’une réalisation très soignée et distillant une énergie et une adrénaline bien réels. Dans The Swordsman, ça tabasse et ça le fait bien, c’est virtuoses par instants, ça sait être iconique quand il le faut et ça ne s’embarrasse pas d’éléments ou d’excroissances superflus. C’est tout ce que l’on attend d’un film de sabre. Le film de Choi Jae-hoon reste désespérément classique dans sa structure, mais il bénéficie d’une exécution remarquable, constituant ainsi l’un des meilleurs représentants du film de sabre coréen.

Note : 4 sur 5.

THE SWORDSMAN (Geomgaek). De Choi Jae-hoon (Corée du Sud – 2020).
Genre : Film d’action historique. Scénario : Choi Jae-hoon. Interprétation : Jang Hyuk, Kim Hyun-soo, Joe Taslim, Jung Man-sik… Durée : 100 minutes. Distribué en DVD, Blu-Ray, et VOD le 17 novembre 2021 par Program Store/M6 Vidéo (page Facebook et page Twitter).

L’édition Blu-Ray de M6 VIDEO

TECHNIQUE. Le Blu-ray est techniquement superbe, doté d’une définition imparable, d’une image lumineuse et très détaillée, aux belles couleurs et aux effets presque désaturés plutôt agréables à l’œil. Les pistes sons se révèlent elles aussi convaincantes, mais on se basera essentiellement sur la version originale, très dynamique dans un DTS-HD 5.1 qui permet aux dialogues de s’assurer une clarté sans faille et aux différents effets sonores une restitution percutante.

Note : 4.5 sur 5.

INTERACTIVITE. Là, en revanche, on n’arrive même pas dans le minimum syndical. Une bande-annonce et un segment ultra-court d’à peine deux minutes « Les Epées : En savoir plus » qui passe en revue de manière plus que sommaire les différentes armes blanches utilisées dans le film. Totalement inconséquent et donc anecdotique.

Note : 0.5 sur 5.

Retrouvez la fiche du film sur le site Cinetrafic.

Par Nicolas Mouchel

Journaliste et créateur d'Obsession B.
Passionné de cinéma de genre, particulièrement friand des œuvres de Brian De Palma, Roman Polanski, John Carpenter, David Cronenberg et consorts... Pas insensible à la folie et l'inventivité des cinéastes asiatiques, Tsui Hark en tête de liste... Que du classique en résumé. Les bases. Normal.
Contact : niko.mouchel@gmail.com

2 Comments on [Critique] THE SWORDSMAN de Choi Jae-hoon

  1. Merci d’avoir éveillé ma curiosité 🤓

    Aimé par 1 personne

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